Changer d'édition

46% des salariés travaillent trop
Luxembourg 3 min. 29.11.2019

46% des salariés travaillent trop

Pour 83% des cas, les heures supplémentaires sont en lien avec l'organisation de l'entreprise.

46% des salariés travaillent trop

Pour 83% des cas, les heures supplémentaires sont en lien avec l'organisation de l'entreprise.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 3 min. 29.11.2019

46% des salariés travaillent trop

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Selon une étude de la Chambre des salariés, la durée hebdomadaire de travail a tendance à être supérieure au temps indiqué sur les contrats. Cette constatation concerne aussi bien les employés à temps partiel que ceux à temps plein.

Depuis 2013, chaque année, la Chambre des salariés du Luxembourg (CSL) lance une étude sur la «Qualité du travail». Un indice évaluant le bien-être (ou son opposé) des actifs. Et pour l'édition 2019, bonne nouvelle: les employés se sentent mieux à leur poste que l'an dernier. «L'index de satisfaction a gagné un point par rapport à 2018», note David  Buechel, psychologue du travail à la CSL.

Tout irait donc pour le mieux (ou en tout cas, pas si mal) en entreprise. A moins de demander au panel représentatif de l'étude, combien d'heures chacun travaille dans la réalité. En effet, à en croire les informations recueillies auprès de ces 1.495 salariés, le temps de travail effectif est bien souvent supérieur à la durée convenue. Et selon les chiffres recueillis par l'Université de Luxembourg, cela impacterait 46% des actifs. Soit près d'un salarié sur deux...

Ainsi, par exemple, un salarié masculin à temps plein compterait 42,8 heures d'activité professionnelle hebdomadaire (pour 40h contractuellement, et une femme à temps partiel de 35,4 heures effectuerait deux heures de mission en plus. Un débordement que la présidente de la CSL qualifie comme «quelque chose qui cloche socialement», ou autrement dit «un sujet qui donne matière à un dialogue social».

A l'approche d'un nouveau Comité permanent du travail et de l'emploi, le 2 décembre prochain, voilà donc un sujet que les syndicats pourront aborder avec l'Union des entreprises (UEL) et le ministère du Travail. Et cela d'autant plus qu'il apparaît que ces heures supplémentaires sont rarement du fait du salarié lui-même. Seuls 13% reconnaissent «dépasser la montre» par amour de leur travail.

L'entreprise ne gagne jamais rien à pousser ses personnels au-delà de ce qu'impose la loi

Nora Back

Ainsi, dans 46% des situations, le surplus horaire trouve son origine dans une impossibilité d'effectuer le travail dans le temps imparti par l'employeur. Pour 24% des situations, le fait relève d'un problème opérationnel propre à l'entreprise quand 13% sont liés à des directives de la hiérarchie imposant ce dépassement horaire. 

«Contrairement à une idée reçue, seulement 4% des salariés acceptent ces heures supplémentaires pour gagner un peu plus», note David Buechler. L'étude signale, au passage, que le plus souvent ces dépassements ne sont d'ailleurs pas rémunérés.


Se déconnecter de son travail, durant ses congés ou ses loisirs devrait être un droit.
Le droit à la déconnexion attend sa loi
Nombre d'employés ont un fil à la patte digital avec leur fonction en dehors de leur temps de travail. Pour la Chambre des Salariés, le droit à la déconnexion mérite une loi contraignante. Le ministre du Travail pense autrement.

Pour Nora Back, ce constat est d'autant plus attristant qu'il ne sert ni les salariés, ni les employeurs. «A l'heure où certains se plaignent de problèmes de recrutement, je pense qu'il faudrait revoir ces débordements du temps de travail. Cela rendrait de l'attractivité aux jobs proposés.» 

Sans compter que l'accumulation de travail se traduit par la montée des accidents du travail, arrêts maladie ou autre absentéisme pour cause de fatigue. «L'entreprise ne gagne jamais rien à pousser ses personnels au-delà de ce qu'impose la loi», réaffirme donc la présidente de la Chambre des salariés.




Sur le même sujet

La vie professionnelle prend le pas sur le privé
43% des salariés reconnaissent avoir des difficultés pour concilier leur job et la vie en dehors de l'entreprise. Un chiffre record mis en avant par une récente étude de la Chambre des salariés. Et une femme sur deux souffre de cette situation.
L'OGBL attend plus des prestations sociales
A quelques jours de son congrès national, le syndicat a fait le point sur les dossiers chauds. Le président André Roeltgen tient, notamment, à rappeler au gouvernement sa promesse de revaloriser les prestations familiales en fonction du taux d'évolution du salaire médian.
André Roeltgen vivra son dernier congrès OGBL en tant que président les 6 et 7 décembre.
«Il manque un volet social à ce budget»
Les indicateurs du pays étant au vert, la Chambre des salariés regrette que l'Etat n'affecte pas plus de moyens en 2020 à la lutte contre la pauvreté et soit frileux sur les investissements.
Jamais le risque de pauvreté des salariés n'a été aussi pesant dans le pays. Le budget 2020 n'en tient pas suffisamment compte pour la Chambre des salariés.