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Alexis Chandon, 50 ans, visiteur de prison bénévole à Schrassig

Alexis Chandon, 50 ans, visiteur de prison bénévole à Schrassig

Photo: Guy Jallay
Luxembourg 3 min. 14.03.2012

Alexis Chandon, 50 ans, visiteur de prison bénévole à Schrassig

Membre de l'Association luxembourgeoise des visiteurs de prison (ALVP) depuis sa création en 2006, Alexis Chandon, 50 ans, se rend presque une fois par semaine à Schrassig en tant que visiteur de prison bénévole. Une activité qui lui permet de se «sentir utile à quelque chose, et surtout à quelqu'un» et qui fait même parfois naître une relation amicale. Interview.

Membre de l'Association luxembourgeoise des visiteurs de prison (ALVP) depuis sa création en 2006, Alexis Chandon, 50 ans, se rend presque une fois par semaine à Schrassig en tant que visiteur de prison bénévole. Une activité qui lui permet de se «sentir utile à quelque chose, et surtout à quelqu'un» et qui fait même parfois naître une relation amicale. Interview.

Monsieur Chandon, pourquoi avoir rejoint l'association dès sa fondation en 2006?

J'avais déjà d'autres engagements associatifs, donc cela s'inscrit dans une démarche globale de ma part. Et j'étais ami avec l'initiateur de l'association, le père Vincent Klein, aumônier adjoint au centre pénitentiaire de Schrassig. J'ai donc beaucoup partagé avec lui et son action correspondait à mes valeurs éthiques et sociales.

Une fois contact pris avec l'asbl, comment devient-on visiteur de prison?

Il faut présenter un extrait du casier judiciaire. La personne passe un entretien avec des membres du conseil d'administration pour expliquer l'objet de sa démarche. Elle est ensuite en période de stage durant six mois, c'est-à-dire qu'elle doit assister aux séances de remédiation de l'association, prendre part aux formations et finalement adhérer à sa charte déontologique. Elle reçoit ainsi un agrément de la part de l'association et peut alors aller visiter les détenus.

Le visiteur de prison doit donc être rassuré de pouvoir compter sur le soutien de l'association?

Bien sûr! Nous avons des séances mensuelles de remédiation dédiées aux problèmes administratifs et personnels. Nous suivons une formation à l'écoute une fois par an. Il est fondamental de la faire et de la refaire. Nous pouvons aussi téléphoner à un membre de l'association ou à un autre visiteur. Et nous sommes aussi suivis par un cabinet de psychologues.

A quelle fréquence vous rendez-vous à Schrassig?

L'association nous demande une certaine régularité dans l'engagement, allant d'une fois par semaine à une fois par mois, en fonction de l'emploi du temps du bénévole et du détenu, car certains prisonniers travaillent à Schrassig. L'entretien dure en général de 30 minutes à une heure, soit dans la salle des visites soit au parloir des avocats.

Vous ne pouvez pas «choisir» quel détenu vous allez visiter?

Normalement non. Mais les critères de langue nous obligent à faire des choix. Presque vingt langues sont représentées au sein de notre association, mais personne ne parle roumain, par exemple. Donc je lance un appel car il est difficile de communiquer uniquement par signes. Et si un bénévole déclare ne pas être capable de visiter un délinquant sexuel, par exemple, l'association prendra sa requête en compte. Même si normalement, le visiteur ne connaît pas la raison de l'inculpation du détenu. Toutefois, on l'apprend très vite de la bouche du prisonnier.

De quoi parlent les détenus justement?

Les sujets qui occupent le plus leur esprit sont leur détention, leur procès et leur condamnation. Ils ont vraiment besoin de parler de cela. Mais en général, ce sont des conversations très simples.

Et quel est votre rôle?

Ouvrir un espace de parole et être disposé à entendre tout ce que la personne nous dira. Ne pas juger, ne pas faire culpabiliser. Surtout, on ne se substitue pas au service psycho-social de la prison ou aux avocats. Ce n'est pas à nous de proposer ou d'imposer une quelconque solution. Notre seule vertu, c'est d'essayer de faire réfléchir le détenu.

Quelle satisfaction tirez-vous de cette activité?

Celle de se sentir utile à quelque chose, et surtout à quelqu'un. Faire un geste de solidarité humaine.

Est-ce parfois difficile d'être visiteur de prison?

Oui, lorsque le détenu refuse notre visite, lorsqu'il a été libéré, qu'on ne le sait pas et qu'on n'a pas pu lui dire au revoir, lorsqu'il attend quelque chose de vous que vous n'êtes pas prêt à lui donner et lorsque la conversation tourne en rond. Parfois, une relation amicale se tisse avec le prisonnier, c'est humain!