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Après l'arrivée du moustique-tigre, la surveillance continue
Luxembourg 6 min. 06.09.2022
Santé

Après l'arrivée du moustique-tigre, la surveillance continue

Dans nos jardins, les réservoirs d'eau stagnante artificielle constituent des lieux de ponte parfaits pour les moustiques.
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Après l'arrivée du moustique-tigre, la surveillance continue

Dans nos jardins, les réservoirs d'eau stagnante artificielle constituent des lieux de ponte parfaits pour les moustiques.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 6 min. 06.09.2022
Santé

Après l'arrivée du moustique-tigre, la surveillance continue

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Repéré pour la première fois au Luxembourg à la fin du mois d'août, la moustique-tigre fait l'objet d'un plan de surveillance qui vise à éviter son installation pérenne sur le territoire.

«Une population du moustique-tigre ''Aedes albopictus'' a été détectée à deux endroits sur le territoire de la commune de Roeser.» C'est par ces mots que, samedi 3 septembre, le ministère de la Santé dévoile l'arrivée de l'insecte sur le territoire national. En réalité, le moustique-tigre a été aperçu au Luxembourg quelques jours plus tôt, le 25 août, très exactement, grâce à l'installation de pièges pondoirs.


Le moustique-tigre est arrivé au Luxembourg
L'espèce invasive a été repérée pour la première fois sur le territoire national, et ce à deux reprises, indique le ministère de la Santé.

Ces derniers ont été disposés dans quatre sites à travers le pays, identifiés comme les points d'entrée majeurs de l'espèce. La gare de fret de Bettembourg, le parking Flixbus de la capitale, et les aires d'autoroute de Capellen et de Berchem font ainsi l'objet de ce système de surveillance mis en place le 10 août dernier. «On a installé entre sept et douze pièges par site, composés d'un récipient noir avec de l'eau stagnante, et l'un de ces pièges a été trouvé positif fin août», explique Francis Schaffner, expert en entomologie médicale et vétérinaire.

C'est donc à Berchem que quatre œufs de moustique-tigre ont été retrouvés. Rien de surprenant pour ce spécialiste des moustiques, en charge du système de surveillance pour le compte du ministère de la Santé. «C'est à cet endroit qu'il y a le plus de risque qu'il soit introduit, même s'il peut évidemment arriver n'importe où sur le territoire avec les retours de vacances.» 

Une surveillance participative

Plus inquiétant, en revanche: des larves ont été retrouvées à 300m de là, dans une bouche d'égout de Berchem. Ces dernières sont alors synonymes d'une introduction plus ancienne de l'insecte, qui pourrait dater du début de la saison estivale, voire de l'année dernière, fait savoir le monsieur moustique du Grand-Duché. 


«L'introduction du moustique-tigre est inévitable»
Si l'espèce invasive n'a pas encore été repérée sur le territoire national, ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne s'y installe. Le moustique-tigre inquiète notamment en raison des maladies qu'il peut transmettre.

Impossible, cependant, de savoir précisément à quand pourrait remonter l'arrivée de l'insecte sur le territoire national. «Pour une surveillance optimale, il est nécessaire que les habitants nous fassent remonter toute observation d'un moustique inhabituel, pour qu'on puisse venir sur place vérifier si c'est le moustique-tigre ou autre chose», appuie le chercheur de l'Université de Zurich.

Car, si les pièges resteront en place et seront relevés toutes les deux semaines jusqu'à la fin du mois d'octobre, la surveillance passive reste un outil particulièrement efficace pour contrôler l'installation de l'insecte. Pour ce faire, tout un chacun peut télécharger l'application Mosquito Alert, et l'utiliser afin d'envoyer des photos de moustiques jugés suspects. «Ensuite, c'est moi qui reçois ces photos pour la zone géographique du Luxembourg, et qui peut estimer s'il s'agit d'un moustique à risque.»

Mission élimination

Au-delà d'être maintenu sur les quatre sites où il est déjà déployé, le système de surveillance va être élargi au niveau de Berchem, afin de voir si l'Aedes albopictus s'est dispersé aux alentours des deux points d'entrée déjà observés. 


Un moustique japonais trouvé à Stolzemburg
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En parallèle de cette surveillance continue, le ministère de la Santé entend bien mettre en place un système «d'éradication» de cette population, qui se base sur l'utilisation d'insecticides. «Nous attendons actuellement l'autorisation du ministère de l'Environnement pour pouvoir autoriser le biocide adéquat qui n'est pas encore mis sur le marché au Luxembourg, même s'il est déjà utilisé dans les pays frontaliers. J'espère l'avoir cette semaine», confie Francis Schaffner.

Si la population participe en rendant ces récipients étanches ou en les supprimant, on a plus de chances de réussir à éliminer les populations de moustiques-tigres.

Francis Schaffner, chercheur à l'Université de Zurich

Ce larvicide biologique nommé BTI serait dispersé dans les bouches d'égout de la commune de Roeser, et permettrait de cibler uniquement les larves de moustique présentes dans l'eau stagnante. «Il existe d'autres techniques, comme l'infection des femelles avec un insecticide, qui est ensuite dispersé par ces dernières dans les gîtes larvaires, ou la stérilisation des mâles, qui permet de réduire considérablement une population», énumère le spécialiste.

Pour le moment, la Santé préconise l'élimination des habitats potentiels de l'espèce, à savoir les réservoirs artificiels d'eau stagnante. Vieux pneu, arrosoir qui traîne ou collecteur d'eau de pluie, ces endroits adorés des moustiques pullulent dans nos jardins. «C'est pour cela que si la population participe en rendant ces récipients étanches ou en les supprimant, on a plus de chances de réussir à éliminer les populations de moustiques-tigres.»

Une modification des aires de répartition

Repéré depuis plusieurs années en France, en Allemagne, en Belgique, et même, plus au nord, aux Pays-Bas, l'insecte originaire du continent asiatique est-il en passe de nous imposer une cohabitation forcée? Pas forcément, répond l'expert. «Tous les ans depuis 2005, aux Pays-Bas, il y a des introductions, mais aucune installation durable de l'espèce. On peut donc éliminer tous les individus en développement si on intervient très vite», révèle Francis Schaffner.


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Mais, à long terme, il ne sera pas impossible que l'on soit condamné à vivre avec le moustique-tigre au Luxembourg. «Tout dépend des conditions climatiques et des moyens d'élimination que l'on met en place.» Les experts des moustiques ont en effet déjà remarqué des changements dans la dispersion des moustiques locaux, en raison du changement climatique. «Des moustiques du sud de l'Europe se déplacent vers le nord. C'est une modification globale des aires de répartition des insectes que l'on observe sur le long terme», poursuit l'expert.

Au niveau des moustiques, seul l'Aedes albopictus fait l'objet d'une inquiétude particulière au Luxembourg. Et à raison, puisque l'espèce est susceptible de transmettre certaines maladies tropicales, comme la dengue ou le chikungunya. À cet égard, aucun risque de transmission n'a cependant été identifié au Luxembourg à ce stade, les moustiques n'arrivant pas sur le territoire avec le virus. «Il faut une population installée et des malades pour observer une transmission. Cela ne marche pas souvent, mais ça arrive, comme récemment dans le sud de la France.» 

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