Changer d'édition

«Au tour des infirmières de compter sur les politiques»
Luxembourg 4 min. 29.06.2020

«Au tour des infirmières de compter sur les politiques»

Si, comme ici à l'hôpital Kirchberg, le Premier ministre a souvent eu l'occasion de saluer le rôle des infirmières, Xavier Bettel devrait maintenant écouter leurs doléances

«Au tour des infirmières de compter sur les politiques»

Si, comme ici à l'hôpital Kirchberg, le Premier ministre a souvent eu l'occasion de saluer le rôle des infirmières, Xavier Bettel devrait maintenant écouter leurs doléances
Luxembourg 4 min. 29.06.2020

«Au tour des infirmières de compter sur les politiques»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Portées au rang d'héroïnes dans la gestion des malades du covid-19, les infirmières espèrent désormais l'écoute des gouvernants. Petite piqûre de rappel des revendications (effectif, formation, déroulement de carrière), avec Anne-Marie Hanff, présidente de l'ANIL.

Trois mois durant, une grande partie du sort du Grand-Duché a reposé sur les épaules des blouses blanches. Face à l'inconnue de l'ampleur de l'épidémie, alors que tout le système de soins se trouvait réorganisé, les infirmières ont fait front. Et à de nombreuses occasions, discours, rencontres sur le terrain, conférences de presse, le Premier ministre et sa ministre de la Santé ont salué cet engagement sans faille. «Ils nous ont applaudies, maintenant qu'ils nous entendent», plaide la présidente de l'Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg (ANIL) forte de 750 adhérents.

Dans quel état ressort la profession au bout de ces trois mois de crise sanitaire?

Anne-Marie Hanff: «Si l'on regarde devant nous, il faut rester en mesure d'accompagner une éventuelle seconde vague de contaminations. Donc, même si l'infection semble maîtrisée, le relâchement reste impossible. Si l'on regarde ce dernier trimestre, les situations des uns et des autres sont diverses. Le directeur de la Santé devra communiquer un jour sur le nombre de personnels soignants infectés par le coronavirus. Pas parce qu'il y en a beaucoup, mais pour détecter les services les plus exposés. 


Coronavirus - Hôpital Kirchberg - COVID-19 - intensivstation  - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
«Nous avons peur, mais nous sommes là»
La crise du covid-19 amène le personnel hospitalier au bord de l'épuisement. Chaque jour, chaque minute, ces professionnels de santé se battent et rassemblent tout leur courage pour lutter contre le virus et ne pas perdre espoir. Aperçu, en vidéo, de ce combat en première ligne, au cœur des unités covid-19 du CHL.

Au début de la crise, le niveau de protection des personnels infirmiers était différent entre les professionnels en service en milieu hospitalier, ceux en long séjour et les personnels travaillant à domicile. Il faut veiller qu'à l'avenir chacun dispose des mêmes tenues, masques, visières pour exercer en toute sécurité. Et puis, sans doute que les collègues des homes pour seniors sortent de cet épisode plus fatigués psychologiquement. Le confinement a été très strict pour le personnes âgées, il a fallu gérer les familles stressées de ne plus voir leurs aînés, les décès... 

Ce 29 juin, suite à une pétition publique, les députés vont devoir se positionner sur l'octroi d'une prime exceptionnelle aux infirmières notamment. Comment percevez-vous cette initiative.

A-M. H : «Difficile d'être contre cette prime! Mais si on veut récompenser les soignants, pourquoi ne pas saluer aussi par un geste les métiers en première ligne. Il fallait aussi du courage pour les caissières qui ont accepté de servir les clients dans ces mois difficiles. Mais surtout il ne faut pas que cette prime (éventuelle) serve de cache-misère. Voilà des euros, merci pour la peine. Le vrai souci ne vient pas de la rémunération des infirmières au Luxembourg, mais de leur nombre, de la formation, de la progression de carrière... 

Si le Grand-Duché veut rendre attractif ce métier pour plus de résidents, il faut revoir la copie. Depuis le 1er juin dernier, le ministère de la Santé a ouvert la fonction de Chief nursing officer pour représenter la profession. Il faut que  Michèle Wolter nous représente bien et qu'elle soit suivie.

Quel serait le dossier à traiter en priorité?

A-M. H.: «La formation. Le système luxembourgeois divisant la formation sur deux niveaux (le premier au niveau de la 13e octroyant le diplôme d'infirmier; le second un BTS) n'existe nulle part ailleurs. Pas plus que ce cursus n'est reconnu. Cela bloque les diplômés du pays qui voudraient travailler à l'étranger ou poursuivre vers un master. Pas de quoi motiver les jeunes. D'autant qu'une fois en place, on sent que les services peinent à ouvrir des postes, à mettre à jour les compétences. 

Investir quelques millions d'euros dans une meilleure formation au départ et tout au long de nos carrières sera un bon investissement pour le pays. Mieux formées, les infirmières prendront mieux soin des patients, éviteront des complications médicales coûteuses. La dépense en vaut la peine.

La crise a montré combien le système de santé dépendait de personnels frontaliers, et donc sa fragilité...

A-M. H.:  «Belges, Françaises ou Allemandes représentent 2/3 des 6.000 infirmières. De fait, il a fallu en urgence proposer des logements sur place pour ne pas voir ces effectifs risquer d'être stoppés à la frontière en cas de blocus. Cette dépendance pourrait s'avérer effectivement dangereuse. De l'utilité donc de former plus de personnels infirmiers directement au Grand-Duché. J'ai entendu Xavier Bettel parler d'une possible ouverture d'une école commune avec la France. Depuis cette annonce, motus. Nous avons demandé à rencontrer le Premier ministre mais il n'a pas encore répondu... Si seulement on pouvait se reposer sur lui maintenant, comme il a pu s'appuyer sur nous dans cette épreuve!»

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les infirmières se lassent du silence de Bettel
En première ligne, elles le sont depuis mars. En sous-effectif et en manque de formation depuis des années. Pourtant, les infirmières du Luxembourg (représentées par l'ANIIL) ne voient toujours pas d'améliorations à l'horizon.
Coronavirus - Hôpital Kirchberg - COVID-19 - Notaufnahme Urgences  - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Un bonus financier pour les étudiants en médecine
L'indemnité versée aux médecins en cours de formation va être augmentée de plus de 800 euros en première année. Les maîtres de stage aussi se voient revalorisés. Par ailleurs, l'obtention du diplôme d'étude spécialisé en médecine se fera au bout de quatre ans.
«Une coopération optimale entre les hôpitaux»
Alors que la sortie de l'état de crise se profile, le Dr Philippe Turk, directeur médical de la clinique Zitha évoque la situation du secteur hospitalier au Luxembourg. Le praticien tire les premières leçons de la pandémie et esquisse des pistes pour l'avenir.
Lok , Coronavirus , Sars-CoV-2 , Covid-19, Xavier Bettel und Paulette Lenert besuchen Hopital Kirchberg , Hopitaux Robert Schuman , Dankeschön an die Helfer  , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Un jour dans la vie de deux infirmières
Pour la Journée internationale des infirmières, une sage-femme et une infirmière témoignent de leur travail quotidien. Suivez une journée de sourires, soins et obligations administratives dans la vie de Tanja et Marie.
Former plus d'infirmières en partenariat avec la France
Si la pandémie semble marquer quelque peu le pas ces derniers jours, l'idée d'accroître les personnels de santé continue de faire son chemin. Pour cela, Xavier Bettel plaide pour la mise sur pied d'une école spécialisée financée par Paris et le Grand-Duché.
visite aménagements Covid-19 au CHEM - Xavier  Bettel - Paulette Lenert - - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Etudiants hier, en renfort aujourd'hui
Les étudiants du Lycée technique des professions de santé (LTPS) sont mobilisés pour donner un coup de main dans la lutte contre le covid-19. Tous ceux qui suivent une spécialisation sont d'ores et déjà sur le terrain pour un stage pour le moins inédit.
CHEM, Centre Hospitalier Emile Mayrisch, Foto Lex Kleren