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Ah, si les tombes pouvaient parler...
Luxembourg 9 4 min. 01.11.2021 Cet article est archivé
A Luxembourg-ville

Ah, si les tombes pouvaient parler...

Robert L. Philippart organisera une visite guidée du cimetière Notre-Dame le 20 novembre prochain. Chaudement recommandée.
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Ah, si les tombes pouvaient parler...

Robert L. Philippart organisera une visite guidée du cimetière Notre-Dame le 20 novembre prochain. Chaudement recommandée.
Photo : Anouk Antony
Luxembourg 9 4 min. 01.11.2021 Cet article est archivé
A Luxembourg-ville

Ah, si les tombes pouvaient parler...

Au cimetière Notre-Dame, dans le quartier du Limpertsberg, une soixantaine de sépultures disposent d'un QR code. Il suffit de le flasher pour en découvrir un peu plus de la vie de celui ou celle qui repose sous la pierre tombale.

(pj avec David THINNES) - Visiter le cimetière Notre-Dame avec Robert L. Philippart revient à ouvrir un grand livre d'histoire(s). Celui qui défend le patrimoine Unesco de la capitale est aussi un parfait connaisseur des nécropoles de la capitale. Il est même membre d'un groupe de travail engagé pour la préservation des tombes ''remarquables'' essaimées parmi les quelque 15.000 sépultures qu'abritent les 13 cimetières de la Ville de Luxembourg.


Inhumés au pied d'un chêne, en pleine forêt
Ce sont des nécropoles naturelles, sans marbre, ni croix, ni bougies pour la Toussaint. Dans les cimetières forestiers, toujours plus nombreux au Luxembourg, les défunts sont inhumés de la manière la plus simple, entre les racines des plus vieux chênes.

Sur ces différents sites funéraires de la capitale, 203 tombes sont protégées. Sachant que chaque année, une quinzaine de nouveaux monuments viennent s'ajouter à la liste. A lui seul, le cimetière Notre-Dame, à deux pas du champ du Glacis, compte 135 ''dernières demeures'' préservées. L'une des tombes les plus célèbres du cimetière étant certainement celle de Friedhelm Wilhelm Voigt.

La renommée du sieur Voigt remonte au début du XXe siècle où ses impostures avaient même donné lieu à l'écriture de la pièce «Le capitaine de Köpenick». Et si à sa mort en 1922 ce personnage rocambolesque a d'abord reposé dans une tombe modeste, la Ville de Luxembourg a décidé de lui dresser un véritable monument, à la fin des années 1970. «Et aujourd'hui encore, des touristes allemands viennent découvrir la sépulture de celui qui avait vu le jour en 1849 du côté de la Prusse», commente Robert L. Philippart.

Mais pas le temps de s'attarder, il faut aussi jeter un œil à la tombe de Paul Eyschen, à deux pas de la précédente. L'ancien homme politique, qui a été ministre d'État de (1888 à 1915) repose dans une structure imposante, en forme de... cercueil.  «Eyschen n'avait pas de descendants et il n'a pas été enterré dans la tombe familiale à Diekirch. A ce jour, il est le seul ministre d'Etat luxembourgeois à disposer de sa propre tombe», rapporte l'historien. Mais que les visiteurs ne s'y trompent pas : Paul Eyschen ne repose pas ''en l'air", comme le monument peut le laisser suggérer mais bien 1,50m sous terre comme tous les autres défunts qui l'entourent. 

Mais qui traverse les allées traversant les 5 hectares du cimetière Notre-Dame n'aura pas forcément la chance d'avoir un guide comme Robert L. Philippart. Heureusement, la Ville a pensé à tout. Ainsi, 59 sépultures à caractère ''historique'' disposent d'un QR code discrètement posé sur leur marbre. A l'aide de son mobile, un simple flashage du petit carré suffit à en savoir plus, en texte, en image ou en son, sur celui ou celle qui repose ici-bas.

Ainsi, en se penchant sur la tombe de Jean-Antoine Zinnen, le visiteur curieux aura la surprise d'entendre l'air du Ons Heemecht (Zinnen étant le compositeur de l'hymne national luxembourgeois). Les plus observateurs remarqueront d'ailleurs que quelques notes de la partition figurent gravées sur la pierre tombale. Et ainsi de suite, au fil de la balade instructive qui n'a rien de morbide.

Le groupe de travail, dont M. Philippart fait partie, est composé de membres de sept services différents de la Ville. Il intervient lorsqu'une concession pour une tombe n'est pas renouvelée ou abandonnée par la famille. A charge pour le groupe d'estimer si la commune doit reprendre à son compte l'entretien de la tombe délaissée. Renommée du défunt, histoire, valeur artistique de la sépulture, différents critères sont alors étudiés.


online.fr, Friedhof, Religion, verschiedene Religionen, Kultfriedhof, Kult-Friedhof, Gräber Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Le même repos éternel pour tous
Jusqu'à présent, aucun cimetière luxembourgeois ne rassemblait les sépultures de défunts des diverses religions. Steinsel fera exception d'ici 2023. Une réalité locale qui pourrait vite servir de modèle national.

C'est ainsi par exemple que le mausolée de la famille Wester est désormais pris en charge par la Ville. Une façon d'honorer à la fois la mémoire du Dr Jacques Wester (médecin à Differdange, décédé en 1906 et qui s'était montré particulièrement bienveillant à l'égard des ouvriers malades ou blessés) mais aussi d'assurer la conservation des vitraux Art déco du monument. Ceux-ci portent la signature de l'artiste vitrailliste Sylvère Linster.

Parfois, pour remettre en état telle ou telle tombe, il faut compter sur de lourds travaux. Jusqu'à présent, le groupe a toujours pu compter sur la générosité du collège échevinal, «parfois même pour des factures à cinq chiffres». Mais la préservation du patrimoine local est à ce prix.

Particularisme local :  si dans d'autres pays, les monuments funéraires délaissés peuvent être utilisés par de nouvelles familles, dans les cimetières de la capitale, cela n'est pas possible. «Ossements et monument funéraire restent ensemble», explique Robert L. Philippart. Par contre, si une tombe ne mérite pas d'être protégée après expiration de la concession, les restes des défunts seront alors retirés puis transportés à l'ossuaire de Fetschenhof. 

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