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Accès payant aux lieux de culte: le Luxembourg dit non
Luxembourg 4 min. 29.11.2017 Cet article est archivé
Polémique en France

Accès payant aux lieux de culte: le Luxembourg dit non

Si en France l’idée a été rejetée par l’Eglise, dans d’autres pays européens comme l’Italie ou la Grande-Bretagne, l’accès payant de certaines églises est entré dans les mœurs.
Polémique en France

Accès payant aux lieux de culte: le Luxembourg dit non

Si en France l’idée a été rejetée par l’Eglise, dans d’autres pays européens comme l’Italie ou la Grande-Bretagne, l’accès payant de certaines églises est entré dans les mœurs.
Laurence D'Hondt
Luxembourg 4 min. 29.11.2017 Cet article est archivé
Polémique en France

Accès payant aux lieux de culte: le Luxembourg dit non

Le ticket d’entrée dans les églises est une pratique qui se répand en Europe, se justifiant par l’entretien du patrimoine de certaines églises. En France, cela fait polémique. Au Luxembourg, les églises restent libres d’accès.

Par Laurence D'Hondt

Le ticket d’entrée dans les églises est une pratique qui se répand en Europe, se justifiant par l’entretien du patrimoine de certaines églises. En France, cela fait polémique. Au Luxembourg, les églises restent libres d’accès.

L’animateur Stéphane Bern, chargé par le président Emmanuel Macron de «sauver le patrimoine français en péril», s’est intéressé au sort des églises de France. Face à la désertion des fidèles et à la baisse des moyens pour faire face à l’entretien des monuments ecclésiastiques, ce féru d’Histoire et de patrimoine a lancé une idée qui a immédiatement fait bondir: l’entrée payante des églises. 

Si en France l’idée a été rejetée par l’Eglise, dans d’autres pays européens comme l’Italie ou la Grande-Bretagne, l’accès payant de certaines églises est entré dans les mœurs.

C’est en Grande-Bretagne que l’entrée des monuments ecclésiastiques les plus touristiques du pays a d’abord fait son chemin, avec un tarif assez élevé: ainsi à Londres, l’entrée dans l’abbaye de Westminster coûte 21 euros et dans la cathédrale St. Paul pas moins de 19 euros. L’entrée dans la cathédrale de Canterbury coûte quant à elle 13,5 euros. 

Ces tarifs, que d'aucuns estiment élevés, sont justifiés par l’absence de subventions publiques accordées à l’Eglise anglicane. Dans la péninsule italienne qui compte quelque 100.000 églises, le ministre de la Culture vient de relancer le débat en proposant un ticket d’entrée pour le Panthéon à Rome.

A Florence, l’entrée de certains édifices tels que la basilique Santa Maria Novella qui regorge d’œuvres de maîtres comme Giotto ou Ghirlandaio, mais aussi l’église Santa Croce, où sont enterrés Machiavel et Michel Ange, est également payante. 

En Espagne, l’entrée des cathédrales a un prix qui varie entre 5 et 15 euros, même si l’accès aux offices et à la chapelle réservée à la prière reste libre. En revanche, l’entrée dans la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle, but du pèlerinage de milliers de personnes, est restée libre d’accès, après des débats houleux sur l’opportunité d’un ticket d'accès.

Enfin en Belgique, où les églises paroissiales bénéficient des fonds communaux, seules les cathédrales de Gand et d’Anvers, toutes les deux détentrices de chefs-d’œuvre de la peinture flamande, ont adopté une politique de tickets payants. 

Ainsi, l’administration de la cathédrale d’Anvers, qui compte 27 salariés, assure que sans les six euros des tickets d’entrée qui représentent 60 % du budget de gestion de la cathédrale, elle ne pourrait plus assurer la conservation des œuvres de Pierre Paul Rubens.

La politique du ticket d’entrée se justifie le plus souvent par les charges liées à l’entretien d’un patrimoine exceptionnel. D’ailleurs, le ticket payant ne s’adresse qu’aux touristes et non aux personnes se rendant à un office religieux. 

Dans nombre de pays européens, souligne Mgr Habert, évêque de Séez, les églises peuvent choisir ce moyen de gestion, parce qu’elles sont propriétaires de leurs édifices, à rebours de la France où l’Etat est propriétaire et a mis les lieux de culte à disposition de l’Eglise «de manière gratuite, exclusive et permanente».

En France, la proposition de Stéphane Bern entre donc en conflit avec cet équilibre des pouvoirs institué depuis la loi de séparation de l’Etat et de l’Eglise de 1905. Mais pour la Conférence épiscopale de France, les motifs du refus du ticket payant sont avant tout d’ordre spirituel. 

Dans un communiqué qui a fait suite à la proposition de Stéphane Bern, la Conférence épiscopale déclarait: «Les cathédrales, alors même qu'elles font partie du patrimoine culturel de la France, sont avant tout des lieux de prière et de culte dont l'accès doit être libre», en rajoutant, «dans cette époque de bruit et de tribulations, elles constituent des lieux de paix et d’intériorité proposés à tous».

A cet argument d’ordre spirituel, certains dont Stéphane Bern répondent que le ticket d’entrée aura précisément un avantage spirituel: réguler le flux des touristes et assurer donc une certaine tranquillité aux fidèles. 

En effet, à Notre-Dame de Paris, un édifice qui accueille quelque 13 millions de visiteurs par an et dont l’entretien s’élève à 100 millions d’euros, l’office est généralement soumis à un va-et-vient bruyant et constant de touristes qui entrent et sortent. Un phénomène qui ne favorise pas le recueillement des fidèles.

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