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La chronique de Stéphane Bern: Les souliers magiques

La chronique de Stéphane Bern: Les souliers magiques

AFP
Lifestyle 3 min. 08.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: Les souliers magiques

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée «L'air du temps». Cette semaine, il nous parle des chaussures de Judy Garland.

Ce sont sans doute les chaussures les plus célèbres du cinéma américain. En frappant trois fois leurs talons, Dorothy, la jeune héroïne du film «le magicien d’Oz», un classique de 1939, réalise son vœu le plus cher, rentrer chez elle au Kansas.

Elles avaient mystérieusement disparu il y a 13 ans d'un musée du Minnesota: les pimpantes chaussures rouges portées par Judy Garland dans le chef-d’œuvre de Victor Fleming ont réapparu, presque par magie. C'est dans le Minnesota que l'une des paires utilisées sur le tournage du film s'était volatilisée de son écrin de verre au musée Judy Garland de Grand Rapids - la ville natale de l'actrice - au beau milieu d'une nuit de 2005.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Une récompense d'un million de dollars avait été promise à quiconque permettrait de les retrouver. Mais leur sort demeurait un mystère jusqu'à ce que la police fédérale américaine (FBI) annonce cette semaine les avoir retrouvées, visiblement en bon état, à l'issue d'une longue enquête. «C'est incroyable! Nous pensions qu'elles étaient perdues à jamais», a confié une représentante du musée Judy Garland, Sue Plagemann.

Accrochées au mur d'un restaurant de bord de route ou jetées dans une mine de minerai de fer... La police locale, pas vraiment aidée par les nombreuses répliques en circulation, affirme avoir suivi sans succès de nombreuses pistes au fil des années. L'enquête a rebondi l'an dernier lorsqu'un individu a tenté d'escroquer la compagnie d'assurance dépositaire du droit de propriété sur les escarpins.

Elle a abouti douze mois plus tard à Minneapolis, au cours d'une opération menée par des agents infiltrés du FBI. «Ce n'est pas terminé. Il reste encore beaucoup de travail à faire», ont communiqué les autorités, appelant à toute information permettant d'identifier l'ensemble des coupables.

Au moins trois autres paires identiques portées par Judy Garland dans "Le Magicien d'Oz" existent toujours. L'une d'elles est exposée au musée national d'histoire américaine de Washington, qui a levé en 2016 plus de 300.000 dollars, grâce à une campagne de financement participatif, afin de leur redonner leur éclat d'origine.

La Smithsonian, institution publique-privée qui gère la plupart des musées de la capitale américaine, dont celui d'histoire américaine, avait réussi à récolter la somme en quelques semaines seulement pour rendre aux souliers leur couleur «rubis», comme l'indiquait le hashtag lié à l'opération (#keepthemruby). Exposés sans interruption à la curiosité publique depuis 1979, les escarpins de Dorothy dévoilaient une couleur terne peu reluisante et loin du rêve suscité par le film devenu un classique.

La Smithsonian a l’habitude de solliciter la générosité du public grâce à laquelle elle avait déjà pu faire restaurer la combinaison spatiale de Neil Armstrong exposée au musée national de l'air et de l'espace. Il n’empêche que soixante-dix sept ans après sa création, le film mythique «le magicien d’Oz» continue de susciter l'engouement du public, au point que certains fans sont prêts à mettre le prix pour garder vivant le rêve imaginé par Ian Fleming.

Récemment encore, la robe portée par Judy Garland dans le film s’était ainsi envolée aux enchères au prix de 1,56 million de dollars… Mais les souliers soulèvent une ferveur inégalée, sans doute parce qu’ils sont une sorte de signature parfaite de la silhouette féminine.

Blake Lively comme Jennifer Lopez se sentent perdues sans leurs escarpins Louboutin, et Melania Trump ne saurait se défaire de ses stilettos à talon de 12 cm, même pour planter un arbre sur la pelouse humide de la Maison-Blanche. Les souliers ont un pouvoir magique, «quelque part au-dessus de l’arc en ciel» comme le chantait Judy Garland.