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Bausch veut réglementer le maniement des robots tueurs
Luxembourg 5 min. 23.07.2022
Sécurité et défense

Bausch veut réglementer le maniement des robots tueurs

Le ministre de la Défense François Bausch (Déi Gréng) veut fixer des règles éthiques et déontologiques strictes dans l'utilisation des robots dits «tueurs».
Sécurité et défense

Bausch veut réglementer le maniement des robots tueurs

Le ministre de la Défense François Bausch (Déi Gréng) veut fixer des règles éthiques et déontologiques strictes dans l'utilisation des robots dits «tueurs».
Foto: Gerry Huberty
Luxembourg 5 min. 23.07.2022
Sécurité et défense

Bausch veut réglementer le maniement des robots tueurs

Marc SCHLAMMES
Marc SCHLAMMES
Les robots tueurs ou les armes autonomes mortelles sont le résultat de l'utilisation de l'intelligence artificielle par l'armée, dans le but de tuer. Le ministre de la Défense veut rapidement clarifier les règles de leur utilisation.

LAWS. En anglais, cet acronyme signifie «lethal autonomous weapon systems» ce qui, en français, donne: «armes autonomes létales». Bref, dans le langage courant, on appelle cela des robots tueurs.

Il manque à ce jour un cadre réglementaire contraignant pour le maniement des armes létales autonomes.
Il manque à ce jour un cadre réglementaire contraignant pour le maniement des armes létales autonomes.
Photo: Shutterstock

Les robots tueurs étaient à l'ordre du jour du Conseil des ministres de vendredi. Le ministre de la Défense François Bausch (Déi Gréng) a proposé à ses collègues du gouvernement de mettre en place un groupe de travail interministériel afin de se pencher sur l'utilisation des LAWS, tant au niveau national qu'international, au niveau des Nations unies. Pour le ministre, le Luxembourg doit adopter un «positionnement clair avec des règles éthiques et déontologiques strictes».

Dans la perspective d'une réglementation internationale, François Bausch est conscient qu'il lui faudra creuser des fossés. Dès 2014, à l'initiative de la France, la thématique a été abordée pour la première fois au niveau de l'ONU et a débouché cinq ans plus tard sur une déclaration comprenant onze principes - dont le respect du droit international, l'équilibre entre les objectifs militaires et humanitaires, la question de la responsabilité et de l'obligation de rendre des comptes de l'être humain -, auxquels le Luxembourg s'était alors rallié.

Depuis, les travaux sont bloqués et le ministre de la Défense espère que sa démarche permettra de forger une «alliance des volontés», de sorte qu'un ensemble de règles internationales contraignantes puisse voir le jour; au sein de l'UE, les Pays-Bas et l'Autriche auraient déjà manifesté leur intérêt pour une collaboration.


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Le ministre de la Défense puise sa confiance en sa capacité à apporter une «contribution précieuse» dans les traités dont l'élaboration a été précédée de discussions controversées, comme par exemple la convention sur l'interdiction des mines antipersonnel conclue en 1997. Et il cite l'exemple du climat : lorsqu'il a abordé la question du climat comme future question de sécurité lors de son entrée en fonction, on lui a souri. Aujourd'hui, le climat fait partie intégrante du concept de sécurité de l'OTAN. 

Personne ne doit être autorisé à intervenir de l'extérieur.

François Bausch (Ministre de la Défense)

Avec son initiative, François Bausch veut obtenir que les armes autonomes létales, qui peuvent être définies comme une utilisation de l'intelligence artificielle à des fins militaires, prennent en compte non seulement des aspects technologiques et de droit international, mais aussi des critères déontologiques et éthiques. Il s'agit de réduire au maximum les risques liés à l'intelligence artificielle - il s'agit en fin de compte de vies humaines et de la question de savoir si l'homme peut s'assurer en toutes circonstances le contrôle du robot.

La comparaison avec la conduite autonome

Sachant qu'une interdiction totale n'est pas applicable, le ministre estime que des garde-fous sont nécessaires «pour que l'homme garde le contrôle». Le groupe de travail doit donc se pencher sur les moyens d'éviter que les LAWS ne tombent entre de mauvaises mains, ne deviennent autonomes ou ne soient manipulés par des tiers. «C'est comme pour la conduite autonome : personne ne doit être autorisé à intervenir de l'extérieur. Il s'agit également du champ d'application ; la Croix-Rouge internationale, par exemple, rejette l'utilisation ciblée sur des êtres humains». 

Or, les robots tueurs fonctionnent certes de manière autonome. Mais ils sont programmés par des humains. «Nous devons aussi nous demander avec quelle intention et dans quel esprit les LAWS sont développés», fait remarquer Bausch au Luxemburger Wort et renvoie au contexte historique, géographique et social des programmeurs. «Celui qui a été marqué par une dictature dispose d'autres critères éthiques que celui qui est issu d'un régime démocratique. Par conséquent, l'algorithme reste une boîte noire», met en garde le ministre.

Avec une envergure de 72 mètres et un poids de 2,4 tonnes, le Skydweller peut transporter jusqu'à 400 kilos de matériel.
Avec une envergure de 72 mètres et un poids de 2,4 tonnes, le Skydweller peut transporter jusqu'à 400 kilos de matériel.
Photo: Skydweller Aero Inc.

Le ministre de la Défense est également conscient que le temps presse et veut présenter des résultats concrets dès l'été prochain. D'une part, il veut faire du Luxembourg un site informatique avec des règles fortes - mot-clé : protection des données. Dernièrement, l'armée luxembourgeoise s'est également consacrée davantage au secteur high-tech avec la cybersécurité, l'acquisition des drones de reconnaissance «Integrator» et la participation au projet «Skydweller» (avions solaires sans pilote).

Le rôle de l'industrie de l'armement

D'autre part, il met en garde contre la réalité qui évolue rapidement : sans garde-fous limitatifs, l'industrie de l'armement ira aussi loin que possible, «ils n'ont aucun scrupule».

Il tient également à sensibiliser la population. Car la menace que représentent les robots tueurs est au moins aussi problématique que la menace nucléaire, dont on parle régulièrement ces jours-ci dans le cadre de la guerre en Ukraine. Avec des moyens relativement limités, il est possible d'organiser un potentiel de dommages immense, fait remarquer François Bausch en se référant à un rapport de l'ONU de 2021 selon lequel des drones tueurs ont été utilisés dans la guerre civile libyenne.

Cet article est paru pour la première fois sur wort.lu/de

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