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La chronique de Stéphane Bern: Madame, mir hun Iech gaër!

La chronique de Stéphane Bern: Madame, mir hun Iech gaër!

Lifestyle 4 min. 19.01.2019

La chronique de Stéphane Bern: Madame, mir hun Iech gaër!

Stéphane Bern revient cette semaine sur l'histoire de la grande-duchesse Charlotte, alors que nous célébrons ces derniers jours son avènement au trône il y a tout juste 100 ans.

«L’avenir est une porte dont le passé est la clé», écrivait Victor Hugo, célèbre résident de Vianden, comme pour mieux expliquer que l’Histoire éclaire le présent et ouvre des perspectives pour le futur.

En ces jours anniversaires de l’avènement au trône de la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, comment ne pas songer également au mot célèbre de sir Winston Churchill : «Un peuple qui oublie son passé, n’a pas d’avenir»?


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Après avoir célébré le centième anniversaire de l’armistice qui a mis fin en novembre 1918 à la Première Guerre mondiale, le Luxembourg se doit de célébrer dignement le centenaire de l’avènement de la grande-duchesse Charlotte, au lendemain de l’abdication de sa sœur aînée Marie-Adélaïde dans un climat délétère où l’indépendance même du Grand-Duché est menacée par ses puissants voisins qui rêvent de l’annexer…

Le règne de Charlotte commence donc sous de fâcheux auspices mais, à vingt-trois ans, elle a compris qu’elle est devenue le symbole de l’indépendance du pays. Sa beauté hiératique, son charme, sa chaleur humaine, ses qualités d’écoute, son empathie sincère, toutes ces vertus souveraines lui gagnent les cœurs, alors que Charlotte accède au trône du Luxembourg le 15 janvier 1919 à un moment où le pays est à un tournant de son histoire.

Tandis que les institutions sont profondément révisées vers une plus grande démocratisation, et pour protéger aussi les prérogatives souveraines de toute immixtion dans l’action politique, un référendum est soumis à l’approbation populaire. 78% des Luxembourgeois votent en faveur de la monarchie le 28 septembre 1919 et plébiscitent la grande-duchesse Charlotte.

De toutes les monarchies d’Europe, le Grand-Duché peut s’enorgueillir de réunir les trois facettes de la légitimité: celle héritée de l’Histoire dans la continuité des Nassau-Weilbourg sur le trône depuis 1890, celle du suffrage universel… et celle des services rendus à la nation, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette difficile épreuve de 1919 est victorieusement surmontée et, en fin de compte, le pays en sort renforcé dans sa cohésion nationale. Les jeunes générations doivent relire absolument les mots de la grande-duchesse Charlotte le 18 janvier 1919:

«Tous mes efforts tendront à remplir scrupuleusement mes devoirs de Souverain luxembourgeois. Notre peuple a toujours eu, avec l’amour de ses traditions nationales, le culte de la justice et de la liberté. J’accomplirai ma haute mission dans le même esprit. Ma ligne de conduite dans l’exercice du pouvoir suprême est tracée par la Constitution et les lois; le Gouvernement investi de la confiance de la nation me servira de guide et de conseiller. La réforme démocratique de notre pacte fondamental que l’assemblée constituante se dispose à réaliser trouvera mon entière approbation. Je vivrai la vie de mon peuple dont je ne veux être séparée par aucune barrière. Je partagerai ses joies et ses souffrances…».

Ce serment, elle l’a scrupuleusement respecté même lorsqu’elle se trouve confrontée le 10 mai 1940 à un terrible dilemme face à l’invasion nazie. Rester avec les Luxembourgeois pour partager leurs souffrances ou partir en exil pour défendre l’indépendance. «Mon cœur me dit oui, mais ma raison me dit non», avouera-t-elle.

N’oublions jamais ce que nous devons à la Grande-Duchesse Charlotte qui jouera un rôle essentiel pendant la Seconde Guerre mondiale d’abord auprès du président américain Franklin D. Roosevelt dont elle devient en quelque sorte l’agent de propagande pour expliquer aux Américains le sort de l’Europe sous occupation nazie et préparer les esprits à l’entrée des Etats-Unis dans la guerre.

Puis à Londres, sur les ondes de la BBC, elle devient la «Mater patriae» en animant la résistance, adressant des messages aux Luxembourgeois. Son mari, le prince Félix et son fils, le futur grand-duc Jean participèrent au débarquement de juin 1944 et libérèrent leur pays où Charlotte put rentrer triomphalement le 14 avril 1945.

Non seulement la grande-duchesse Charlotte a réussi au-delà de toute attente à faire entrer la monarchie dans le XXème siècle, donnant par là même à l’institution monarchique une assise plus solide que celle dont elle jouissait au temps des rois grands-ducs au XIXe siècle, mais elle a durablement ancré l’indépendance du Luxembourg au cœur de l’Europe. 

Comment oublier en ce jour que c’est par une souscription nationale que les Luxembourgeois ont commandé à Jean Cardot la statue qui trône place Clairefontaine avec cette inscription «Mir hun Iech gaër , Madame nous vous aimons.

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