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Andy Schleck & l’e-bike, à qui le tour?
Luxembourg 9 min. 14.09.2020 Cet article est archivé

Andy Schleck & l’e-bike, à qui le tour?

Andy Schleck & l’e-bike, à qui le tour?

Luxembourg 9 min. 14.09.2020 Cet article est archivé

Andy Schleck & l’e-bike, à qui le tour?

S’il a bien acquis ses nombreuses victoires à la force des mollets et que sa passion pour la « Petite Reine » reste intacte, le vainqueur de la Grande Boucle 2010 s’est lui aussi mis à l’électrique. Aujourd’hui, quand Andy Schleck grimpe en selle, son vélo de course(s) peut tout aussi bien le conduire au sommet du Galibier… qu’à un rendez-vous d’affaires ! Rencontre avec un champion d’exception, pour qui l’usage de la bicyclette est un maillon essentiel d’une mobilité durable.

600€ de subvention étatique pour l’achat d’un vélo conventionnel ou électrique… Le Luxembourg est devenu un paradis sur terre pour tout revendeur de cycles, non ?

Andy Schleck : Très certainement, surtout en cette période pour le moins particulière liée au Covid ! Avant la crise, le gouvernement versait une aide de 300 € – ce qui n’était déjà pas négligeable – et a récemment doublé ce montant début juin dans le cadre de son plan de relance. C’est tout de même une sacrée motivation pour l’acheteur et, pour de nombreux clients potentiels, le dernier « coup de pouce » qu’il leur fallait pour franchir le pas. Il ne s’est jamais vendu autant de vélos au Luxembourg que ces derniers mois ! Je dirais que cinq acheteurs sur dix en profitent simplement pour s’offrir un nouveau vélo, mais que les cinq autres comptent réellement s’en servir pour leurs trajets quotidiens, notamment pour se rendre au bureau. Pour moi, cela souligne que l’approche de notre gouvernement est la bonne, dans sa volonté de promouvoir la mobilité douce et de désengorger le trafic en ville, d’autant qu’il y a de moins en moins de parkings. J’espère que ces incentives seront maintenues au-delà de mars 2021. Nous avons, au Luxembourg, un vrai potentiel pour que le vélo devienne un « moyen de transport » à part entière pour le trajet domicile-travail. Comme de gros efforts sont également consentis pour développer le réseau de pistes cyclables, je suis convaincu qu’à terme, Luxembourg rejoindra des villes comme Amsterdam ou Copenhague en termes d’opportunité pour le vélo.

La crise du Covid aurait donc favorisé une prise de conscience quant au développement durable, via la mobilité douce…

AS : Au plus fort du confinement quand les gens étaient invités à limiter les déplacements en voiture, quels étaient leur choix pour se déplacer ? A pied ou à vélo. Un jour, je me suis rendu d’ici (à Contern, ndlr) à Luxembourg-Ville pour aller chercher un casse-croûte. Comme il y avait du monde et du fait des mesures de distanciation, j’ai dû faire la queue pendant une demi-heure à l’entrée du local. Durant ce laps de temps, j’ai dénombré quarante vélos… et seulement quatre voitures. Je pense que bon nombre de personnes ont découvert – ou redécouvert – les joies et les vertus de la bicyclette – et cela leur est resté. Je pense aussi que c’est à ce moment-là que d’aucuns ont réalisé que le vélo qui dormait au fond du garage depuis vingt-cinq ans méritait d’être remplacé par quelque chose de plus moderne… Ce regain d’intérêt pour le vélo s’est confirmé durant le déconfinement et je m’en réjouis. Et pas seulement en tant que vendeur de vélos ! C’est surtout bon pour la planète et la santé.

J’en déduis que le type de clientèle a donc forcément changé…

AS : En fait, je constate plusieurs choses, dont certaines ne sont pas – ou pas nécessairement – liées ni aux subventions étatiques ni au confinement. L’aspect purement « sportif » inhérent à la pratique du vélo a lui aussi fortement gagné en importance, notamment parmi des jeunes gens qui partent s’entraîner entre copains. C’est particulièrement visible parmi des 15-30 ans pour lesquels le vélo n’a jamais été un sujet. Je constate aussi un boom parmi les personnes d’un certain âge, grâce à l’e-bike. S’agissant des dames, je note un intérêt croissant depuis plusieurs années, qui se confirme plus que jamais. Mais ce qui me fait le plus plaisir est de voir que la « génération playstation » est en perte de vitesse. Signe qui ne trompe pas : après de longues années d’absence, le vélo est revenu en force sur les listes de communion ! Un enfant apprend à marcher, puis à nager et à faire du vélo. Pour moi, cela fait partie des enseignements nécessaires. D’ailleurs, la demande pour des vélos d’enfants est telle qu’il nous arrive d’avoir des listes d’attente !

Quels types de vélos sont les plus demandés et comment se présente le marché à l’heure actuelle ?

AS : La tendance va clairement vers l’e-bike et, là aussi, nous avons parfois du mal à répondre aux attentes de la clientèle tant la demande est forte. Certains modèles que nous avons commandés devraient être livrés… au mois de mars de l’année prochaine ! Nous travaillons donc avec trois marques différentes pour augmenter les disponibilités. En ce qui concerne les « vélos de course », la demande reste au niveau des autres années. Surtout dans le haut de gamme, la prime de 600€ n’a pas vraiment d’impact : le client qui décide ce type d’achat n’a pas besoin qu’on l’aide à mettre la main au portefeuille. Je constate aussi que les jeunes s’intéressent de plus en plus aux VTT électriques, avec des compétitions ou des raids qui foisonnent un peu partout.

Le vélo électrique, c’est pour les fainéants ou les « amateurs !  Que leur répond l’ancien vainqueur du Tour de France ?

AS : (Éclats de rire - ndlr) Lorsque j’ai lancé mon commerce en 2016, j’ai clairement décidé de mettre l’accent sur l’e-bike. C’était d’ailleurs un des éléments clés de mon business plan, car j’étais sûr que la demande allait exploser, c’était inévitable. Il est vrai qu’au début, on avait tendance à dire que l’e-bike, c’était soit pour les fainéants soit pour les vieux, mais aujourd’hui, on n’entend plus ce genre d’âneries ! Il faut savoir à quoi et comment on veut utiliser son vélo. A l’époque où je faisais de la compétition, c’était le pouls à 190 en montée pour être le premier sur la ligne d’arrivée. Aujourd’hui, je fais du vélo pour être à l’extérieur, profiter de la nature et du paysage… Je me sers aussi de mon vélo électrique pour éviter d’être en nage en arrivant à un rendez-vous. En partant d’ici, il me faut moins de dix minutes pour arriver au centre-ville de Luxembourg, en voiture cela m’en prend au moins vingt et je dois aussi trouver une place pour me garer. Cet été, nous sommes partis en vacances en Autriche en famille et mon épouse et moi avons emporté nos e-bikes équipés de sièges pour les enfants. 

A quelles évolutions techniques peut-on s’attendre parmi les e-bikes ?

AS : Les moteurs seront de plus en plus petits, les vélos plus légers et l’autonomie augmentera. Il y a trente ans, lorsque les lève-vitres se sont généralisés dans les voitures, on s’est dit qu’on était arrivé au bout de l’électrification à bord de l’auto. Aujourd’hui, c’est toute la voiture qui fonctionne à l’électricité ! A terme, un e-bike « normal » pèsera 11 kilos, on ne verra plus le moteur ni ne l’entendra-t-on. Je le répète : nous n’en sommes encore qu’au début de l’e-bike.

Au Luxembourg comme dans de très nombreux pays européens, les vélos électriques sont classés en deux catégories, avec des vitesses maximales de 25 km/h pour la première (ne nécessitant ni contrôle technique ni immatriculation) et de 45 de km/h pour la seconde (doit être immatriculé, passer au CT et utilisable uniquement sur route). Bon nombre d’utilisateurs estiment que cette limitation à 25 km/h est trop sévère, surtout lorsqu’on sort des zones urbaines. Quelle est votre opinion là-dessus ?

AS : C’est un vrai problème. Aux États-Unis, en sortant de la fabrique, les mêmes vélos que nous vendons ici au Luxembourg ont une vitesse maxi de 20 miles par heure, ce qui correspond à 32 km/h. D’après moi, les laisser à cette vitesse serait un bien meilleur compromis que de les brider à 25 km/h comme le prévoit notre réglementation. Tout comme je ne vois pas trop l’utilité d’un e-bike pouvant atteindre 45 km/h. Ce n’est pas assez dans un cas et trop dans l’autre. J’espère que notre législation évoluera un jour dans le bon sens.

Malgré tous ses bienfaits, la pratique du vélo n’est pas dénuée de risques, surtout sur route ouverte. Comment peut-on augmenter la sécurité des cyclistes ?

AS : Pour moi, le principal danger sur la route est - et reste – la voiture. Bien que de nombreux efforts soient faits par les autorités, la cohabitation avec les autres modes de transports est synonyme de danger. Une ligne blanche tracée au bord de la chaussée ne suffit pas à transformer une route en piste cyclable sûre et digne de cette appellation. Il faut une protection physique, poteaux ou barrières, pour bien séparer le vélo d’une voiture ou d’un camion. On le voit souvent aux croisements ou dans les virages : si l’automobiliste pense qu’il n’y a pas de vélo dans les parages, il empiète régulièrement sur le couloir cycliste.

Cohabitation parfois difficile, hostilité de la part des automobilistes… Mais aussi comportement de certains cyclistes qui croient que la route leur appartient. Comment voyez-vous cela et quel message adresseriez-vous aux deux parties ?

AS : Quand deux idiots se rencontrent, cela dégénère très souvent, qu’ils soient derrière un volant ou un guidon ! Deux cyclistes qui continuent à rouler côte à côte à l’amorce d’un virage ne font preuve ni de bon sens ni de respect, mais c’est une minorité. En cas de problème avec une voiture, ce sont toujours eux les perdants… A part leur casque, donc pas beaucoup plus qu’un morceau de styropor vissé sur la tête, ils n’ont aucune protection. Quand je fais du vélo en groupe, je conseille aux autres cyclistes de rouler l’un derrière l’autre dès qu’ils sentent que l’automobiliste qui les suit commence à s’énerver, notamment en klaxonnant… Le jeu n’en vaut vraiment pas la chandelle ! Je pense qu’il faudrait lancer une vaste campagne de sensibilisation pour inciter les cyclistes et les automobilistes à faire preuve de davantage de respect et de bon sens les uns envers les autres. De gros efforts sont faits pour promouvoir l’usage du vélo - ce qui est très bien - mais cela doit aller de pair avec des efforts supplémentaires en termes de sensibilisation.

On sait que vous vous intéressez aussi à l’automobile. Vous êtes-vous déjà laissé tenter par une voiture électrique ?

AS : Je suis ambassadeur d’une marque de voitures. Dès qu’elle sortira le modèle électrique adapté à mes besoins, j’en serai le premier client !



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