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A quoi ça sert? : La médecine personnalisée pour «mourir en bonne santé»
Luxembourg 4 min. 09.07.2015 Cet article est archivé

A quoi ça sert? : La médecine personnalisée pour «mourir en bonne santé»

Le Professeur Docteur Rudi Balling, directeur fondateur du Luxembourg Centre for Systems Biomedicine: «

A quoi ça sert? : La médecine personnalisée pour «mourir en bonne santé»

Le Professeur Docteur Rudi Balling, directeur fondateur du Luxembourg Centre for Systems Biomedicine: «
(Photo: Maurice Fick
Luxembourg 4 min. 09.07.2015 Cet article est archivé

A quoi ça sert? : La médecine personnalisée pour «mourir en bonne santé»

Le but de la médecine personnalisée «n'est pas nécessairement de prolonger la vie à tout prix» mais de «maintenir le plus longtemps possible une qualité de vie». Directeur du Luxembourg Centre for Systems Biomedicine à Belval, le Dr Rudi Balling, nous explique à quoi sert la médecine personnalisée et pour quels patients elle est déjà une réalité.

Le but de la médecine personnalisée «n'est pas nécessairement de prolonger la vie à tout prix» mais de «maintenir le plus longtemps possible une qualité de vie». Directeur du Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (centre interdisciplinaire qui emploie 240 spécialistes à Belval) le Dr Rudi Balling, nous explique à quoi sert la médecine personnalisée et pour quels patients elle est déjà une réalité.

Qu'est-ce que la médecine personnalisée?

Jusqu'ici quand quelqu'un venait chez le médecin, il était ausculté et les symptômes permettaient de dire, vous avez telle ou telle maladie. Quand le patient souffrait d'hypertension, on ne cherchait à faire de différences pour savoir si cette hypertension avait pour origine un dysfonctionnement des reins, du cœur ou des artères par exemple. Et tous se voient administrer le même médicament.

Médecine personnalisée signifie diagnostic personnalisé. C'est un diagnostic beaucoup plus précis que possible jusqu'ici et -c'est tout l'espoir- un diagnostic plus précoce. De sorte que j'ai la possibilité d'empêcher la déclaration de la maladie et pas seulement de donner un médicament quand la maladie est déjà déclarée.

C'est particulièrement pertinent quand il s'agit de maladies neurodégénératives (qui affectent les fonctions du cerveau ou du système nerveux, ndlr) comme la maladie d'Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Au moment où ces maladies sont diagnostiquées -à cause des oublis ou des tremblements- près de 70% des cellules nerveuses responsables de cette situation, sont mortes. C'est alors trop tard.

Rudi Balling: «Le but de la médecine personnalisée est de maintenir le plus longtemps possible une qualité de vie. Mais pas nécessairement de prolonger la vie à tout prix».
Rudi Balling: «Le but de la médecine personnalisée est de maintenir le plus longtemps possible une qualité de vie. Mais pas nécessairement de prolonger la vie à tout prix».
Photo: Maurice Fick

Ce serait donc beaucoup mieux d'avoir des méthodes à travers lesquelles je pourrais, vingt ans auparavant, identifier des personnes, qui ont un risque très élevé d'être affecté par ces maladies. Et leur donner alors des conseils pour changer leur mode de vie, leur alimentation, leur pratique sportive. Plus en amont.

A quoi sert la médecine personnalisée dans le fond?

Je vais le dire de façon un peu incisive: le but est de mourir en bonne santé

On a fait une constatation en observant des groupes de centenaires. Et il y en a toujours plus. Sur 100 centenaires , seule la moitié vivent encore un an plus tard. L'année suivante à nouveau la moitié de la moitié, etc. Quand on demande aux médecins: «de quoi sont-ils morts?» Ils répondent: «Le matin, ils ne se sont plus réveillés» (il sourit). Et je trouve que c'est quelque chose d'enviable.

Le but de la médecine personnalisée est de maintenir le plus longtemps possible une qualité de vie. Mais son but n'est pas nécessairement de prolonger la vie à tout prix.

Ce serait mieux d'avoir des méthodes à travers lesquelles je pourrais, vingt ans auparavant, identifier des personnes, qui ont un risque très élevé d'être affecté par ces maladies. Et leur donner alors des conseils pour changer leur mode de vie.

La médecine personnalisée est-elle déjà une réalité?

Pour le cancer, on est déjà très en avance. Beaucoup plus loin que pour d'autres maladies. Pour les cancers du sein, de la peau, de l'intestin et pour  les leucémies, le diagnostic personnalisé existe déjà. Pour la neurodégénération ce n'est pas encore le cas. Nous sommes pas encore en mesure de savoir de quelle sous-forme d'Alzheimer ou de Parkinson souffre le patient.

C'est un des buts de notre travail avec les médecins, neurologues, organisations de patients, chercheurs: créer une base qui repose sur un savoir et non des spéculations, comment nous pouvons reconnaître des sous-groupes dans les maladies d'Alzheimer ou de Parkinson. On parle de diagnostic moléculaire.

Qu'en est-il au Luxembourg?

Ici au Luxembourg, très concrètement, nous avons créé le National Center of Excellence in Research in Parkinson (NCER). Un centre qui englobe tous les acteurs pouvant apporter leur écho: l'Université du Luxembourg,  le CHL, le Luxembourg Institut for Health (LIH) et la Integrated Biobank of Luxembourg (IBBL).

Dans ce centre, qui inclue l'association des patients, on essaye -dans les 8 à 12 ans à venir et via un un programme financé par le Fonds national de la Recherche- d'encourager tous les ans, tous les malades de Parkinson à se soumettre à un contrôle médical afin que nous puissions voir comment se développent les différents groupes dans le temps.

Si nous les prenons de très près sous la loupe nous disposerons au fil du temps, d'une étude longitudinale qui nous servira d'échelle. Il s'agit d'apprendre du passé pour l'avenir. Nous invitons tous les malades, neurologues et hôpitaux à participer.

On a l'impression que la médecine personnalisée, aujourd'hui, est réservée aux stars seulement?

Ce n'est qu'une impression. Ce n'est pas le cas.

Bien sûr des célébrités comme Angelina Jolie ou Michaël J. Fox ou Mohamed Ali et d'autres sont des symboles, des ambassadeurs, pour donner des messages, des signaux. Je vois davantage leur responsabilité dans le fait de rendre les autres attentifs à quelque chose. Mais je ne pense pas que ces personnalités cherchent à développer une thérapie personnelle spécialement pour elles. Bien sûr tout le monde veut le meilleur médecin, le meilleur accompagnement.

La médecine personnalisée est actuellement au stade de l'exploration. Mais son rayon d'action va s'élargir et elle fera partie de la médecine de routine.

Propos recueillis par Maurice Fick


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