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La chronique de Stéphane Bern: Les mécomptes des fées
L'actrice Keira Knightley

La chronique de Stéphane Bern: Les mécomptes des fées

L'actrice Keira Knightley
Lifestyle 3 min. 27.10.2018

La chronique de Stéphane Bern: Les mécomptes des fées

Chaque samedi, l'animateur livre sa vision du monde et des people dans sa chronique exclusive pour le Luxemburger Wort. Cette semaine, il rhabille Keira Knightley pour l'hiver...

Par Stéphane Bern

Faudra-t-il bientôt interdire les contes et légendes de la mythologie grecque au motif qu’ils nous plongent dans la violence de la condition humaine aux prises avec les dieux? Et devra-t-on ensuite censurer les contes de fées de Grimm, Andersen et Perrault sous prétexte qu’ils donnent aux enfants de mauvais référents moraux?


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

C’est en tout cas ce que pensent certaines actrices engagées dans la lutte féministe et dans le mouvement #MeToo contre le harcèlement sexuel, telles que Kristen Bell ou Keira Knightley.

Dans un premier temps, il est urgent, à les entendre, de jeter au feu le livre référent du psychanalyste Bruno Bettelheim, la Psychanalyse des contes de fées (1976), un classique qui offre un tableau élaboré de la relation entre l’enfant et les contes de fées, en mettant l’accent sur leur valeur thérapeutique pour l’enfant, en montrant comment chacun d’eux reflète des conflits ou des angoisses à des stades spécifiques de son développement.

Sa pratique lui a permis de conclure que les contes stimulent l’imagination de l’enfant et l’aident à voir clair dans ses émotions mais aussi à prendre conscience de ses difficultés tout en lui proposant des solutions possibles aux problèmes qui le perturbent.

Cela n’est pas du goût de Kristen Bell pour qui Blanche-Neige et Cendrillon se laissent abuser par le mâle dominant, sans parler de la Belle au bois dormant que le prince charmant embrasse pendant qu’elle dort. Il serait déjà cloué au pilori du harcèlement!

Keira Knightley a quant à elle incarné des femmes fortes et indépendantes comme la duchesse de Devonshire dans The Duchess de Saul Dibb, mais aussi Elisabeth dans Orgueil et Préjugés et Anna Karénine de Joe Wright, une autre Elizabeth dans Pirates des Caraïbes, en attendant d’être Colette dans le film de Wash Westmoreland qui sortira cet hiver.

Actuellement en promotion pour ce film, l'actrice était l'invitée d'Ellen De Generes dans son show télévisé. Elle en a profité pour déplorer la morale des histoires de princesses dans les film de Walt Disney, où l'on découvre toujours une jeune femme qui attend patiemment d'être secourue par un prince charmant, forcément riche, plutôt que de s'en sortir toute seule par son intelligence. Keira a ainsi expliqué pourquoi sa fille Edie a «l'interdiction» de regarder le film Cendrillon.

«Elle attend qu'un homme riche vienne la sauver. Il ne faut pas. Sauve-toi toi-même!», a-t-elle déclaré. D'après elle, le film d'animation, créé en 1950, et sa version en «live-action», produite en 2015, n'est pas un exemple à suivre pour les nouvelles générations.

La fille de Keira Knightley n'a également pas l'autorisation de voir le dessin animé La Petite Sirène, inventé en 1989: «C'est l'un de ces films qui m'agace le plus parce que je l'aime beaucoup. Je veux dire, les chansons sont géniales, mais n'abandonnez pas votre voix pour un homme (...)».

Toutefois, Keira Knightley approuve les derniers films La Reine des Neiges et Moana, qui dépeignent les histoires de princesses indépendantes. Devenue une passionaria de la cause, l'actrice de 33 ans vient d'accepter d'être à l'affiche d'une comédie dramatique ouvertement féministe en 2019: Misbehaviour.

Le film, qui sera produit, écrit et réalisé uniquement par des femmes, raconte l'histoire d'un groupe de militantes qui a perturbé en direct la cérémonie de Miss Monde en 1970. On se souvient aussi qu’après la naissance de sa fille Edie, en 2015, de son union avec le musicien James Righton, Keira Knightley avait publié un essai très cru sur les traumatismes de l’accouchement et s’en était pris violemment à la duchesse de Cambridge qui s’était présentée devant des photographes masculins, fraîche et pimpante, sept heures seulement après avoir donné naissance à la princesse Charlotte.

Mais rassurons-nous, l’avocate de la cause féministe n’en oublie pas de jouer les princesses sur les tapis rouges lorsque l’empereur Karl Lagerfeld le lui demande. Depuis 2006, la belle Keira est aussi l’égérie du parfum Coco Mademoiselle et l’une des muses les plus iconiques de la maison de couture. Un vrai conte de fées.