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Autonomie, batterie, points de recharge: Rouler à l'électricité (ou pas): ils racontent leur expérience
Teddy (à gauche) a une Renault Twizy, Sébastien une BMW i3

Autonomie, batterie, points de recharge: Rouler à l'électricité (ou pas): ils racontent leur expérience

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Teddy (à gauche) a une Renault Twizy, Sébastien une BMW i3
Luxembourg 8 min. 27.01.2017

Autonomie, batterie, points de recharge: Rouler à l'électricité (ou pas): ils racontent leur expérience

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Les voitures électriques seront-elles bientôt plus nombreuses sur nos routes? En ce début d'Autofestival, nous sommes allés à la rencontre de ses utilisateurs. Autonomie, batterie, points de recharge et abattement fiscal: ils nous expliquent pourquoi ils roulent à l'électricité ou pas.

Par Virginie Orlandi

Les voitures électriques seront-elles bientôt plus nombreuses sur nos routes? En ce début d'Autofestival, nous sommes allés à la rencontre de ses utilisateurs. Autonomie, batterie, points de recharge et abattement fiscal: ils nous expliquent pourquoi ils roulent à l'électricité ou pas.

Arrêtée au feu rouge, je ne remarque pas tout de suite que le seul moteur qui fait du bruit est le mien. Les autres véhicules démarrent dans un silence assourdissant et semblent comme flotter sur l'avenue. Ma voiture les suit péniblement, en crachotant.

Dans quel monde vivrait-on si la voiture à énergie fossile était l'exception sur nos routes? Quel visage auraient nos villes si les conducteurs abandonnaient leurs vieux réflexes et passaient à la mobilité durable?

En 2016, 54.973 véhicules ont été immatriculés au Luxembourg. Parmi eux, on recense 139 véhicules électriques et 170 de type plug-in hybrides. Un nombre plutôt faible qui illustre bien la préférence du consommateur: la bonne vieille voiture à essence ou diesel.

Qui sont les conducteurs qui carburent à l'électrique? Des passionnés de technologie, des militants écologistes?

Connectés et en communauté

Il n'y a pas de profil défini du conducteur de voiture "zéro émission", même si certaines études parlent d'hommes plutôt jeunes, vivant en milieu périurbain, voire rural. En allant à leur rencontre, nous avons découvert des clients comme les autres, soucieux de trouver le produit répondant au mieux à leurs attentes, à l''image de Sébastien.

Sébastien ne pourrait plus se passer de sa BMW i3
Sébastien ne pourrait plus se passer de sa BMW i3
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Ce Belge de 37 ans travaille à Beckerich pour la société Eida, un fournisseur d'électricité verte et de gaz naturel. Il y a une année, il a fait le choix de la voiture électrique, s'est offert une BMW i3 et voit dans cette façon de se déplacer, une autre manière de vivre.

"Ce qui m'a fait craquer pour la voiture électrique, c'est le confort et la sérénité qu'elle procure lorsque vous la conduisez: le silence absolu!", s'exclame-t-il, "mes trajets quotidiens sont devenus une parenthèse enchantée entre le travail et la maison: c'est comme une soupape de décompression".

Sébastien, comme de nombreux adeptes de la mobilité durable, est actif sur les réseaux sociaux et partage tuyaux, conseils et n'est pas avare en commentaires sur l'un ou l'autre modèle de véhicule. Cependant, la grande préoccupation de cette communauté reste les endroits où charger en électricité leurs véhicules.

"Une question de logistique et non de recharge"

"J'ai la chance de pouvoir faire le plein d'électricité sur mon lieu de travail", poursuit Sébastien, "comme j'exerce dans le milieu de l'énergie verte, mon employeur met à disposition des collaborateurs des bornes électriques".

Un phénomène plutôt rare au Luxembourg. D'ailleurs, le ministère de l'Économie déclare "ne pas disposer de chiffres concernant des entreprises luxembourgeoises privées proposant à leurs employés des bornes de recharge sur le lieu du travail".

Sébastien est assuré de pouvoir "faire le plein" à la maison ou au travail, mais c'est loin d'être le cas de tout le monde.

"Les problèmes ont commencé quand j'ai voulu la revendre"

Il y a un peu plus de deux ans, Yves, un trentenaire luxembourgeois, a fait le choix de l'électrique: "Par curiosité", souligne-t-il. "Ma femme et moi avions alors deux voitures: une thermique et l'autre, électrique. Cette dernière était destinée aux trajets courts, nous avions opté pour la ZOE de Renault".

Yves a revendu son véhicule au bout de deux années et la raison est moins le manque d'infrastructures de chargement que la logistique qu'un tel véhicule demande à son propriétaire.

"La charge est une contrainte constante", débute-t-il. "Pour avoir une voiture électrique, il faut avoir le profil: prendre le temps de penser ses trajets, le temps de charger sa voiture. J'ai trouvé que ce n'était pas vraiment compatible avec une vie professionnelle et de famille avec des enfants, alors j'ai essayé de la revendre et c'est là que les problèmes ont commencé".

En achetant son véhicule, Yves avait opté pour la location de batterie: pour 79 euros par mois, il pouvait faire le plein d'électricité depuis son domicile. Au moment de la revente, aucun concessionnaire n'a voulu lui racheter son contrat avec Renault et Yves s'est trouvé dans l'obligation de racheter une voiture au fabricant français alors qu'il n'en avait aucune envie.

800 bornes de recharge supplémentaires d'ici à 2020

L'histoire d'Yves est confirmée par le ministère du Développement durable et des Infrastructures: "Le faible engouement des Luxembourgeois pour la voiture électrique vient surtout du fait que le pays manque d'une infrastructure de chargement homogène", rappelle le conseiller de gouvernement, Danielle Frank.

Le gouvernement espère bien inciter les citoyens à se tourner davantage vers la mobilité durable
Le gouvernement espère bien inciter les citoyens à se tourner davantage vers la mobilité durable
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Le gouvernement entend néanmoins motiver les consommateurs à faire le choix de l'électrique en enrichissant le réseau national luxembourgeois, qui compte actuellement 212 bornes, de 800 pôles de recharge supplémentaires d'ici à 2020.

Le problème de l'approvisionnement en électricité, une marque comme Tesla a néanmoins réussi à le contourner en créant son propre réseau européen de bornes électriques. Pour l'instant, le conducteur peut s'approvisionner gratuitement sur celui-ci mais ceci va changer durant l'année 2017. Pour les autres conducteurs de voitures électriques, il faut être équipé d'une carte d'approvisionnement si l'on veut faire le plein.

"J'utilise la carte "New Motion" qui est acceptée par tous les réseaux de recharge européens", explique Sébastien, "Lorsque je me rends à Bruxelles avec ma BMW électrique, je peux me fournir en Belgique sans problème".

"Nous attendons de grandes améliorations pour les prochaines années", reprend Danielle Frank du ministère. "Le défi ne concerne pas seulement l'approvisionnement mais également les normes d'émission. De nouveaux règlements et directives en la matière vont être mis en place. Les constructeurs automobiles auront de nouveaux défis".

Un nouvel abattement fiscal depuis le 1er janvier

La réforme fiscale s'est également penchée sur la mobilité durable et une série de mesures ont été introduites. Depuis le 1er janvier 2017, un nouvel abattement pour les véhicules particuliers "zéro émission" est possible.

Les voitures de fonction sont également concernées et l'avantage en nature forfaitaire est maintenant réévalué en fonction de leur effet de pollution par rapport à leur contribution aux émissions de CO2 et de particules.

Autonomie: "souvent inférieure à ce qui est annoncé"

Pour Teddy, un Luxembourgeois de 50 ans, posséder un véhicule électrique, c'est l'attrait de la nouveauté.

En ce moment, la Twizy de Teddy reste au garage
En ce moment, la Twizy de Teddy reste au garage
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Passionné de voitures, il délaisse parfois le thermique au profit de sa Renault Twizy.

"Je possédais un scooter et j'ai décidé de le revendre pour un quadricycle", explique-t-il. "Je l'utilise surtout lors des beaux jours même si l'habitacle sans vitres latérales protège bien le conducteur."

Ce type de véhicule, comme la plupart des véhicules électriques peut être rechargé dans son garage à partir d'une prise de 220 Volt.

"Le chargement dure près de 4 heures et a une autonomie de 70 km. Il faut quand même dire qu'il y a une différence entre ce que le constructeur annonce sur le papier et la réalité", note Teddy. "Très souvent, le nombre de kilomètres que l'on peut faire est bien inférieur à ce qui est annoncé. Mais d'un autre côté, les valeurs de consommation affichées pour les véhicules à moteur thermique diffèrent aussi des consommations réelles".

Promouvoir la mobilité durable en entreprise

La société Saint-Paul fait actuellement l'expérience de la voiture de fonction électrique. Depuis le début de l'année, son directeur, Paul Peckels, teste la mobilité durable à l'échelle de l'entreprise.

"Je suis ingénieur électricien de formation et j'ai de l'intérêt pour le développement durable", débute Paul Peckels, "la recherche pour optimiser l'autonomie des voitures électriques et leur temps de charge avance à grands pas".

Ainsi, lorsqu'il était à la tête de l'entreprise POST Luxembourg, Paul Peckels a introduit les recharges photovoltaïques et la Kangoo électrique pour les facteurs.

"La durée et la distance d'un trajet de facteur sont prévisibles: pour l'électrique, c'est parfait. L'autonomie et la recharge des véhicules se calculent facilement et l'environnement est protégé", note le directeur général.

Il n'est d'ailleurs pas contre l'idée de faire installer des bornes de recharge sur le parking de sa société afin de promouvoir la mobilité durable au sein des employés.

"Si l'intérêt des collaborateurs est là, nous pourrons en discuter et voir dans quelles mesures et sous quelles conditions de telles bornes pourraient être installées à Saint-Paul", conclut-il.

La mobilité durable était la mesure phare des 229 recommandations de l'étude Rifkin pour préparer le futur modèle économique et améliorer la qualité de vie des citoyens.

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