Changer d'édition

André Bauler: «La cohésion sociale est un sujet de poids, elle nous concerne tous»
Luxembourg 7 min. 19.03.2018 Cet article est archivé

André Bauler: «La cohésion sociale est un sujet de poids, elle nous concerne tous»

24.1.2018 Luxembourg, devant chambre des députés, André BAULER, série députés et francophonie photo Anouk Antony

André Bauler: «La cohésion sociale est un sujet de poids, elle nous concerne tous»

24.1.2018 Luxembourg, devant chambre des députés, André BAULER, série députés et francophonie photo Anouk Antony
Luxembourg 7 min. 19.03.2018 Cet article est archivé

André Bauler: «La cohésion sociale est un sujet de poids, elle nous concerne tous»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Le français est la langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi une langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.

Amateur de photographie, d'arts et du patrimoine culturel, c'est André Bauler, député DP, qui se prête au jeu de notre interview cette semaine. Cet ancien professeur de sciences économiques et sociales, passionné d'histoire, nous parle de son rapport à la francophonie et de sa carrière de député entamée il y a presque dix ans.


  • Vous avez fait les trois quarts de vos études en Belgique: quel souvenir gardez-vous de ces années?

J'en garde un très bon souvenir. C'était des études exigeantes, mais le cadre était convivial. Nous avions une atmosphère très collégiale à l'Université. Louvain-la-Neuve est la ville estudiantine par excellence! J'y ai vécu des expériences constructives, j'ai beaucoup appris.

  • Comment êtes-vous entré en politique?

Je me suis intéressé à la politique en classe de terminale. J'étais passionné par la politique allemande à l'époque, je suivais régulièrement les discussions sur les chaînes allemandes: j'étais impressionné par les débats au parlement de Bonn.

Mais au final, je ne suis entré en politique qu'à l'âge de 41 ans. J'ai eu une vie professionnelle avant, ce qui m'a permis de collecter des expériences qui m'ont été utiles avant d'accéder à la vie politique à proprement parler. C'est souvent un grand avantage, parce que si l’on y entre très jeune, on manque d'expériences pratiques.

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

Je pars souvent en vacances en France dont j’apprécie énormément la culture riche et variée. La Normandie, la Bourgogne, l’Alsace et la Savoie ... La Rochelle, Vézelay ou Colmar, je connais presque tous les coins du pays. J'aime également les contrées belges, en particulier les Ardennes et la Flandre.

Je suis également président de l'association culturelle "De Cliärrwer Kanton". J’ai eu la chance de nouer des relations en région frontalière, comme par exemple avec le Musée en Piconrue à Bastogne. Les contacts dans le milieu francophone s’avèrent enrichissants et fructueux, notamment sur le plan culturel. En tant que bilingue, on est toujours intéressé par ces deux mondes. Je suis un peu la politique française, moins que la politique allemande, mais depuis qu’Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, c’est le changement graduel du paysage politique français que j’aime observer et analyser.

Aux VIe et VIIe siècles, notre région était partie intégrante d’un même territoire, vous savez! Reims, Metz, Luxembourg ... faisaient partie d'un même royaume, celui d’Austrasie; donc si l’on regarde de près cette histoire, nous avons toujours formé un ensemble culturel. Le Luxembourg est proche de la France et de la Belgique: nous nous distinguons par des traditions communes, c'est certain.

  • Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment penser la cohésion sociale dans ce nouveau cadre?

En tant que député, on pense également aux personnes étrangères qui travaillent et vivent chez nous. Si l'on construit l'avenir du Luxembourg, il faut se rendre compte que l'on est toujours imbriqué dans un milieu caractérisé par une grande diversité en matière de langues, de cultures, de mentalités. Nous vivons dans un vrai milieu européen. On ne raisonne pas seulement qu’au niveau national, mais aussi aux niveaux frontalier et européen.

La cohésion sociale est un sujet de poids, elle nous concerne tous. Il faut vivre ensemble, veiller à développer les efforts d'intégration. L'école joue un rôle fondamental en la matière, c'est clair: il importe de rapprocher des enfants venant de milieux linguistiques et sociaux différents. La vie associative assume aussi une fonction-clé dans le processus d’intégration de personnes ayant les origines les plus diverses.

Il faut veiller à ne pas vivre séparés les uns des autres, dans des communautés distinctes. Les événements culturels, par exemple, peuvent aller dans ce sens en rassemblant les gens. Dans la mesure du possible, la politique devra dégager des moyens pour soutenir ces efforts d'intégration. Mais c'est un processus qui doit se faire au fil des années, pas d'un jour à l'autre.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays? 

Si l’on veut construire notre avenir économique, on ne peut pas le faire sans nos voisins directs, les Français, les Belges ou les Allemands. Ils participent à notre vie sociale et économique. Sans leur contribution, on ne connaîtrait pas cette prospérité qui nous distingue de bien d’autres pays. Il faut se considérer comme une communauté de destins: nous vivons tous en Grande Région.

Et oui, le Luxembourg est un Etat souverain qui a bénéficié d’un développement matériel que n'ont pas connu les régions avoisinantes. Mais nous nous trouvons actuellement face à un défi important: nous devons réfléchir à la manière dont nous pourrons continuer à développer cette économie ! Comment pourrons-nous la diversifier et en maîtriser le processus de croissance pour rester un pays attrayant? Dans ce contexte, nous devons également nous interroger sur les limites de cette croissance et identifier les moyens que nous avons pour développer le pays de manière plus soutenable: ce sera d'ailleurs l'un des thèmes clés de la prochaine campagne électorale.

  • François Bausch a fait appel aux frontaliers concernant l'aménagement du territoire. C'est une option que vous encouragez? 

Bien sûr! L'aménagement du territoire ne peut pas être envisagé sans toutes les personnes qui sont concernées par cette question. Ces personnes doivent se déplacer tous les jours et lorsque l'on considère les embouteillages, il est indispensable que nous écoutions aussi les avis et les réactions des habitants qui vivent de l'autre côté de nos frontières.

  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015? 

C'est un verdict qu'il faut respecter. Avec la nouvelle loi sur la nationalité, il est possible de donner à davantage de personnes la possibilité d'acquérir la nationalité luxembourgeoise: je crois donc qu'une ouverture a tout de même été possible par ce biais. Les étrangers qui veulent vraiment s'intégrer dans notre pays et participer à la vie politique peuvent le faire via la nouvelle loi sur la nationalité.

Ils peuvent en tirer profit: l'attachement à la nation passe également par une volonté d'apprendre notre langue et par une familiarisation avec notre culture, nos coutumes, nos valeurs sociétales. Si moi, je voulais exercer le droit de vote dans un autre Etat, il serait évident, du moins dans ma perspective, que je maîtrise sa langue, que je m'intéresse à la culture, aux institutions et à l'histoire de ce pays

  • Quel bilan faites-vous de ces quatre dernières années en tant que député? 

C'est une expérience enrichissante ! J'ai pu me familiariser avec les rouages de nos institutions et rencontrer des gens venant des horizons les plus divers. J'ai également eu la chance de travailler sur des sujets qui n'étaient pas directement en relation avec ma profession d’enseignant ou mon profil d'économiste. La Chambre des députés offre une sorte de formation continue. On y apprend tous les jours! Je ne regrette pas d'être parlementaire et de devoir me plonger souvent dans des dossiers complexes.

  • Quel est le dernier livre français que vous avez lu? 

C'est "le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d’Autriche, L’impératrice-reine", d'Elisabeth Badinter. Ce livre est écrit dans un français très soigné et agréable. Il se lit rapidement et m’a permis de compléter les conférences sur l'ère autrichienne du Luxembourg au 18e siècle que j’ai pu donner ces derniers temps dans différentes localités du pays.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Intégration: une nationalité peut en cacher une autre
Depuis les modifications apportées à la loi sur la nationalité, se cache parfois derrière la nationalité luxembourgeoise une autre nationalité. Comment penser dans ce cas la cohésion sociale et l'intégration? Quel est l'impact de l'article 89 sur les nouvelles acquisitions de nationalité?
Paul-Henri Meyers: «La cohésion sociale ne se résout pas avec de grands mots. Ça doit se vivre»
«C'est grâce à un travail ardu que j'ai appris le français», confesse volontiers Paul-Henri Meyers qui a fait ses études de droit à la Sorbonne alors que le général de Gaulle gouvernait encore la France. Député depuis 1999, le doyen discret de la Chambre ne se présentera plus aux élections en octobre 2018. Avec le recul, ce chrétien-social convaincu se demande «si à la fin du compte, l'arrivée au pouvoir de l'actuelle coalition gouvernementale, n'a pas été un bienfait pour la démocratie et pour son parti».
Diane Adehm: «L'intégration passe quelque part par le luxembourgeois»
Elle dit avoir appris à parler le français à Namur. Mariée à un Français qui a acquis la double nationalité, la députée Diane Adehm, estime que «la langue luxembourgeoise, c'est vraiment le moyen d'intégration des étrangers». Alors qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'entrer en politique, cette battante affiche un parcours sans faute qui pourrait jouer en sa faveur en octobre. Mais que veut Diane?
22.1.WO fr / Hesperange /  ITV Diane Adehm , CSV / Frankophonie /  Foto:Guy Jallay