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68 victimes d'esclavage moderne depuis 2018
Luxembourg 4 min. 07.10.2022
Une réalité, aussi au Luxembourg

68 victimes d'esclavage moderne depuis 2018

Le rapport dépeint le Luxembourg comme un pays de destination et de transit des personnes soumises à la traite des êtres humains.
Une réalité, aussi au Luxembourg

68 victimes d'esclavage moderne depuis 2018

Le rapport dépeint le Luxembourg comme un pays de destination et de transit des personnes soumises à la traite des êtres humains.
Crédit: D.R.
Luxembourg 4 min. 07.10.2022
Une réalité, aussi au Luxembourg

68 victimes d'esclavage moderne depuis 2018

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Les victimes étaient toutes de nationalité étrangère et venaient principalement de Roumanie, de Chine, d'Ukraine et du Portugal.

Il y a quelques jours à peine, le Luxembourg se voyait classé «Tier 1», le plus haut niveau possible, dans le rapport d'évaluation international sur la traite des êtres humains. Une nouvelle accueillie avec joie par Sam Tanson (déi Gréng), la ministre de la Justice. «C'est un sujet qui me tient à cœur. Le comité de suivi constitué par plusieurs ministères, les autorités judiciaires et la police grand-ducale effectuent un travail remarquable dans un esprit de cohésion et de collaboration et a permis les avancées notables du Luxembourg en matière de lutte contre la traite des êtres humains», commentait-elle.


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Pourtant, ce mardi, le Conseil de l'Europe, réuni à Strasbourg, a lancé un autre son de cloche en exhortant le Luxembourg à intensifier ses efforts pour identifier et aider les victimes de ce phénomène. En effet, le Groupe d'experts du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (appelé GRETA) souhaite que les cas de traite fassent l'objet d'enquêtes proactives aboutissant à des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives.

Ce sont là deux des principales propositions d'action qui figurent dans le rapport sur le troisième cycle d'évaluation de la mise en œuvre par le Grand-Duché de la Convention européenne censée lutter contre l'esclavage moderne. 

Des victimes venues de Roumanie, de Chine ou d'Ukraine

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le rapport dépeint le Luxembourg comme un pays de destination et de transit des personnes soumises à la traite des êtres humains. «De 2018 à 2021, on a comptabilisé un total de 68 victimes présumées de la traite, dont 20 ont été formellement identifiées par la police», indique le rapport. «Les victimes étaient toutes de nationalité étrangère et venaient principalement de Roumanie, de Chine, d'Ukraine et du Portugal. La majorité des victimes présumées étaient soumises à la traite aux fins d'exploitation par le travail, suivie de la mendicité forcée et de l'exploitation sexuelle».


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Comme quoi, l'esclavage moderne n'est pas un phénomène qui ne touche que les pays en voie de développement. Si selon le groupe d'experts, le Grand-Duché se doit de s'améliorer, celui-ci salue toutefois les mesures déjà prises par le Luxembourg pour continuer à développer le cadre législatif de la lutte contre la traite des êtres humains. «Notamment en modifiant le Code de procédure pénale et la loi». 

Cela dit, le GRETA note avec préoccupation le faible taux de poursuites, l'absence de sanctions effectives et le faible recours à la saisie des biens des auteurs. «Ce qui a pour effet d'engendrer un sentiment d'impunité et de compromettre les efforts déployés pour encourager les victimes à témoigner contre les trafiquants».

Éviter de nouveaux traumatismes aux victimes

Bref, des efforts supplémentaires sont réclamés auprès des autorités luxembourgeoises afin de garantir aux victimes de la traite un accès effectif à l'indemnisation. «Le rapport recommande également de tirer pleinement parti des mesures prévues par la législation pour protéger les victimes de la traite contre les intimidations ou un nouveau traumatisme, notamment en utilisant la visioconférence et d'autres moyens adaptés pour éviter l'audition contradictoire des victimes de la traite en présence des trafiquants», poursuit le rapport.


Ukrainian evacuees board to a train en route to Warsaw at the rail station in Przemysl, near the Polish-Ukrainian border, on March 26, 2022, following Russia's military invasion launched on Ukraine. - Some 3.7 million people have fled Ukraine since Russia's invasion a month ago, the UN said on March 25. (Photo by Angelos Tzortzinis / AFP)
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Au Luxembourg, c'est l'exploitation par le travail qui semble régner. Pour la combattre encore davantage, le GRETA recommande de renforcer la coopération entre les inspecteurs du travail, les membres des forces de l'ordre, les syndicats et la société civile, et intensifier les efforts visant à prévenir et à détecter les cas de servitude domestique notamment.

Notons qu'aucun enfant n'a été formellement identifié comme victime de la traite depuis 2018. Cela ne veut toutefois pas dire que le phénomène n'existe pas au Luxembourg. C'est pour cette raison que le Conseil de l'Europe demande aux autorités d'accorder la priorité à l'identification des enfants victimes de la traite, et de mettre en place une procédure d'identification claire. 

Enfin, le rapport constate avec satisfaction l'augmentation des ressources des services d'assistance aux victimes. Toutefois, l'assistance offerte aux victimes de la traite reste liée au fait que des poursuites pénales sont engagées ou en cours, et le GRETA exhorte une nouvelle fois les autorités à abandonner cette pratique.

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