Changer d'édition

A la rencontre de «nouveaux» Luxembourgeois

  • Les néo-Luxembourgeois en chiffres
  • Les néo-Luxembourgeois en chiffres 1/1

A la rencontre de «nouveaux» Luxembourgeois

A la rencontre de «nouveaux» Luxembourgeois
Fête nationale

A la rencontre de «nouveaux» Luxembourgeois


par Sibila LIND/ 23.06.2021

Photo: Sibila Lind

Nés au Brésil, en Hongrie, en Catalogne ou au Cameroun, quatre personnes ayant récemment obtenu la nationalité luxembourgeoise évoquent leur relation avec le Grand-Duché. Mais aussi leur existence entre deux identités.

Antoni, 67 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en juin 2020.
Antoni, 67 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en juin 2020.
Photo: Sibila Lind

Antoni Montserrat

«La première fois que j'ai mis les pieds au Luxembourg c'était en 1985. Mais en 1988, je suis venu pour rester. J'ai travaillé pour la Commission européenne pendant 30 ans et je suis maintenant vice-président du comité national pour les maladies rares. Je suis ici depuis 33 ans mais ce n'est que l'année dernière que j'ai reçu la nationalité luxembourgeoise.»

«J'ai longtemps pensé à demander la double nationalité mais il y avait toujours une contrainte qui m'empêchait de le faire plus tôt. En tant qu'employé d'une institution européenne, dans mon cas d'origine catalane, je risquais de perdre mon complément d'expatriation. J'aime le Luxembourg mais pas au point de perdre 16% de mon salaire. Maintenant que je suis à la retraite, la question ne se pose plus.»

«Dès que j'ai cessé de travailler, j'ai commencé les démarches pour obtenir la nationalité parce que je le voulais et parce que je me sens partie prenante de cette société. Je me sens luxembourgeois. Et je peux dire que j'admire cette société, sa capacité de vivre dans un pays où près de la moitié de la population est étrangère. Je pense qu'il y a un respect de l'autre, même s'il reste des choses à résoudre, comme le droit de vote. Maintenant, l'avantage de ma double nationalité c'est que je peux voter dans les deux pays.»

«Mais si j'avais dû renoncer à ma nationalité, je l'aurais fait. Et cela ne signifie pas que je perdrais mes origines. Je dois juste savoir dans quelle langue je pense. Et je pense en catalan. Et de savoir où se trouve ma famille. Dans mon cas, c'est à Barcelone. Un papier est important, mais ce n'est pas tout. Et quand les gens me demandent : 'Tu te sens plus luxembourgeois ou catalan ?' Je réponds par une autre question : 'Qui aimes-tu le plus, ton père ou ta mère ?'. Et la réponse est, comme celle de tous les enfants : 'les deux'». 

Cíntia, 37 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2021. Ses deux enfants, âgés de 7 et 4 ans, l'ont reçue par filiation.
Cíntia, 37 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2021. Ses deux enfants, âgés de 7 et 4 ans, l'ont reçue par filiation.
Photo: Sibila Lind

Cíntia Ertel Silva

«Je vivais avec mon mari allemand au Brésil et un jour il a décidé d'aller de l'avant avec l'idée de créer une start-up en Europe. En 2012, nous sommes donc venus au Luxembourg. Après un an, j'ai commencé à travailler comme psychologue, puis comme chercheuse, et maintenant je travaille dans une Maison Relais. Mais la recherche d'un emploi est difficile. J'ai essuyé plusieurs refus, pas tant à cause de la langue mais parce que je n'avais pas la nationalité européenne.» 

«L'été dernier, j'ai donc commencé à apprendre le luxembourgeois avec ma voisine de 14 ans. Au départ, c'était une obligation, mais c'est finalement devenu un plaisir. La même année, j'ai passé les tests, et cette année j'ai reçu la double nationalité. C'est bizarre, mais après neuf ans, je ne me sens toujours pas luxembourgeoise. J'ai le sentiment que c'est un accomplissement, qui m'aidera dans de petites choses, mais qui sont très symboliques. Comme quand je pars en voyage. »

«À l'aéroport, je me retrouve séparée de mon mari et de mes enfants. Ils vont d'un côté de la file et moi de l'autre, parce que je ne suis pas européenne. Quand on montre nos passeports, je cache toujours le mien sous les autres. Parce que j'ai connu de nombreuses situations où je me sentais mal d'être une immigrante. Et je pense qu'avec le passeport luxembourgeois je ne subirai pas ça. Mais mes enfants, je les sens luxembourgeois. Surtout quand je les vois parler en luxembourgeois avec leurs amis, sans accent, pas comme le mien. Lorsque je parle luxembourgeois avec les enfants de la Maison Relais, ils me corrigent, mais au final, cela m'aide à sentir que je fais partie, peut-être pas du pays, mais de ce groupe de Luxembourgeois.»

«En fait, mon intégration au Luxembourg se fait par le Brésil qui existe ici. Parce que le Brésil me manque vraiment. Alors ici, je fais de la capoeira, des percussions, j'écoute de la musique brésilienne pendant que je cours et tout ça c'est ma vitamine D. Parce qu'une partie de moi est luxembourgeoise, mais je n'ai pas oublié mes racines. Et avoir un peu de Brésil ici m'aide à apprécier d'être ici. Et aujourd'hui, je sens que c'est au Luxembourg que je vais rester.»

Christian, 42 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2021.
Christian, 42 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2021.
Photo: Sibila Lind

Christian Ekandi

«Arriver au Luxembourg comme un 'sans papiers' et avoir maintenant la nationalité luxembourgeoise... C'est fantastique. Mais j'ai toujours dit que je n'étais pas venu ici pour dormir. En 2014, pour des raisons politiques, j'ai quitté le Cameroun et je suis venu au Luxembourg. Un an plus tard, j'ai obtenu le statut de réfugié politique. Au début, c'était difficile. Tout d'un coup, j'étais seul. Et j'avais une maîtrise en droit, mais ici je n'ai obtenu que l'équivalence d'un baccalauréat.» 

«Après avoir suivi un cours de 10 mois, j'ai pu commencer à chercher un emploi. Ce qui n'est pas facile quand on vient d'un pays du tiers monde. Dans les entretiens, il y avait au moins trois personnes. Et tu dois montrer que tu es capable, plus que les autres. Mais comme je maîtrisais bien les langues, j'ai commencé à travailler comme assistant administratif pour une entreprise. Puis je suis allé travailler comme réceptionniste pour la Banque européenne d'investissement. Dès que j'ai pu, j'ai commencé à apprendre le luxembourgeois. Parce que lorsque vous venez dans un pays qui vous accueille, vous voulez donner quelque chose en retour.»

«Dès que j'ai eu cinq ans dans le pays, je suis allé demander la nationalité. J'ai fait le test de langue, j'ai échoué, mais je l'ai passé la deuxième fois. Parce qu'il n'est pas facile de pratiquer le luxembourgeois. Les seules personnes avec qui je peux le faire ce sont mes collègues du cours de langue. Sinon, j'ai peu d'amis qui parlent la langue. C'est avec ma voisine que j'ai fini par pratiquer.» 

«Au début, lorsque je me rendais dans son café, les clients habituels, la plupart des agriculteurs de la région, me regardaient de haut en bas. Et aucun d'entre eux ne voulait me parler. Jusqu'au jour où ma voisine a dit: 'Dat ass mäin Noper.' Et à partir de là, ils ont commencé à me parler. Et c'est ainsi que je me suis intégré dans ce pays, en m'adaptant à sa culture et en apprenant la langue. Le Cameroun est dans mes veines, mais c'est ici que je construis un 'chez moi' et que je veux m'investir. Mon prochain projet est de travailler dans l'administration luxembourgeoise. J'ai déjà envoyé ma demande à la police, maintenant il faut attendre.»

Zsofia, 61 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2020.
Zsofia, 61 ans, a obtenu la nationalité luxembourgeoise en mai 2020.
Photo: Sibila Lind

Zsofia Molnar

«Je suis arrivée au Luxembourg il y a 11 ans avec un contrat de six mois au Parlement européen. Et je suis restée depuis. J'ai travaillé dans diverses institutions. Ma plus jeune fille de 15 ans, qui était venue avec moi, a fini par retourner en Hongrie. Après sept ans de résidence, j'ai commencé à étudier le luxembourgeois afin d'obtenir la double nationalité. Bien que je parle plusieurs langues, je trouve la prononciation du luxembourgeois difficile. Mais maintenant je sais comment dire 'Gromperekichelcher' et 'Kaweechelchen'.»

«Même si je ne suis pas d'ici, je ne me suis jamais sentie étrangère dans ce pays. J'ai le sentiment de faire partie de cet immense environnement multiculturel qu'est le Luxembourg. Et j'adore ça. Quand je reçois une lettre du Biergercenter, elle est rédigée en cinq langues. Et je trouve ça incroyable. En octobre 2019, j'ai demandé la nationalité et je l'ai reçue pendant la pandémie. Je veux faire partie du pays et je veux avoir le droit de vote.»

«Mais je ne sais pas si je vais rester ici pour toujours à cause du prix des maisons. Une fois à la retraite, je ne pense pas que je pourrai me permettre de rester ici. Mais j'aime vivre ici, c'est propre et organisé et j'ai été bien accueillie. Avant de venir au Luxembourg, j'ai vécu dans plusieurs pays d'Europe. Et cela a fait de moi une personne assez internationale. Et le fait que j'aie la double nationalité ne me pose pas de problème d'identité. Parce que je n'ai jamais eu le sentiment d'appartenir plus à un pays ou moins à un autre. Je me sens plus européenne. Et c'est comme ça que je veux continuer à me sentir.»

1

Les néo-Luxembourgeois en chiffres
Copier le lien

Photo: Sibila Lind

Situé aux alentours de 5.000 demandes annuelles jusqu'en 2015, le nombre de demandes de naturalisation a explosé à la suite des résultats du référendum de 2015. Depuis que les Luxembourgeois ont refusé à 80% le droit de vote aux résidents d'origine étrangère et l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur l'accès à la nationalité, les candidats à l'obtention du passeport au lion se sont multipliés.

Avec un record enregistré en 2018, qui s'explique principalement par les nouvelles règles appliquées à la procédure de recouvrement pour les personnes pouvant justifier d'un aïeul luxembourgeois jusqu'au 1er janvier 1900. Ils étaient ainsi 5.070 à avoir obtenu la nationalité de cette manière en 2018, sur les quelque 12.000 naturalisations enregistrées cette année-là. En 2020, ce sont pas moins de 9.387 personnes qui ont officiellement été naturalisées. 

Si près d'un nouveau Luxembourgeois sur deux (46%) a acquis la nationalité sur la base de l'article 89 de la loi sur la double nationalité, près d'un sur cinq (17%) l'a obtenue en raison de sa présence dans le pays depuis au moins vingt années ou était né au Grand-Duché avant le 1er juillet 2013. Le nombre de personnes ayant obtenu leur nouveau passeport vivant dans le pays depuis plus de cinq ans, répondant aux critères linguistiques et culturels imposés ne représente que 9% du total. 

En 2020, les demandes émanaient principalement de ressortissants français (29%), brésiliens (23%) et belges (13%), selon les données du ministère de la Justice. Au total, les quelque 9.400 naturalisations enregistrées l'an passé émanaient de pas moins de 120 nationalités, au rang desquelles figurent un Tanzanien ou deux Ouzbeks par exemple.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

L'an passé, 9.389 personnes sont devenues citoyens luxembourgeois. Une nationalité grand-ducale également acquise par quatre apatrides.
Nationalfeiertag Larochette, Visite de LL.AA.RR le Grand-Duc et la Grande Duchesse de la commune Larochette. Photo: Matic Zorman
De 2008 à 2018, descendre en ligne directe d'un aïeul luxembourgeois à la date du 1er janvier 1900 permettait d'obtenir directement la nationalité luxembourgeoise. La règle a un peu changé, mais l'engouement pour la naturalisation reste.
Nationalfeiertag 2019. Fackelzug, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
L'article 89 de la loi sur la double nationalité permet d'acquérir la nationalité luxembourgeoise grâce à un aïeul né avant 1900. En 2017, 1.958 Français et 1.334 Belges ont bénéficié de cette mesure qui se terminera à la fin de l'année. Qui sont-ils? Pourquoi ont-ils fait cette démarche? Et comment envisagent-ils les élections législatives, les premières, pour eux?
Obtenir la nationalité luxembourgeoise afin de participer au débat démocratique? Depuis les résultats du référendum, certains de vous se posent la question. La loi, les chiffres, les démarches: on vous dit tout sur l'obtention de la nationalité luxembourgeoise.
Pour obtenir la double nationalité, il faut d'abord s'assurer que son pays d'origine admet son principe car ce n'est pas le cas pour tous les pays de l'Europe.