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La chronique de Stéphane Bern: L’amour en héritage

La chronique de Stéphane Bern: L’amour en héritage

Jeff Kowalsky / dpa
Lifestyle 4 min. 01.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: L’amour en héritage

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Cette semaine, il nous parle de la reine de la soul, Aretha Franklin.

Par Stéphane Bern

Il en va des personnalités publiques comme du commun des mortels ; lorsqu’elles disparaissent, on leur cherche des héritiers. La reine du soul, Aretha Franklin, ne pouvait échapper à la règle, à l’heure où la ville de Detroit, si chère à son cœur, lui a rendu hier un dernier hommage en présence de hautes personnalités américaines comme Barack Obama, mais aussi les artistes Stevie Wonder, Jennifer Hudson ou Ariana Grande.

De Kanye West à Beyoncé, tous revendiquent aujourd’hui l’héritage moral ou politique de cette grande dame qui chantait et inspirait le « Respect ». On se souvient que pour l’investiture du premier président noir des Etats-Unis, c’est Aretha Franklin qui interpréta l’hymne à la liberté My Country Tis of Thee. « A travers sa voix, on pouvait sentir notre histoire, dans toutes ses nuances, notre force et notre douleur, notre lumière et nos ténèbres », écrit Barack Obama. Alors qu’elle laisse un trou béant dans le paysage musical américain, qui pour reprendre la torche de la soul engagée ? « Nous sommes tous ses héritiers. Elle a amené l’intensité, le feu et le courage du gospel dans le monde de la pop.

Tout le monde, de Whitney Houston à Christina Aguilera, a été influencé par sa façon de chanter », estime l’universitaire Daphne Brooks... Et Beyoncé se présente aujourd’hui comme sa première dauphine, candidate officielle à sa succession. Par ailleurs, Aretha Franklin, qui a soigné sa sortie, inhumée dans son cercueil doré en robe rouge et souliers Louboutin assortis, laisse non seulement derrière elle des millions de fans esseulés mais également une belle fortune patrimoniale estimée à 80 millions de dollars que devront se partager ses quatre fils, car la star s’est envolée sans laisser de testament.

En 1968, déjà, dans l'album Lady Soul, Aretha Franklin reprenait la chanson de James Brown Money Won't Change You (L'argent ne te changera pas), où elle chante la beauté de rester fidèle à soi-même malgré l'enrichissement. Un message d’une brûlante actualité à l’intention de ses héritiers. Aretha Franklin met au monde son premier fils alors qu'elle a à peine 13 ans, fruit de sa relation avec Donald Burk qu'elle rencontre à l'école, et le nomme Clarence, comme son propre père.

À peine deux ans plus tard naît Edward, qui porte le nom de son géniteur, Edward Jordan. À Ted, né en 1964, elle donne aussi le nom de son époux de l'époque (White) qui fut un temps le manager de la star. Elle donne naissance à son dernier fils en 1970, nommé Kecalf, issu de son union avec Ken Cunningham. Selon la loi en vigueur dans le Michigan, sans succession établie par Aretha Franklin, ses quatre descendants vont se partager l'héritage à parts égales.

Faut-il craindre une bataille juridique en perspective ? La semaine dernière, ses quatre fils Clarence, Edward, Ted White Jr. et Kecalf se sont rendus au palais de justice du comté d’Oakland, pour entamer les procédures afin d’organiser le partage de ce patrimoine. La nièce de la chanteuse, Sabrina Owens Garett, a demandé à être nommée liquidatrice de la succession. En effet, la division de

l’héritage d’Aretha Franklin pourrait rapidement entraîner une bataille judiciaire entre la famille proche, les créditeurs et les membres de la famille éloignée. Don Wilson, qui a été l’un des avocats de la reine de la soul se dit inquiet : « J’espère juste que le partage de l’héritage d’Aretha ne sera pas vivement contesté. À chaque fois, quand il n’y a pas de fiducie ni de testament, ça finit toujours par une bataille judiciaire ».

L’homme de loi rappelle le cas du chanteur Ike Turner, dont le patrimoine est toujours disputé, près de 11 ans après son décès. Il n’est pas rare que les célébrités oublient de préparer leur succession, témoigne un autre ex-avocat d’Aretha Franklin, Arnold Reed : « Ce sont des personnes très occupées, entre les tournées, les agendas surchargés et les problèmes du quotidien ». La croyance, aussi, que les stars sont éternelles et qu’un testament fait mourir… Pour autant, cette négligence de la part d’Aretha Franklin est singulière, car l’artiste faisait très attention à son argent.

Elle racontait qu’elle avait toujours sur scène son sac à portée de main. Et elle expliquait ne pas accepter de monter sur scène avant d’avoir été payée en liquide. Une somme qu’elle rangeait alors précautionneusement dans son sac avant de commencer son concert…

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