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Aly Kaes: «Quand on devient syndicaliste, on le reste à vie»
Luxembourg 9 min. 18.06.2018 Cet article est archivé

Aly Kaes: «Quand on devient syndicaliste, on le reste à vie»

«Pourquoi un syndicaliste deviendrait-il député ? Pour avoir une influence sur la société, il est important de participer aux décisions politiques»

Aly Kaes: «Quand on devient syndicaliste, on le reste à vie»

«Pourquoi un syndicaliste deviendrait-il député ? Pour avoir une influence sur la société, il est important de participer aux décisions politiques»
Photo : Caroline Martin
Luxembourg 9 min. 18.06.2018 Cet article est archivé

Aly Kaes: «Quand on devient syndicaliste, on le reste à vie»

En 1981, en ce jour symbolique du 1er mai, Aly Kaes entame son premier jour de travail en tant que permanent officiel du LCGB, où il demeurera trois décennies durant. Aujourd'hui député et bourgmestre de la commune de Tandel, il a conservé son âme de syndicaliste et prône l'importance de l'emploi et de la défense des droits des travailleurs.

Propos recueillis par Jean Vayssières

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.     


  • Quel est votre rapport à la langue française et à la francophonie ?

Il est évident que le Luxembourg baigne dans la francophonie: notre législation et notre administration se font en français, puisque c'est une langue officielle. Cependant, en tant que résident du nord, éloigné de la frontière française, j'ai plus de rapports avec la Belgique ou l'Allemagne qu'avec la France, même si le nord demeure francophone dans une moindre mesure.

J'entretiens tout de même des liens avec ce pays: je suis parti quelques fois en vacances en Alsace ou en Provence et me suis souvent rendu à Paris. Lorsque j'étais jeune, je traversais parfois la frontière pour assister aux matchs du FC Metz avec mon cousin. C'est triste, d'ailleurs, que le club soit tombé en deuxième division ! Mais je suis toujours supporter. C'est un club très proche de nous. 

Le français, c'est tout simplement une langue avec laquelle on travaille tous les jours.

Dans notre économie, pas mal de gens ne parlent que le français, ce qui donne à cette langue une importance énorme pour tout le pays. Beaucoup d'immigrés et même une bonne partie des Belges ne parlent pas d'autre langue au quotidien. Dans les cafés ou dans les restaurants, on commande le plus souvent en français ! C'est tout simplement une langue avec laquelle on travaille tous les jours.

  • Avez-vous en mémoire un film français qui vous aurait marqué ?  

Le premier acteur qui me vient en tête, c'est Louis de Funès. J'apprécie particulièrement le personnage du gendarme, qui apparaît dans de nombreux films ! C'est quelque chose de très typique. 

  • Dans votre réflexion de député, quelle place accordez-vous aux résidents étrangers ?

Les immigrés et les étrangers sont très importants pour le pays: sans eux, il serait impossible de maintenir l'économie du Luxembourg dans son état actuel. Dans la commune de Tandel, dont je suis le bourgmestre, environ 30% des citoyens sont des immigrés. Ce sont surtout des Portugais, et la plupart parlent le français. J'ai de très bonnes relations avec ces gens-là. 

Plus jeune, j'ai travaillé dans une filiale de Goodyear, à la Wire Plant, à Colmar-Berg près de Bissen. Il y avait beaucoup de Belges, avec qui j'ai discuté à de nombreuses reprises, en français, en tant que président de la délégation ouvrière.

  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015 sur le vote des étrangers ?
Photo : Caroline Martin

Le CSV n'est pas favorable au vote des étrangers aux législatives. Nous sommes d'avis que, compte tenu des facilités d'obtention de la double nationalité, les personnes se doivent d'avoir la nationalité luxembourgeoise afin de pouvoir voter aux législatives. Elle est facile à obtenir, pour peu que l'on s'implique et fasse quelques efforts. Il faut adapter son fonctionnement pour s'intégrer. 

En revanche, tout le monde a les moyens de participer de façon active ou passive aux autres élections, des communales aux délégations d'entreprise. Avoir la possibilité de se présenter et de voter, c'est normal, étant donné qu'il y a énormément de frontaliers au Luxembourg.

  • Certains de vos collègues du CSV pensent que les questions du référendum étaient «mal posées». Est-ce également votre avis ?

Absolument. Nous étions contre ce référendum, notamment car les questions n'étaient pas adaptées. Le danger était de diviser les citoyens au lieu de les unir. Dans l'un des seuls pays au monde contenant un nombre si élevé d'étrangers, il serait triste de fragmenter la population. 

  • Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment pense-t-on la cohésion sociale dans ce contexte ?

Le Luxembourg est un pays unique en Europe, avec un pourcentage de résidents étrangers très élevé. C'est le seul qui soit dans cette situation. Je crois que nous y sommes très habitués, car nous avons une énorme expérience de la multiculturalité. 

Nous sommes tout à fait capables de gérer tout cela et d’œuvrer dans l'intérêt de tout le monde: des citoyens, mais également des étrangers et des gens qui traversent la frontière tous les jours.

  • Quand le Luxembourg comptera près d'un million d'habitants, vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays ?

Il est clair que gérer tout cela représente un défi. Mais d'autre part, sans tous ces gens occupant des postes à responsabilité, nous serions dans l'impossibilité de faire tourner notre économie. Il n'est pas évident de trouver autant de personnes qualifiées. 

Voilà pourquoi, au niveau national, il faut aller chercher ailleurs. La grande région est plus qu'un acquis: sans elle, l'économie du Luxembourg ne pourrait pas exister dans sa situation actuelle. Le jour où nous serons un million, il y aura encore plus de besoins en postes à responsabilité, et nous aurons absolument besoin de ces gens pour les occuper. 

  • Vous avez pris congé de votre poste au LCGB pour vous consacrer pleinement à la chambre. Le milieu syndical vous manque-t-il ?

Lorsqu'on me pose cette question, j'ai pour coutume de répondre que lorsqu'on devient syndicaliste, on le reste à vie. J'ai beau ne plus être en poste permanent au LCGB, je demeure syndicaliste, et mon envie d'aider les gens est toujours là. 

La politique est une suite logique du syndicalisme, je suis loin d'être le seul. 

J'ai travaillé au LCGB pendant 30 ans et j'en tire une expérience énorme: j'y ai été responsable de la négociation des conventions dans la transformation des métaux, je me suis occupé de la section des jeunes et de la trésorerie... j'avais pas mal de responsabilités. Pendant des années, j'étais également secrétaire de la circonscription Nord.  

Si le syndicat ne me manque pas directement, c'est aussi parce que je suis toujours plongé dans cette vie: les gens qui ont des questions me téléphonent toujours pour que je les aide à résoudre leurs problèmes, et je suis très heureux de cela.

  • Travailler dans un syndicat et à la Chambre, cela présente des différences majeures. Comment chacun de ces postes œuvrent-ils pour les citoyens ? 

Pourquoi un syndicaliste deviendrait-il député ? Les syndicats existent pour défendre l'intérêt des travailleurs: ils font part de leurs revendications, mais ce n'est pas chez eux que les décisions sont prises. Pour avoir une influence sur la société, il est important de participer à ces décisions car au bout du compte, si les députés ne votent pas les mesures qui vont à l'avantage des travailleurs, ça ne fonctionne pas.

La politique est une suite logique du syndicalisme: par le passé, beaucoup de personnes ont été syndicalistes avant de devenir députées. Jean Spautz par exemple, l'ancien président national du LCGB, est devenu président de la Chambre. Son fils, Marc Spautz, a été secrétaire général au LCGB également, et est aujourd'hui député et président du CSV. C'est également beaucoup le cas chez les socialistes, je suis loin d'être le seul. 

Photo : Caroline Martin
  • Quelles sont vos ambitions pour 2018 ?

J'espère, évidemment, que le CSV obtiendra à nouveau une majorité de sièges lors des élections législatives d'octobre, et qu'il pourra retrouver une plus grande influence sur la politique du pays. 

Personnellement, je suis candidat. J'espère être réélu afin de pouvoir continuer le travail que je mène actuellement, à travers ce qui serait mon quatrième mandat de député. 

  • Vous êtes membre fondateur ainsi que président du Forum Pour l'Emploi, ce qui représente un grand engagement. L'emploi est-il, à votre sentiment, une problématique majeure dans le paysage luxembourgeois ?

Évidemment, il s'agit d'un enjeu capital. Ne pas avoir de travail, c'est ne pas avoir de futur. C'est très démoralisant et démotivant, cela nous met en marge de la société, tandis que le travail nous permet au contraire d'occuper une place utile. D'ailleurs on le constate bien, et c'est triste: les gens portent un tout autre regard sur les chômeurs que sur les personnes qui ont un emploi. 

L'emploi est un enjeu capital: ne pas avoir de travail, c'est ne pas avoir de futur.  

Je suis très fier d'avoir créé le forum pour l'emploi en 1998 avec le LCGB. Nous avons d'ailleurs fêté son 20ème anniversaire, en mars dernier, en présence de Son Altesse Royale le Grand-Duc Henri. En intégrant des gens dans le monde du travail, grâce à des formations théoriques et pratiques, je pense qu'on a aidé beaucoup de gens.

  • En tant que président du SIDEN (Syndicat Intercommunal de Dépollution des Eaux résiduaires du Nord), appliquez-vous une conscience écologique à votre politique ?

L'écologie est très importante: les énergies renouvelables, par exemple, sont une chose essentielle. À l'avenir, nous devrons trouver encore plus de solutions afin de nous tourner vers ce genre de production d'énergie. Cependant, il faut toujours garder les pieds sur terre et ne pas exagérer. J'essaie toujours de rester très raisonnable à ce niveau-là.

À Tandel, nous avons été pendant un temps la meilleure commune du pays dans le Pacte Climat, une loi qui attribue des points aux communes en fonction de mesures écologiques à mettre en place. Aujourd'hui, nous sommes encore en troisième position.  

Nous étions les premiers, au niveau communal et non-privé, à adopter des chauffages à copeaux de bois. Nous en avons installé un, par exemple, dans un centre scolaire et sportif, construit entre 1995 et 1999. À l'heure actuelle, il y en a quatre dans toute la commune. En plus, le combustible que nous utilisons provient des forêts communales environnantes. 

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