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«Pas de revendication clairement intelligible»
Luxembourg 4 min. 06.09.2016 Cet article est archivé
19 détenus se révoltent à Schrassig

«Pas de revendication clairement intelligible»

La prison de Schrassig a été bloquée pendant près de 4 heures lundi soir.
19 détenus se révoltent à Schrassig

«Pas de revendication clairement intelligible»

La prison de Schrassig a été bloquée pendant près de 4 heures lundi soir.
Photo: Marc Willwert
Luxembourg 4 min. 06.09.2016 Cet article est archivé
19 détenus se révoltent à Schrassig

«Pas de revendication clairement intelligible»

Dix-neuf prisonniers se sont révoltés et ont déclenché un incendie au centre pénitentiaire de Schrassig lundi soir, «sans revendication spécifique», assure le directeur. Avant l'assaut de l'unité spéciale de la police, 16 détenus se sont désolidarisés. Le ministre de la Justice a évoqué mardi le nombre croissant de détenus avec des troubles graves de la personnalité.

Par Maurice Fick

Dix-neuf prisonniers se sont révoltés et ont déclenché un incendie au centre pénitentiaire de Schrassig lundi vers 21 h 40, «sans revendication spécifique», assure Vincent Theis, le directeur de la prison. Avant l'assaut de l'unité spéciale de la police, 16 détenus se sont désolidarisés. Le ministre de la Justice a évoqué mardi le nombre croissant de détenus avec des troubles graves de la personnalité.

«L'été a été chaud» derrière les hauts murs de la prison de Schrassig a confessé le directeur de la prison, sous-entendu ces deux derniers mois ont été émaillés de plusieurs incidents dont un sitting il y a tout juste deux semaines.

Vincent Theis, directeur de la prison de Schrassig: «On peut écarter toute cause liée à une radicalisation.»
Vincent Theis, directeur de la prison de Schrassig: «On peut écarter toute cause liée à une radicalisation.»
Photo: Lex Kleren

Mais les causes de la révolte menée lundi soir par 19 détenus restent un mystère: «Il n'y avait pas de revendication clairement intelligible», pose Vincent Theis. Qui écarte aussi avec assurance «toute cause liée à une radicalisation». Le profil des détenus révoltés ne colle pas. Et parce que durant l'incident«rien de la sorte n'a été dit ou crié».

En revanche, «ils s'étaient bien préparés. Ils ont barricadé les portes d'accès avec tous ce qu'ils avaient sous la main et ont obstrué les fenêtres pour qu'on ne puisse voir ce qui se passe à l'intérieur», explique le directeur de la prison. Quant à l'incendie dans la salle commune, les détenus révoltés l'ont déclenché «en faisant flamber des matelas aspergés d'huile». Les pompiers de Niederanven-Schuttrange ont dû casser une vitre pour l'éteindre de l'extérieur.

«Personne n'a été blessé»

«Il n'y a pas eu de plan de crise», assure Vincent Theis. Mais comme «on ne savait pas ce qui se passait derrière la porte» et que les 19 détenus «ont carrément refusé de parler de quoi que ce soit avec notre propre personnel et avec les négociateurs de la police», l'Unité spéciale de la police grand-ducale est intervenue. 

Félix Braz, ministre de la Justice: «Nous partons du principe que le centre pénitentiaire du "Ueschterhaff" ouvrira en 2020» à Sanem.
Félix Braz, ministre de la Justice: «Nous partons du principe que le centre pénitentiaire du "Ueschterhaff" ouvrira en 2020» à Sanem.
Photo: Lex Kleren

L'usage de la force a été «modéré» et «personne n'a été blessé», assure le directeur de la prison. Le représentant de la médiateure, Serge Legil, sur place à ce moment-là, confirme le professionnalisme de l'action policière. Lorsque les policiers ont donné l'assaut, sans arme, «il y avait encore trois détenus dans le couloir. Seize des dix-neuf s'étaient retirés», explique Félix Braz.Vers 2 heures du matin, les mutins étaient sous contrôle.

A présent, «il faut attendre le rapport de l'enquête pour savoir qui a fait quoi ou s'il y a eu d'autres infractions que le feu. Si tel est le cas il seront poursuivis», assure Jeanne Guillaume, Premier avocat général. Les instigateurs de la révolte seront placés à l'isolement, fait savoir le directeur de la prison. Avant de glisser: «Ce n'est pas la première fois qu'ils posent des problèmes».


Une 2e prison à Sanem «ouvrira en 2020»

Le ministre de la Justice a évoqué mardi le nombre croissant de détenus avec des troubles graves de la personnalité: «Nous avons à Schrassig des gens qui ont des problèmes personnels très sérieux. Aujourd'hui ces gens sont plus nombreux, de sorte qu'il y en a deux à trois par bloc. Et c'est un vrai défi» au quotidien pour les gérer car «ce sont des gens imprévisibles». Il y en avait dans le groupe des 19 rebelles.

Félix Braz ne cache pas le problème de surpopulation carcérale à la prison de Schrassig construite il y a trente ans alors que la population luxembourgeoise n'a cessé de croître depuis. «C'est un réel problème. Nous sommes arrivés au point où nous devons dire que nous avons atteint une limite du vivre dans l'enceinte de la prison», sait bien le ministre de la Justice. Parce qu'il y a trop de monde -610 détenus pour 570 places- et parce que la population carcérale est différente, les peines sont, en moyenne, plus élevées.

Le ministre a déjà une solution... sur le papier. «Toutes les autorisations de bâtir ont été délivrées et nous partons du principe que le centre pénitentiaire du "Ueschterhaff" (à Sanem) ouvrira en 2020». Les détenus et prévenus y seront séparés de fait. Une donne qui devrait changer bien des choses pour le fonctionnement de la prison de Schrassig. A commencer par le transfert en prison d'une unité psychiatrique. Mais il faudra encore patienter quatre ans.


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Gefängnis - Prison - gefangenschaft - strafvollzug - Schrassig - Gefangener  - prisonnier-Détenu - Uhaft - u-haft -  Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort