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A Belval, la demande pour apprendre le luxembourgeois explose
Luxembourg 7 min. 11.10.2019

A Belval, la demande pour apprendre le luxembourgeois explose

L’INL se développe aussi à Belval sous la houlette de Laurence Jung, directrice-adjointe de l'INL en charge du site qu'abrite la Maison du Savoir.

A Belval, la demande pour apprendre le luxembourgeois explose

L’INL se développe aussi à Belval sous la houlette de Laurence Jung, directrice-adjointe de l'INL en charge du site qu'abrite la Maison du Savoir.
Photo: Matic Zorman
Luxembourg 7 min. 11.10.2019

A Belval, la demande pour apprendre le luxembourgeois explose

Maurice FICK
Maurice FICK
Installé dans les locaux de l'Université à Belval, l'Institut national des langues a connu une croissance «de 64% en deux ans», assure Laurence Jung. La directrice-adjointe de l'INL en charge de Belval explique comment elle fait face à une demande exponentielle.

C'est une rentrée record en ce qui concerne l'enseignement du luxembourgeois. Comment l'INL fait face à cette explosion? 

Laurence Jung - «Le terrain avait été préparé au niveau législatif dès le 22 mai 2009 lorsque le Centre de langues Luxembourg est devenu l'INL. Le premier challenge était lié aux infrastructures qui doivent être adaptées pour accueillir un grand nombre de demandeurs. Avec la rénovation au Glacis et sa nouvelle annexe à l'arrière, nous avons gagné dix salles de classe pour en avoir 36 depuis la rentrée 2017/2018. Parallèlement s'est créé l'INL Belval en 2017 qui est vraiment en train d'exploser à son tour. Depuis 2009, donc en dix ans, le siège de l'INL au Glacis a connu une explosion de 69% d'inscriptions. Tandis qu'à l'INL Belval la croissance a été de 64% en deux ans!

Le second challenge a été de recruter suffisamment de personnel. À Belval, nous avons commencé avec douze enseignants et en avons déjà dix-huit avec dix salles de classe mises à disposition par l'Université de Luxembourg. Le troisième défi est de répondre, par le biais de la digitalisation, à une croissance qui n'est pas lente et rythmée mais exponentielle et dans un laps de temps très réduit».

Parlez-nous du projet de digitalisation des cours de luxembourgeois en ligne...

«La digitalisation se fait sur trois niveaux. Nous avons conclu très récemment un partenariat pour les cours de luxembourgeois avec un leader européen qui édite des cours de langues en ligne. Pour l'instant, c'est un projet. Nous sommes en train d'y travailler. Mais l'idée est d'offrir des cours de luxembourgeois en ligne au public qui s'inscrit chez nous. La digitalisation est à voir comme un accompagnement mais nous voulons garder le présentiel en cours avec une très haute qualité d'enseignement. C'est ce qu'on appelle l'apprentissage hybride (blended learning). Il est important que les gens sachent parler la langue au final».


online.fr, INL, centre de langues,  Sprachenzentrum, Sprachen Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
A l'INL, le luxembourgeois vient taquiner le français
Ce mercredi c'est la rentrée pour les plus de 15.000 adultes qui se sont inscrits à l'Institut national des langues. L'établissement a ouvert un nombre record de classes et de cours, notamment pour répondre aux attentes pour l'apprentissage de la langue de Molière, mais aussi celle de Michel Rodange.

Nous sommes aussi en train d'investir dans une plateforme de test en ligne pour pouvoir tester les candidats à distance et définir leur niveau avant leur inscription dans un cours. Enfin, nous sommes en train de créer un tout nouveau portail digital des inscriptions pour qu'il soit plus convivial et facile d'accès. Le nouveau portail devra être plus intuitif et surtout multilingue. Ce projet vient de démarrer et une partie sera prête pour 2020.

Laurence Jung: « L'idée de la digitalisation est d'offrir des cours de luxembourgeois en ligne comme un accompagnement mais nous voulons garder le présentiel en cours.»
Laurence Jung: « L'idée de la digitalisation est d'offrir des cours de luxembourgeois en ligne comme un accompagnement mais nous voulons garder le présentiel en cours.»
Photo: Matic Zorman

L'INL est-il en mesure de répondre à toutes ces demandes ?

«On fait de notre mieux mais ce n'est pas toujours possible. A Luxembourg nous acceptons jusqu'à 23 personnes au maximum par salle de classe. Le ratio est de 18 personnes par classe en moyenne. Ce qui signifie que théoriquement on pourrait en intégrer mais ce n'est pas le cas parce que les horaires de cours ne correspondent pas nécessairement à la demande. Pour combler ce problème d'offre et de demande nous avons vraiment complété toutes les plages horaires pour lesquelles les demandes sont exponentielles.

 Entre 10 heures et 14 heures, puis entre 17 heures et 21 heures, c'est complètement plein. Pour les autres cours il reste des places. Après test de niveau et si la plage horaire est saturée, on donne des bons qui peuvent être utilisés le semestre suivant avec une certaine priorité. Ce qui concerne environ 15% des demandeurs au vu des chiffres du 1er octobre. 

Le site de Belval a ouvert il y a trois ans et compte déjà 130 classes. Comment expliquez-vous cet engouement ? 

C'est peut-être aussi un phénomène de mode. Le luxembourgeois est très prisé. Et puis il ne faut pas oublier le phénomène de l'immigration. De petits enfants intègrent tout de suite les classes et apprennent assez facilement le luxembourgeois mais les parents veulent aussi les comprendre.  

Globalement, il y a toujours eu une demande pour le sud du pays. Il faut à la fois considérer l'aspect immigration, les investissements des autorités étatiques et communales dans le logement et le marché du travail. Notre mission, fixée par la loi cadre de 2009 du législateur, est la cohésion et l'intégration sociale. Et quoi de plus naturel de s'intégrer via la langue et la communication?

 On note aussi une corrélation positive entre les cours de luxembourgeois et le sproochentest (ndlr: l'INL a le monopole du sproochentest depuis 2008)  pour l'obtention de la nationalité luxembourgeoise. En moyenne, 30% des gens qui font le sproochentest ont transité par des cours de langue. L'idée étant, à court terme, de pouvoir également proposer le sproochentest à Belval parce que les demandes affluent chaque semaine. 

Pourquoi n'y a-t-il pas la possibilité de faire de sproochentest à Belval ? 

Nous n'avons pas les locaux pour l'organiser. Il se tient actuellement dans la grande salle des fêtes de l'INL Luxembourg-ville où 70 candidats peuvent le faire en une seule session. Une des deux épreuves du sproochentest est la compréhension qui consiste à cocher des croix dans un questionnaire à choix multiple. L'ennui c'est que les grandes salles à la Maison du Savoir ce sont les auditoires. Et donc les personnes peuvent voir sur la copie du voisin en contrebas. 

Pour éviter cet écueil nous allons aussi digitaliser une partie du sproochentest via une collaboration avec l'université. L'épreuve des croix pourra désormais se faire à l'ordinateur. A partir du moment où il y aura un petit groupe de personnes on pourra faire un sproochentest en cochant avec un stylo digital. L'épreuve sera aussitôt envoyée au professeur qui fera la correction. Ce qui sera beaucoup plus rapide. Les premiers tests seront menés en 2020 à Luxembourg. 

le 26 septembre, l'INL dénombrait 2.585 inscrits en cours de luxembourgeois au premier semestre 2019-2020
le 26 septembre, l'INL dénombrait 2.585 inscrits en cours de luxembourgeois au premier semestre 2019-2020
Photo: Matic Zorman

Qui apprend le luxembourgeois ?

Traditionnellement on a une masse critique très jeune entre 24 et 44 ans. Ensuite on a généralement plus de dames que de messieurs. Peut-être ont-elles plus d'affinités pour apprendre les langues ? Mais il y a aussi beaucoup de gens qui viennent chez nous et qui nous disent: le patron veut que je sois plus multifonctionnel dans mon job. 

Il y a 2.500 inscrits à l'INL en luxembourgeois ce semestre d'automne 2019/2020 mais il y a toujours davantage d'inscrits en français. Comment cela s'explique-t-il ?

«A un moment donné, le français a été poussé par l'INL parce qu'on essaye toujours de répondre à la demande du marché. Les inscriptions sont un miroir de la demande du marché. Nous réagissons à ce qui est demandé. Traditionnellement le français était toujours la langue la plus demandée.

Il y a beaucoup de Luxembourgeois inscrits à l'INL pour apprendre le luxembourgeois, c'est curieux non ? 

«Je ne dirais pas que c'est curieux. C'est dans la logique des choses. Parce que dans le sproochentest il n'est pas besoin de savoir maîtriser la langue luxembourgeoise à 100% pour devenir Luxembourgeois. Depuis la nouvelle législation sur la nationalité luxembourgeoise en 2017 les chiffres ont explosé de façon étonnante. 

 Pour l'écrit il faut un niveau B1 et pour l'oral le niveau A1. Ça ne signifie pas que l'on maîtrise la langue luxembourgeoise à 100 % mais c'est suffisant pour se débrouiller dans un contexte sociétal. Mais beaucoup de gens veulent l'apprendre de manière plus approfondie.

La nouvelle loi sur la nationalité a créé un regain d'intérêt pour le luxembourgeois. Le phénomène va-t-il plutôt durer en 2020 ou s'estomper ?

«Je dirais qu'il va plutôt durer. Avec les vagues d'immigration, je ne pense pas que le phénomène va s'estomper. Nous nous sommes demandés si ce n'était pas un pic mais ça ne décline pas. Auparavant nous avions des sessions très espacées mais actuellement nous avons un sproochentest chaque vendredi. Et ça ne cesse de se remplir. Depuis octobre cela a repris».


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