Changer d'édition

«Il faut aimer les gens pour faire ce métier»
Monsieur Simon, trente ans de métier dans un cinq étoiles luxembourgeois.

«Il faut aimer les gens pour faire ce métier»

Photo: Gerry Huberty
Monsieur Simon, trente ans de métier dans un cinq étoiles luxembourgeois.
Lifestyle 11 3 min. 14.04.2018

«Il faut aimer les gens pour faire ce métier»

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Il est le personnage clé de l'hôtel cinq étoiles du boulevard Royal. Monsieur Simon connaît ses fidèles clients et leurs habitudes, devance leurs souhaits, et connaît , en 30 ans de métier, de multiples anecdotes sur la vie de l'hôtel.

«Bonjour Madame!» entonne-t-il de sa voix chantante en vous adressant un sourire si chaleureux que vous êtes soudain persuadé que vous vous connaissez déjà. En face de la réception de l'hôtel Le Royal à Luxembourg-ville, dans sa loge, Simon Delcomminette cultive le secret comme l'amabilité et son sens du service.

Le débonnaire Monsieur Simon, comme on l'appelle le plus souvent, s'apprête à fêter ses trente années comme concierge de cet hôtel cinq étoiles, où il dirige une équipe de douze personnes. Il est aussi président de l'association Les Clés d'Or Luxembourg depuis vingt-cinq ans. «Une association internationale dont les origines remontent à 1953, à Cannes», commence-t-il, assis dans un canapé du bar de l'hôtel le temps de l'interview, impeccablement mis: une redingote sombre avec l'insigne des Clés d'Or sur les deux pans de son col, une chemise blanche sous un gilet et une cravate. «Nous sommes une dizaine de membres des Clés d'Or au Luxembourg.» 

Les critères d'admission sont stricts: «il faut maîtriser parfaitement trois langues, avoir une bonne connaissance de la ville et du pays, et trois ans d'expérience en conciergerie». Son rôle: accéder aux demandes de la clientèle. Toutes les demandes, même les plus loufoques – «et il y en a!» – tout en restant dans la légalité et la moralité. «Pas de ,filles‘, ça n'est pas légal», précise-t-il le doigt levé, avant d'enchaîner sur une première anecdote.

 Il se rappelle d'une cliente qui venait d'un pays du Golfe et lui avait demandé 70 saumons fumés tranchés à la main pour le lendemain matin à 6 heures. «On appelle le poissonnier, mais vous pensez, au Luxembourg ce genre de demande est vite compliqué, le pays est trop petit! On appelle un ami concierge à Paris pour qu'il s'arrange avec le chef cuisinier, qui lui-même s'arrange avec son fournisseur à Rungis. On lui dit que le saumon fumé doit être tranché à la main et expédié au plus tard à 2 heures du matin vers le Luxembourg… et la cliente a reçu sa livraison à temps pour l'embarquer dans l'avion et rentrer chez elle.»

Fin psychologue

«Je suis né en Allemagne de mère allemande et de père belge». Simon Delcomminette, 55 ans, a grandi à Liège. Son père était diplomate et sa mère a élevé leurs quatre enfants. «Toute ma vie, c'est Adrien, mon mari, le chien Lola et l'hôtel! D'ailleurs j'ai fait graver le logo de l'hôtel sur une paroi de la douche chez nous.» Un concierge entretient de bonnes relations avec les proches commerçants, mais aussi avec les autres concierges ici ou ailleurs. Ces derniers se passent le mot à propos d'un bon client: il faudrait lui envoyer un taxi à telle heure, il préfère dans sa chambre les tulipes aux roses, plutôt du blanc, etc. «Il faut aimer les gens pour faire ce métier», assure Monsieur Simon.

Il adore converser, surtout de restaurants et de son travail, et rien dans son champ de vision ne lui échappe. Avec l'expérience, il est devenu fin psychologue. «Quand je vois certains arriver, je sais déjà ce qu'ils vont me demander. Quant à d'autres, je sais déjà qu'ils vont m'enquiquiner!» Face aux gens désagréables? «Je leur fais un grand sourire. Et puis si ça gueule alors je tourne le dos. Plus jeune, je tremblais et transpirais. Aujourd'hui c'est différent!»