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La chronique de Stéphane Bern: De la race des seigneurs
Lifestyle 4 min. 09.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: De la race des seigneurs

Alain-Fabien Delon

La chronique de Stéphane Bern: De la race des seigneurs

Alain-Fabien Delon
AFP
Lifestyle 4 min. 09.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: De la race des seigneurs

Chaque samedi, l'animateur livre sa vision du monde dans sa chronique exclusive pour le Luxemburger Wort. Cette semaine, il évoque la famille Delon.

Comment être soi-même quand on porte un patronyme aussi lourd, internationalement reconnu, et qu’on partage avec son père cette irrésistible gueule d’ange qui lui a gagné tous les suffrages à ses débuts au cinéma? Alain-Fabien Delon, fils cadet d'Alain Delon publie un roman à clé qui a tout d’un récit transparent sur ses jeunes années, qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas un conte de fées.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

S’il assure sur tous les tons ne pas vouloir régler des comptes, celui que tous appellent «le fils de Delon» est contraint une nouvelle fois de se mesurer à l’ombre paternelle, dévorante et omniprésente. Ainsi, à 24 ans, a-t-il préféré publier un livre, «De la race des seigneurs» (Stock), pour s’émanciper et en quelque sorte «tuer symboliquement» le père.

La jaquette du livre annonce la couleur: «Un père, un fils, l’amour, la haine. Comment devenir soi quand on a grandi dans l’ombre d’un mythe? Comment dépasser l’image du «fils de» pour s’emparer enfin de son destin?». Pour solde de tout compte, Alain-Fabien, ou plutôt le héros Alex, dans le livre, est le fils de la star Delval, qui roule en Mercedes, collectionne les armes à feu, vit avec ses chiens et élève son fils à la dure.

Toute ressemblance avec Alain Delon est évidemment voulue et assumée, jusqu'au titre de l'ouvrage, qui fait référence au fameux film de Granier-Deferre. Pas avare de confidences sur les plateaux télé ou dans la presse, Alain-Fabien explique que «c'est la phrase qu'il me dit le plus souvent, sa réponse à tout: Tu es de la race des seigneurs, alors ça va aller. Il me disait aussi tout le temps: Les rois, ça pleure pas».

On découvre des anecdotes savoureuses, comme quand le fils tombe sur le cadavre de Gaston, le chat préféré de son père, dans le congélateur familial… «C'est inévitable de faire des parallèles avec la réalité», explique Alain-Fabien Delon. Par exemple, en cherchant une bouteille d'alcool chez mon père, je suis vraiment tombé sur son chat mort dans le congélateur!».

Sous forme romanesque, l’auteur fait le récit d’un épisode tragique réel qui s’est déroulé dans la nuit du 30 juin 2011, lorsque le jeune comédien a défrayé la chronique en blessant grièvement, en Suisse, une adolescente avec un révolver de son père. Il a été condamné à 5 mois de prison avec sursis pour détention d’arme illégale, non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui…

De fait, Alain-Fabien raconte l’adolescence abîmée d’un jeune acteur qui lui ressemble, victime d’un père aussi imprévisible que violent. L’auteur, qui s’est fait soigner pour des addictions, y évoque du début jusqu’à la fin une jeunesse en forme de traversée des enfers dominée par la présence d’un père star, Alexandre Delval, lequel n’apparaît pas sous son meilleur profil.

Cette statue du Commandeur est même parfois assez terrifiante, car l’homme apparaît colérique, manipulateur, violent dans ses propos et à l’occasion dans ses actes. Comme ce jour où il attrape la tête de son fils à table, et taille à coups de ciseaux dans sa chevelure. Comment aurait-il pu inventer l’histoire d’un petit pistolet noir hors de prix, fleuron de la collection paternelle, et qui a appartenu à Heinrich Himmler, le bras droit d’Adolf Hitler?

Le portrait de la star apparaît là dans toute sa complexité, sans retouches flatteuses, un géant magnifique qui pouvait comme Janus montrer un visage plus terrifiant, notamment à ses fils Anthony et Alain-Fabien. «Les gens attendaient que j'écrive une autobiographie trash, mais je ne suis plus dans la revanche. Je n’ai plus de temps d’être dans la haine». Désireux d’exorciser son adolescence tapageuse et les relations orageuses avec son père, le cadet des enfants Delon écrit pour tourner une page.

Parti à 18 ans du foyer familial, Alain-Fabien a galéré avant de commencer une carrière de mannequin pour le parfum Dior Hommes et d'acteur – il était récemment à l'affiche d'Une jeunesse dorée, d'Eva Ionesco.

Il semble avoir retrouvé bonheur et sérénité grâce à une jeune femme, Capucine Anav, chroniqueuse de télévision, qui partage avec lui la Une du magazine Gala, «elle m'apaise. Et, au-delà de l'amour que l'on se porte, c'est la seule personne avec laquelle j'arrive à être zen, moi-même. Avec Capucine, on a créé comme une sorte de famille. Une stabilité. Elle m'aide à prendre du recul». Le fils du héros se réconcilie avec son passé pour mieux édifier son avenir.