14 juillet au Luxembourg

Les 1.000 et une vies du général Cauchie

Le général Cauchie, commandeur de la Légion d'Honneur.

(M.T) - Retour sur la vie d'un homme qui a traversé le XXe siècle, laissant sa marque dans les institutions nationales et internationales. 

C'est dans une maison à la façade blanche, située dans un village luxembourgeois, que vit le général Cauchie. Au milieu des dorures, des tableaux et des photos historiques, l'ancien élève de Polytechnique assis dans son fauteuil raconte ses souvenirs, ses anecdotes, en quelques mots: sa vie.

Une enfance passée à Paris

Né pendant l'entre-deux-guerres, d'une mère savoyarde et d'un père parisien, tous les deux purs produits de l'école républicaine, le général a grandi dans la capitale française. À Paris, il y a vécu toute son enfance et son adolescence, marquées par une occupation, celle des Allemands. De ces années de guerre, ressort le douloureux souvenir du rationnement : « J'ai vécu les 4 années d'occupation, qui n'ont pas été dures sur le point des représailles, à part quelques exécutions, cependant, elles ont été dures sur le plan alimentaire. Quand les Allemands sont partis, je faisais 1 mètre 78 pour 54 kilos ». Une époque marquée également par l'inconscience, celle d'un jeune homme de 15 ans : « Le 11 novembre 1940, moi et quelques écoliers avons défilé le long des Champs-Élysées pour l'Armistice. J'avais, sur ma tête, mon calot avec la croix de Lorraine, symbole de la Résistance… On était inconscients ! ». 

Ce goût du risque, le général Cauchie le gardera, illustré par son engagement dans l'armée. Il y rentre un certain 16 décembre 1944 qui marqua le début de l'offensive Von Rundstedt, lors de la bataille des Ardennes. Puis, quelques mois après, alors qu'il embarque en Algérie pour rejoindre les côtes françaises : « Le bateau a commencé à tirer de tous ses canons, en faisant des tours sur lui-même, on était le 8 mai 1945 et l'Armistice venait d'être signé ».

Puis après la guerre viendra le temps des études avec un goût prononcé pour l'école républicaine :

Mon père, grâce à l'école publique, est arrivé à une école d’ingénieurs et ma mère est arrivée à être gérante d'un magazine.

Cette méritocratie républicaine, le général y est beaucoup attaché, de même pour ce qui est du lexique scolaire traditionnel: « Je trouve que le terme d'instituteur était meilleur que professeur des écoles ». Mais si ses parents se sont élevés dans les classes sociales, il n’empêche que lui-même a continué de gravir les marches de la société. Ancien élève de l'école de cavalerie de Saumur puis camarade de classe d'un certain Valéry Giscard d’Estaing, à l'école Polytechnique de 1946 à 1948, le général a également parcouru les couloirs des plus brillantes écoles.


Photo du Général Cauchie avec le président Valéry Giscard d'Estaing
Photo du Général Cauchie avec le président Valéry Giscard d'Estaing

À ce moment-là, les deux hommes se quittent, l'un préférant l'ENA (École Nationale d'Administration), quand le général choisit l’ingénierie et plus particulièrement l'armement : 

«En 1950, j'étais chef de la division propulsion du laboratoire de recherche balistique et aérodynamique. Après la guerre, le monde est stupéfait par la technologie allemande en matière de missiles (utilisation des V1 et V2). Les autres pays dont la France, ont voulu faire de même, notamment en allant chercher des ingénieurs allemands, dont j'étais le supérieur hiérarchique».

Après avoir passé quelques années en laboratoire, est venu le temps de traverser l'Atlantique, afin de rejoindre les Etats-Unis. Envoyé à l'ambassade de France à Washington, le général Cauchie était chargé des achats de matériels américains pour l'armée française lors de la guerre d'Algérie. Il y restera deux ans avant de retourner dans l’Hexagone. 

Directeur général de la NAMSA

Le général devient alors, directeur du personnel de la NAMSA (agence d’entretien et d’approvisionnement de l'OTAN). Au même moment, la France, sous l'impulsion du général de Gaulle, quitte la force armée de l'OTAN. Paris, Châteauroux puis Capellen au Luxembourg, le général se déplace au gré de l'actualité internationale : « Beaucoup de Français sont partis et sont venus au Grand-Duché. Ce qu'il faut comprendre, c'est que les forces armées ont quitté l'OTAN, mais pas les administrateurs ».

Il y restera de 1967 à 1971 avant d'être rappelé par le ministère de la Défense à Paris, dans lequel il termine directeur des affaires internationales. Son but est de gérer toutes les relations dans le domaine de la défense avec les pays étrangers. Un poste important mais également dangereux : «Pour vous dire l'importance de ma fonction de directeur des affaires internationales, c'est qu'en 1984, lorsque je quitte ce poste, je laisse ma place au général Audran. Un an après, le 25 janvier 1985, il est exécuté par le groupe Action Directe».

En mai 1984, le général revient à l'OTAN pour devenir directeur général de la NAMSA, pendant 5 ans et demi. En plus d'être directeur, il participe également à la conférence internationale des directeurs de l'armement, comme représentant français. Puis, après avoir atteint la limite d'âge, il sera dans l'obligation de quitter ses fonctions. Il restera quelques années au Luxembourg, « parce qu'on y vit bien ». Et lorsqu'on lui demande s'il aimerait retourner vivre à Paris, il répond : « Je ne regrette pas Paris. Je ne retrouve plus le Paris de mon enfance. Avant quand j'entrais dans le métro, j'adorais cette odeur. ».


Sur la photo, le général Cauchie avec, à gauche François Mitterrand, et à droite, sa femme.
Sur la photo, le général Cauchie avec, à gauche François Mitterrand, et à droite, sa femme.

Mais l'aventure ne s’arrêtera pas ici, puisqu'à peine a-t-il quitté ses fonctions, que le ministère de la Défense lui propose un poste : 

"Ils m'ont chargé de les représenter auprès de mon ancienne organisation pour utiliser mes compétences alors que je n'étais plus international, mais je conseillais les Français sur l'agence".

Le général Cauchie finira sa carrière avec le grade d'officier général, puis, en tant que directeur des affaires internationales, avec l'équivalent de général de corps d'armée.

"Ce qui est important, c'est le devoir de mémoire"

Aujourd'hui, les années ont passé, mais le goût de « faire » est toujours bien présent. Bien entendu, les organisations internationales ne sont plus d'actualité, mais elles ont été remplacées par un devoir associatif et de mémoire.

« Je suis président de la Fédération des associations patriotiques françaises au Luxembourg ». reprend le général. Cette association, apolitique, est sous le haut patronage de l'ambassadeur, qui rassemble d'autres associations comme les Croix de guerre, les Anciens d'Algérie, les officiers français, les légionnaires ou encore le Souvenir Français. Il en exerce la présidence depuis 2000. Sur le rôle de cette association, il répond : « Je pense que pour les jeunes générations il y a un devoir de mémoire qui permet de rassembler les Français et les Luxembourgeois".

Le devoir de mémoire, une cause importante aux yeux du général Cauchie : « Ce qui est important, c'est surtout de rassembler ce qui unit les Français et les Luxembourgeois, c'est-à-dire le devoir de mémoire. Quand on aura disparu, il n'y aura plus personne pour raconter. Il faut se tourner vers l'avenir, le monde appartiendra aux jeunes et aux jeunes après vous, mais on considère que c'est important de savoir ce que l'on a fait pour que les jeunes soient libres. On s'est battu pour la liberté. Si l'on ne continue pas le devoir de mémoire, tout disparaîtra. ». Une pensée moderne qui n'est pas sans rappeler celle de son camarade de classe Valéry Giscard d'Estaing.

Au milieu des tapis brodés, des portraits de Napoléon, et des décorations officielles (il porte l'insigne de Commandeur de la Légion d'honneur), le général Cauchie vient de narrer une partie de sa vie. 

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