Ancienne ministre de la Recherche

L'astronaute Claudie Haigneré à Luxembourg

Première Française à être allée dans l'espace, Claudie Haigneré est invitée d'honneur de la conférence Marie Sklodowska-Curie Actions, qui se tient à Luxembourg ces jeudi 10 et vendredi 11 décembre et rassemble quelque 200 scientifiques issus de l'excellence mondiale.

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Ancienne ministre de la Recherche et des Affaires européennes, Claudie Haigneré a participé à trois missions spatiales. Belle et brillante, surnommée «Bac + 19», elle est un modèle pour de nombreuses jeunes femmes : médecin rhumatologue, spécialisée en médecine aéronautique, elle est aussi docteur en neurosciences.

Elle a effectué un séjour à bord de la station spatiale russe Mir (en 1996) et de la station spatiale internationale (ISS, EN 2001). Depuis avril 2015, Claudie Haigneré a réintégré l'Agence Spatiale Européenne (ESA) où elle s'occupe de promouvoir la recherche européenne et la recherche spatiale.

Cette conférence est organisée avec le soutien financier de l'Union européenne par le Fonds National de la Recherche, en collaboration avec le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

En quoi consistera votre intervention au cours de cette conférence au Luxembourg?

Trois jeunes scientifiques recevront le prix d'excellence Marie-Curie pour leurs brillantes recherches. J'aurai l'honneur de remettre le sien au Français Julien Meyer, linguiste et acousticien pour son projet Ico-Eco-Speech. Ses recherches portent notamment sur des langues sifflées et des langues très anciennes. Il me semble très important d'avoir cette culture sur notre humanité aujourd'hui.

Ce scientifique a mené ses recherches dans divers endroits du monde et en Europe. J'évoquerai aussi bien sûr Marie Curie, qui a été un personnage important pour moi tout au long de ma carrière, c'est une femme qui a beaucoup apporté par ses travaux au progrès de la science. Elle n'a pas eu une carrière facile mais elle est heureusement reconnue aujourd'hui.

Les trois scientifiques lauréats sont des hommes, il n'y a pas de femme malheureusement. Un point que j'aborderai à cette occasion, d'où mon clin d'œil à Marie Curie: la diversité, la place de la femme dans le monde scientifique.

J'aurai l'occasion d'exprimer quelques mots inspirants sur ce que la science et la technologie représentent ainsi que la conquête spatiale puisque j'ai eu l'immense chance dans ma carrière de participer à trois missions dans l'espace. Et je suis très heureuse de venir au Luxembourg, pays qui s'est beaucoup impliqué dans la recherche, y compris depuis sa présidence à la Communauté européenne.

Vous avez réintégré l'ESA en avril 2015. En quoi consiste votre mission aujourd'hui et quels sont vos projets ?

Je travaille avec le directeur général de l'agence. J'ai deux missions. La première est de mieux promouvoir les travaux de l'Agence Spatiale Européenne, vecteur d'une science européenne d'excellence avec de très lourdes infrastructures de recherche. De montrer comment l'Europe façonne ses programmes de recherche avec un rayonnement international.

Ma seconde mission est de contribuer à un nouveau récit européen, dans le sens où l'on raconte beaucoup l'Europe à travers son passé alors qu'aujourd'hui nous avons plutôt une Europe sur la défensive et j'aimerais pouvoir contribuer à l'Europe qui se construit. Ce sont de somptueux sujets de reconnaissance.

Quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle en France, notamment les résultats du premier tour des élections régionales laissant une place de plus en plus grande au Front national ? Envisagez-vous un retour sur la scène politique ?

Je n'ai pas envie de m'exprimer dans la presse sur ce sujet. Je suis un peu triste de voir que la France n'a plus confiance en elle, ce repli sur soi ne me convient pas. Quant à revenir sur la scène politique, c'est déjà ce que j'accomplis dans les tâches qui m'incombent à l'ESA. Comme je l'évoquais à l'instant, le fait de contribuer à une construction européenne, par le biais du progrès scientifique et de sa promotion, est déjà un rôle politique.

La présence de vie sur d'autres planètes, les projets d'installation humaine sur Mars comme l'envisagent la Nasa ou Mars One : quel est votre avis ? L'ESA a-t-elle des projets similaires ?

Je suis passionnée par les recherches faites aujourd'hui sur les exoplanètes. La première a été découverte en décembre 1995 et l'on en dénombre 2.000 aujourd'hui. Certaines ont des formes, des orbites très similaires à notre monde. Il est très probable de trouver un jour une vie carbonée, cela fait partie de l'exploration.

Une vie semblable à la nôtre est peu probable cependant. Les projets lancés par la Nasa ou Mars One permettent de formidables avancées technologiques, mais on est encore loin de pouvoir envisager de vivre sur Mars, ces technologies ne sont pas réellement adaptées à la vie sur cette planète.

L'ESA va lancer en 2018 le projet Exomars : un Rover sera envoyé sur Mars pour y faire des forages en profondeur afin d'analyser le sol jusqu'à deux mètres sous la surface, ce qui n'a jusqu'alors jamais été réalisé.

L'ESA participe également à un projet mondial nommé Global Exploration Roadmap, dont la cible est l'exploration humaine de la planète Mars. Il est aussi envisageable de réfléchir à d'autres projets d'exploration robotique et humaine.

Propos recueillis par Anne Fourney