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Accueil des réfugiés au Luxembourg: Les communautés religieuses s'organisent

Accueil des réfugiés au Luxembourg: Les communautés religieuses s'organisent

Luxembourg 7 min. 21.09.2015

Accueil des réfugiés au Luxembourg: Les communautés religieuses s'organisent

Suite à l'arrivée des réfugiés au Luxembourg, les différents cultes conventionnés du pays mettent en place des actions d'aide. Des projets qui se font en fonction des moyens de chacun mais aussi de leur culture.

Par Virginie Orlandi

L'arrivée de nombreux réfugiés en Europe mais également au Luxembourg mobilise le gouvernement tout autant que les ONG et c'est maintenant au tour des communautés religieuses du pays de montrer leur volonté de mettre la main à la pâte en mettant en place différents projets.

Des projets qui se font en fonction des moyens de chacun mais aussi de la culture des différentes communautés comme c'est le cas, par exemple, au sein de la communauté musulmane:

"Jusqu'à présent les réfugiés entraient en contact avec nous par le biais de la foi", nous explique Sabahudin Selimovic, président de la Shoura. "A leur arrivée dans le pays, ils recherchaient un lieu de culte où pratiquer leur religion car ils en étaient coupés. Cependant, avec l'afflux massif des réfugiés en Europe, nous avons bien conscience que c'est également à notre communauté de montrer à ces gens qu'elle existe et qu'elle est prête à les aider. Ainsi, durant le Ramadan (du 18 juin au 16 juillet ndlr) nous avons accueilli près de 200 personnes tous les soirs lors de l'iftar et parmi eux, il y avait plusieurs réfugiés".

De gauche à droite : le président de la Shoura, Sabahudin Selimovic, l'imam de la mosquée de Bonnevoie "Le Juste Milieu", Messaoud Atrous, le vice-président de la Shoura, Jean Luc Karleskind, en juin 2014
De gauche à droite : le président de la Shoura, Sabahudin Selimovic, l'imam de la mosquée de Bonnevoie "Le Juste Milieu", Messaoud Atrous, le vice-président de la Shoura, Jean Luc Karleskind, en juin 2014
Guy Jallay

L'aumône est un des cinq piliers de l'Islam et d'après la Zakât, tout musulman qui en a les moyens doit donner une partie de ses biens aux pauvres et c'est bien évidemment selon ce principe que fonctionne la communauté musulmane du Luxembourg:

Les musulmans du Grand-Duché n'ont pas attendu la récente crise des réfugiés pour se mobiliser" précise Jean-Luc Karleskind, vice-président, "Ils ont organisé ces dernières années des collectes le vendredi dans les mosquées et ont participé à deux journées Syrie avec l'Association Communauté Syrienne au Luxembourg qui visaient à informer sur la tragédie de la guerre civile dans ce pays.

L'Aïd Al Adha est un des temps forts pour les musulmans et aura lieu cette année, le 24 septembre et différentes associations islamiques organisent une grande fête de l'Aïd au sein de la mosquée de Mamer ce dimanche où les réfugiés sont conviés. "Nous allons essayer d'aller les chercher ou de nous rendre à leurs côtés dans les foyers", poursuit Jean-Luc Karleskind. "Comme nous l'avons fait pendant le Ramadan où nous avons apporté des repas chauds tous les soirs au foyer Don Bosco".

Cependant, la vraie force de cette communauté, c'est son bilinguisme.

"Envoyez-nous des gens qui sachent parler l'arabe"

D'après Claude Marx, président du Consistoire Israélite du Luxembourg, la demande du gouvernement est plus que claire: "Envoyez-nous des gens qui sachent parler l'arabe", voilà ce que Corinne Cahen nous a répondu lorsque nous avons téléphoné au ministère de l'Immigration pour proposer l'aide de notre communauté", poursuit Claude Marx, "Nous sommes submergés de biens matériels mais nous avons besoin de personnes parlant l'arabe" nous a-t-on répondu et nous avons lancé un appel au sein de la communauté mais nous pourrions lancer d'autres initiatives au besoin", conclut-il.

Claude Marx, président du Consistoire israélite à la synagogue de Luxembourg.
Claude Marx, président du Consistoire israélite à la synagogue de Luxembourg.
Chris Karaba

Pour ce qui est de la langue arabe, les mieux placés pour trouver des traducteurs restent les musulmans eux-mêmes comme le souligne le vice-président de la Shoura. "Au moins une vingtaine de personnes de la communauté serait susceptible de remplir ce rôle auprès des réfugiés et même si l'arabe est différent d'une partie du globe à une autre, l'arabe littéraire reste compréhensible par tous.  Nous demandons aux personnes bilingues français-arabe de se manifester auprès de nos associations et nous les mettrons en relation avec les organismes d'accueil. D'ailleurs, l'imam de la mosquée de bonnevoie, Messaoud Atrous, s'est porté volontaire en téléphonant à l'OLAI pour la traduction arabe-français. L'OLAI dit qu'elle recherche des personnes formées à ce travail et que cette formation était organisée par la Croix-Rouge. Il ne sait pas si sa candidature sera considérée.", conclut Jean-Luc Karleskind.

Une main tendue pour tous

L'archevêque Mgr Hollerich vient de publier une lettre pastorale dans laquelle il explique les actions qui vont être entreprises par l'Eglise catholique dans les prochaines semaines comme le précise Roger Nilles: "Le projet "Reech eng Hand - Reech Deng Hand" (Tends la main: osons réagir en chrétiens) n'en est qu'à ses débuts. Nous sommes en train de regarder comment nous allons pouvoir nous organiser pour que l'aide aux réfugiés se construise dans la durée et non pas sur quelques mois. Beaucoup de choses se mettent en place en même temps et nous devrions être efficaces d'ici 2 à 3 semaines".

Mgr Jean-Claude Hollerich lors de la procession dansante à Echternach.
Mgr Jean-Claude Hollerich lors de la procession dansante à Echternach.
Chris Karaba

Les réfugiés qui seront pris en charge par l'Eglise catholique seront ceux qui résident au Luxembourg depuis plusieurs mois afin de libérer des places dans les foyers d'accueil de premières aides de l'OLAI. Le pape François a demandé aux chrétiens que chaque paroisse accueille une famille de réfugiés et le Luxembourg compte 274 paroisses. "Nous ne savons toutefois pas si les 274 paroisses vont accueillir des réfugiés ou si ce sera plutôt les communautés paroissiales qui sont au nombre de 57", poursuit le chargé de communication de l'archevêché, " Les paroisses pourront aider à différents niveaux en proposant des denrées alimentaires, des cours de langues, des dons vestimentaires ou simplement en associant les réfugiés à la vie quotidienne des bénévoles".

Pour se porter bénévole, il faut contacter sa paroisse, téléphoner autrement au 621 981 482 ou envoyer un email à l'adresse suivante: reech-eng-hand@cathol.lu.

"Nous n'avons pour l'instant pas d'accord avec les autres cultes conventionnés mais la porte reste ouverte et nous pourrions, en effet, imaginer travailler main dans la main", poursuit Roger Nilles, "surtout que la solidarité de cette action est destinée à tous en dehors de toute confession".

60 communautés protestantes

La communauté protestante est la deuxième communauté religieuse du pays ex aequo avec la communauté musulmane avec 60 paroisses qui pourraient, elles aussi, accueillir des réfugiés.

L'Eglise protestante du Luxembourg représente l'ensemble des communautés protestantes présentes sur le territoire
L'Eglise protestante du Luxembourg représente l'ensemble des communautés protestantes présentes sur le territoire
Gerry Huberty

D'après Volker Strauss, pasteur et chef du culte de l'Eglise protestante du Luxembourg, là aussi les forces sont en train de se réunir et d'ici à quelques semaines, les protestants du Luxembourg pourraient bien, eux aussi, prêter main forte.

"Nous n'avons pas les structures nous permettant d'héberger des personnes mais nous pourrions mettre en place des actions ponctuelles. Nous allons faire un appel à nos paroissiens pour voir, néanmoins, s'il est possible que certains d'entre eux logent des personnes réfugiées. Nous allons la semaine prochaine élire notre nouveau Consistoire et nos actions pourront être mises en place au début du mois d'octobre", conclut-il.



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