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A Schifflange, trier ses déchets est un effort qui paie
Luxembourg 8 12 min. 12.11.2018 Cet article est archivé

A Schifflange, trier ses déchets est un effort qui paie

Gaby Louis (au centre) cogère la station de collecte de la plus grande résidence de Schifflange avec Giuseppe Gargaro..

A Schifflange, trier ses déchets est un effort qui paie

Gaby Louis (au centre) cogère la station de collecte de la plus grande résidence de Schifflange avec Giuseppe Gargaro..
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 8 12 min. 12.11.2018 Cet article est archivé

A Schifflange, trier ses déchets est un effort qui paie

Maurice FICK
Maurice FICK
C'est aussi vieux que notre société de consommation. Moins on produit de déchets, plus on protège notre planète. Pour lutter contre le réchauffement climatique, Schifflange a fait du tri sélectif une vraie priorité. Ça marche et ça paie! La plus grande résidence de la commune qui compte 88 logements donne l'exemple.

«Vous appuyez sur le bouton, ça clignote, vous passez votre badge avec votre numéro et... le sas s'ouvre!», montre Gaby Louis. A la manière d'un container pour les habits, le retraité enfonce son sac poubelle dans le clapet et l'ordinateur de bord valide une vidange. Il précise: «Votre poubelle doit faire 15 litres au maximum».

Dans le ventre de la grosse boîte métallique, il y a la poubelle grise. Celle où les résidents du CCAMR (Centre commercial administratif, médical et résidentiel) jettent leurs seuls déchets ménagers résiduels. C'est-à-dire tout ce qui n'est pas recyclable.

Et ça vaut le coup de trier ses déchets. Car «Plus vous badgez, plus vous payez!», pose Isabelle Romanazzi, l'une des près de 150 résidents du CCAMR qui compte 88 logements. Coût d'un vidage à chaque fois que s'ouvre le sas de la poubelle grise: 2,10 euros.

Dans le sous-sol de l'immense bâtiment qui se trouve pile en face de l'hôtel de ville à Schifflange, les résidents peuvent trier au maximum leurs déchets recyclables et ainsi éviter de badger la poubelle grise.

Une vraie station de collecte, gérée par un résident bénévole, Giuseppe Gargaro -avec l'aide de Gaby- permet à chacun de jeter séparément les films plastique, les barriques de lait, le carton, les boîtes en aluminium, les gobelets et pots en plastique, les barquettes, les polystyrènes, etc. dans des énormes sacs d'1 mètre cube.

Dans la station mise en place par la SuperDrecksKescht, des bacs alignés accueillent papier, bouteilles en verre mais aussi ampoules, métaux, bois, déchets céramiques, déchets de peinture, supports de données informatiques, ampoules, etc. et même l'huile usagée.

Arrive Carlo, un autre résident, des claquettes aux pieds, un petit sac poubelle dans une main et un panier avec bouteilles et cartonnettes dans l'autre: «En général, je ne passe plus qu'une fois toutes les trois semaines à la poubelle grise», confesse-t-il volontiers en rajoutant qu'«avec la station, on n'a plus besoin de la grande poubelle».

Carlo vit depuis près de huit ans dans le complexe du CCAMR, face à l'hôtel de ville, et souligne le nouveau confort que lui apporte le tri sélectif «à la maison»: il n'est plus contraint de se déplacer régulièrement au centre de recyclage du SIVEC.
Carlo vit depuis près de huit ans dans le complexe du CCAMR, face à l'hôtel de ville, et souligne le nouveau confort que lui apporte le tri sélectif «à la maison»: il n'est plus contraint de se déplacer régulièrement au centre de recyclage du SIVEC.
Photo: Pierre Matgé

Carlo apprécie avant tout, le fait qu'«on n'a plus besoin d'aller au recycling center avec les bouteilles et tout le bazar». Le centre de recyclage du Syndicat Intercommunal à Vocation écologique (SIVEC), se trouve de l'autre côté de l'autoroute. Impossible d'y aller en claquettes.

Il réfléchit et souligne le petit détail qui a changé en même temps que la mise en place de la station de collecte dans l'immeuble, il y a près de deux ans: «Ça coûte moins cher! On ne paie que la grise». La collecte des déchets triés, tout comme des poubelles brunes (bio-déchets), vertes (verre) et bleues (papier et carton), n'est pas facturée aux Schifflangeois.

Station de collecte obligatoire dans les résidences

En réalité, la station de collecte pour séparer les différents types de déchets a été imposée, voilà un peu moins de deux ans, aux résidents du CCMAR. Ils sont précurseurs mais c'est devenu obligatoire à Schifflange.

«A partir de 20 logements, chaque résidence doit installer une station de collecte dans son bâtiment. C'est une disposition du règlement de notre gestion des déchets», pose Guy Spanier, conseiller écologique au Service de l'Urbanisme et du Développement durable. 


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Tout comme est obligatoire la grande poubelle grise équipée d'un clapet à ordures dans les résidences. La disposition permet de faire respecter le principe du pollueur-payeur aux ménages vivants dans des résidences. Même si tout le monde n'est pas encore logé à la même enseigne pour l'heure. Si dans la construction des futures résidences à Schifflange il est désormais exigé, le local dédié au tri sélectif n'existe bien souvent pas dans les résidences les plus anciennes.

Dans la résidence du CCAMR, avec l'apparition du tri sélectif «à la maison», la donne a changé: «Avant nous avions 8 grands containers de 1.114 litres. Aujourd'hui il reste 3 poubelles grises», témoigne Gaby Louis qui a accompagné l'arrivée du tri sélectif à ses balbutiements dans l'immeuble comptant trois entrées principales.

130 kg de déchets ménagers en moins par personne

«Endéans vingt ans, nous avons diminué de presque 50% les déchets ménagers dans la commune de Schifflange (11.000 habitants). Nous sommes passés de 270 kg de déchets ménagers résiduels par habitant à quasiment 140 kg, cap que nous devrions atteindre d'ici la fin 2018», pose Guy Spanier, conseiller écologique.

Avant de glisser, dans le même souffle: «notre but est d'arriver à moins de 100 kg de déchets ménagers par habitant à l'horizon 2023». Les déchets dont il est question englobent 98% des déchets produits sur le territoire communal, c'est-à-dire par les particuliers, dans les résidences, les commerces et entreprises.

Schifflange a de bonnes raisons d'y croire. C'est graduellement mais avec la ferme intention de réduire les déchets résiduels que la commune a tourné la vis de sa politique de gestion des déchets. Tantôt en imposant de nouvelles contraintes, tantôt en utilisant la carotte. «En 1998, on a décidé de contrôler le poids et le nombre de vidages en puçant la poubelle noire et en mettant en place la poubelle verte (verre). On est passé de 270 kg de déchets ménagers restants par habitant à 197 kg», se souvient Guy Spanier.

Nouvelle révolution en 1996, la commune introduit une tarification incitative pour booster le tri sélectif en donnant un petit coup de pouce à ceux qui jouent le jeu. La taxe de raccordement devient un levier. Celui qui s'équipe des poubelles brunes (déchets de cuisine), vertes (verre) et bleues (papier et carto) voit sa taxe de raccordement diminuer de 13 euros à 9 euros par mois. Les effets sont chiffrables: «On a encore fait un bond de 197 kg de déchets ménagers par habitant à 167 kg», souligne Guy Spanier.

Nous sommes passés de 270 kg de déchets ménagers résiduels par habitant à quasiment 140 kg aujourd'hui

D'autres initiatives sont déjà lancées ou en projet pour atteindre le barre des 100 kg de déchets par habitant. «Cette année, on a interdit les gobelets à usage unique lors des fêtes, une mesure bien acceptée par les associations. En 2019, on va interdire les barquettes en plastique à usage unique qu'on remplacera par une écobox», assure le conseiller écologique.

Combien paie un ménage pour l'enlèvement de ses poubelles?

Difficile d'avoir un chiffre moyen puisque la composition du ménage, son niveau de consommation et son degré d'engagement à trier les déchets interviennent sur le coût final de la poubelle grise.

Prenons l'exemple d'un ménage de deux personnes actives qui reçoivent des invités le week-end et qui mettent deux fois leur poubelle grise devant la porte dans le mois. Ce ménage débourse aujourd'hui 275 euros par an pour faire enlever ses ordures. Soit presque 100 euros moins cher que trois ans auparavant.

Pour ce même ménage, la facture de l'enlèvement des poubelles était de 380 euros en 2015. Soit juste avant l'entrée en vigueur de la tarification incitative en janvier 2016 à Schifflange.

Notre ménage payait plus cher parce qu'il triait moins et par conséquent remplissait davantage sa poubelle grise. Mais ce n'est pas tout: «il y avait d'autres taxes, on payait aussi pour la poubelle verte et les collectes du papier et du verre, sans oublier qu'on payait aussi 1 euro pour les sacs PMC», rappelle Guy Spanier.

Les petits couacs

Dans l'immeuble résidentiel de la CCAMR, un passage au sas coûte 2,10 euros. Ce prix unitaire peut varier de quelques cents selon l'immeuble. Un ménage qui dispose de ses propres poubelles paie 26 cents par kilo de déchets jetés dans la poubelle grise.

Régulièrement des «couacs» apparaissent sur les radars. Dans le décompte annuel de la CCAMR apparaît par exemple «un ménage qui paie 1 euro de poubelle pour l'année! Soit il met dans la poubelle verte ce qui ne doit pas y aller? Soit il jette tout en vrac dans les grands sacs de tri?», s'interroge Isabelle Romanazzi. Trier exige un peu de bonne volonté. C'est le manque de bonne volonté de quelques résidents récalcitrants qui exaspère précisément son mari.

Gaby Louis cogère le centre de tri de la plus grande résidence de Schifflange: «Si on ne contrôle pas, c'est le débordement!»
Gaby Louis cogère le centre de tri de la plus grande résidence de Schifflange: «Si on ne contrôle pas, c'est le débordement!»
Photo: Pierre Matgé

«Des gens n'ont pas envie de trier. Au lieu de descendre trois fois par semaine pour vérifier l'état de la station de collecte, il doit descendre tous les jours, parfois plusieurs fois», rapporte Isabelle qui ne manque pas d'anecdotes sur «les cartons de pizzas avec des restes retrouvés dans le sac dédié aux plastiques» ou «des boîtes de conserves dans le sac pour collecter le carton».

«Si on ne contrôle pas, c'est le débordement!», sait trop bien Gaby qui a fait le job durant des années. «Ce que les gens ne semblent pas savoir c'est qu'ils trient dans leur propre intérêt», sourit-il en secouant la tête.

A la commune, Guy Spanier note qu'aujourd'hui «entre 65 et 70% des habitants bénéficient des trois poubelles et, par conséquent, de la réduction totale de la taxe de raccordement». Là aussi, des récalcitrants «jettent leur sac poubelle non trié dans les grands bacs d'objets encombrants au centre de recyclage», explique le conseiller écologique. La parade? «Nous allons installer une poubelle commune avec un sas au centre de recyclage. Le tarif d'un vidage sera plus cher que celui pour la poubelle grise».

Objectif atteint ou pas?

Le 10e objectif (sur 20) de la «Stratégie communale pour la protection du climat et la réduction du gaz à effet de serre» adoptée en conseil communal le 7 novembre 2014 a clairement été atteint. L'objectif fixé noir sur blanc était d'augmenter le taux de collectes des fractions recyclables des déchets ménagers de 65% dans les six années à venir. D'ici 2020 donc. «Pour 2018 on n'a pas encore fait les calculs évidemment mais on était à 62,5% en 2017. Tout près donc de l'objectif fixé pour dans deux ans.

Pour la collecte du verre, on a plus que doublé l'objectif fixé pour 2020. On est passé de 15,1 kg à 34 kg/habitant, résume Guy Spanier, conseiller écologique

Pour parvenir a réduire le tas de 197 kg de déchets ménagers restant par habitant en moyenne, début 2016, des objectifs chiffrés ont été inscrits au Plan directeur «déchets». L'objectif global de réduire de 20% les déchets ménagers à l'horizon 2020 a déjà été atteint.

Pour les PMC (bouteilles et flacons en plastique, emballages métalliques et cartons à boissons) et le verre par exemple, «on voulait augmenter les quantités collectées de 30 à 50%. Pour le PMC on a déjà presque triplé l'objectif puisqu'on est passé de 6,6 kg/habitant à 16,7 kg aujourd'hui. Pour le verre, on a plus que doublé. On est passé de 15,1 kg à 34 kg/habitant», résume Guy Spanier, conseiller écologique.



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