Changer d'édition

«En un an, j'ai testé toutes les formes de mobilité au Luxembourg»

«En un an, j'ai testé toutes les formes de mobilité au Luxembourg»

Photo: Maurice Fick
Lifestyle 10 min. 21.08.2018

«En un an, j'ai testé toutes les formes de mobilité au Luxembourg»

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Il ne manque plus que le cheval! Il y a un an, notre journaliste Anne a opté pour d'autres possibilités de transport que la voiture personnelle. Elle nous fait part de son expérience.

Voiture, moto, train, bus, vélo, carsharing et covoiturage: j'ai testé tous les moyens de transport possibles dans le secteur. Sauf le cheval. Frontalière française, voilà dix ans que je travaille au Luxembourg. J'ai utilisé ma voiture pendant sept ans. Aujourd'hui, je ne comprends pas comment j'ai fait pour supporter de passer l'équivalent d'une journée par semaine dans ma voiture: que de temps et d'argent perdus !

Le bus

Il y a trois ans, après un déménagement, j'ai découvert qu'un bus passait tout près de mon domicile et me déposait devant mon lieu de travail, à Gasperich. Malheureusement, cette ligne, la 302, a été supprimée faute d'avoir suffisamment de voyageurs. C'était pourtant royal pour les passagers, car nous avions chacun droit à deux sièges. 

Le bus n'est pas toujours plus lent que la voiture. Enfin, tout dépend du sens dans lequel on roule. Le Luxembourg a en effet prévu des voies réservées aux bus… mais pas toujours dans les deux sens de circulation! Des adaptations sont en cours. Toutefois, en bus, peu importe le trafic: on peut lire, dormir, rêvasser ou travailler; plus besoin de se concentrer sur la conduite. J'ai pu constater que c'était un gros stress en moins.

Le vélo…

Une fois cette ligne de bus supprimée, je n'avais pas envie de reprendre la voiture. J'ai donc opté pour le vélo et le train depuis Thionville. L'aventure a commencé il y a un an, pendant l'été. C'est sûrement la meilleure période pour s'y mettre. Parce que dès septembre, la situation se complique un peu. Notamment pour trouver une place dans le train avec le vélo. Outre quelques regards furtifs chargés de reproches, j'ai entendu certains passagers dire «Mais ils paient pour ça, pour emmener leurs vélos?». Il est vrai qu'accrocher un vélo dans le wagon prévu à cet effet condamne une à deux places assises. Cependant, un ticket de train ne garantit pas une place assise.

Et sur cette ligne Metz-Luxembourg, la place assise est un sésame. Elle est si rare parfois, dans les trains bondés où des gens sont assis dans les escaliers qui mènent à l'étage, ou sont debout dans les sas et les allées. Déjà sur les quais, c'est la compétition. Dès que le train est annoncé en gare, assorti de la formule de sécurité «Eloignez-vous de la bordure du quai, s'il vous plaît», tout le monde s'en rapproche. Il faut être devant, absolument, pour avoir une chance de s'approprier un fauteuil. Ce qui relève de la sociologie. Celui qui ne parvient pas à temps pour poser son séant sur un siège moelleux est un loser. S'asseoir dans le train sur cette ligne n'est pas qu'une question de confort. Certains n'ont qu'une vingtaine de minutes à passer dans le train. Voyager debout sur la ligne 90, cela revient à être exclu. Un peu comme chez les animaux. Je pense à mes chats. Certains d'entre eux n'aimaient pas une marque de croquettes. Mais si l'un de leurs congénères se trouvait à proximité de la gamelle, il se hâtait de la vider comme un glouton pour s'approprier cette nourriture avant l'autre. Ce n'est plus une question de nécessité, mais de pouvoir.

A la belle saison, circuler à vélo est agréable et les intempéries ne sont pas gênantes, sauf lorsqu'un vent fort souffle de face.
A la belle saison, circuler à vélo est agréable et les intempéries ne sont pas gênantes, sauf lorsqu'un vent fort souffle de face.
(Photo: Maurice Fick)

En général, j'évite de monter dans un train en provenance de Nancy; ce sont les plus bondés, car Nancy est la gare la plus éloignée de Luxembourg sur la ligne 90. En revanche, ces trains sont les seuls à s'arrêter, pour le moment, à la gare de Howald. Mais le trajet à vélo entre la gare de Howald et le Wort, à Gasperich, est une aventure parfois risquée, puisqu'il faut circuler, sur une partie du trajet, entre la voie qui mène à Gasperich et la voie d'accès à l'autoroute. Aller jusqu'à la gare de Luxembourg m'oblige à revenir sur mes pas; c'est donc une perte de temps.

…et les zombies

A vélo, je râle après les voitures (parfois) et les piétons (souvent). Si environ neuf automobilistes sur dix doublent avec une marge suffisante, il semble que quelques-uns préfèrent risquer ma vie plutôt qu'une égratignure sur un rétroviseur. Le pire, ce sont les poids lourds et les bus: ils ne laissent pas assez de distance au cycliste lorsqu'ils doublent, neuf fois sur dix. Vous sentez alors le souffle du véhicule qui vous double, c'est assez effrayant. Là aussi je râle. Il faut que je m'équipe de cet appareil qui peut sonner à quelque 140 décibels. La sonnette ne sert à rien…

Quant aux piétons, c'est parfois un poème: le nez collé sur l'écran de leur téléphone, ils déambulent de manière désordonnée entre le trottoir et les pistes cyclables. Ils me font penser à des zombies. On peut toujours donner un coup de sonnette, lorsqu'ils ont leurs écouteurs, c'est peine perdue. Ceux qui entendent sont soudainement extirpés de leur rêverie et font un bond de côté… Reste à savoir si c'est le droit ou le gauche.

Drôle de statut que celui qui est attribué au vélo: il prend des risques sur la chaussée car la voiture y règne en maître absolu. Il est craint sur les trottoirs car le piéton y est vulnérable. Les pistes qui lui sont attribuées ne sont que rarement sécurisées en étant protégées de la route par un muret.

Le transport en libre-service

Pendant les grèves, transporter son vélo à bord des trains était quasiment impossible. J'ai donc opté pour un abonnement Vél'Oh (système de locations de vélo en libre-service de la Ville de Luxembourg) à l'année. Ils sont un peu lourds et ne comportent que trois vitesses, mais sont assez confortables pour des petits trajets en ville. Même si l'on sent qu'ils vieillissent (le service a été mis en place il y a dix ans). Je les emploie en dépannage. Aussi parce que ces vélos-là me permettent de circuler en tenue de ville, ce qui n'est pas le cas avec mon vieux VTT quotidien.

Je conduis une i3 à mes heures perdues

Lorsque j'ai un RDV à Luxembourg-ville, je prends le bus: pas de souci de parking, et c'est rapide. Pour aller plus loin, c'est parfois compliqué: le trajet en bus est souvent bien plus long qu'en voiture. J'ai vendu la mienne et pris un abonnement à Flex carsharing (un service des CFL mis en place en février 2018), qui propose dans sa flotte une charmante voiture électrique haut de gamme que j'ai grand plaisir à conduire (BMW i3), et qui sent encore le neuf. 20 stations Flex sont réparties dans le pays. 

Il sera bientôt possible, d'après le site web, d'emprunter une voiture à une station et de la déposer à une autre. Pour le moment, vous réservez votre véhicule à l'aide de l'appli dédiée et pouvez ajuster votre réservation à 15 minutes près: si vous avez prévu trop de temps pour votre déplacement, vous pouvez rendre la voiture plus tôt et le signaler sur l'appli, si vous avez besoin de plus de temps de location, vous pouvez étendre votre réservation de la même manière. C'est très pratique.

Covoiturage

J'ai téléchargé l'application de covoiturage CoPilote, lancée au Luxembourg en mai. Mais le choix est pour le moment trop restreint pour les trajets entre mon domicile et mon lieu de travail. Il faudrait que je me déplace souvent plus loin que la gare de Thionville pour rejoindre mon chauffeur. 

L'autre contrainte, c'est celle des horaires. D'une part, j'ai un métier qui exige parfois de rester plus tard au travail. D'autre part, je ne suis pas une championne des horaires précis, et si l'on me donne rendez-vous à 17h58, il est probable que ce soit mission impossible pour moi…

Et dans le futur?

Dans le futur… je préfère «dans le futur» pour son côté science-fictionnesque plutôt que «à l'avenir». Le temps de la voiture personnelle touche peut-être à sa fin. La déclaration du ministre du Développement durable et des Infrastructures François Bausch lors du lancement de CoPilote m'a marquée: «Chaque matin, ce sont 250.000 sièges automobiles vides qui entrent dans la capitale», avait-il asséné. C'est fou, c'est vrai, j'y pense chaque jour. Même lorsque je conduis – encore – pour me rendre à Luxembourg (j'ai vendu ma voiture, disais-je, et acheté un camper van, que j'utilise ponctuellement pour me rendre à mon travail): nous sommes pour la plupart seuls dans nos véhicules. Bêtement.


CoPilote: le Luxembourg lance sa plateforme de covoiturage
On l'attendait avec impatience, la voici: la plateforme CoPilote pour coordonner le covoiturage dans la Grande Région a été lancée ce mardi, assortie d'applis mobiles pour Android et iOS.

J'imagine parfois qu'il faudrait comme une sorte de grande gare de péage qui permettrait aux passagers de choisir leur ligne selon la destination souhaitée (Kirchberg, Cloche d'Or, Esch-sur-Alzette, Niederanven…), et au conducteur de passer gratuitement. 

J'imagine aussi des véhicules autonomes en libre circulation à bord desquels il serait possible de réserver une place via une appli et qui feraient un détour pour passer vous chercher en regroupant les passagers selon leur point de départ et leur destination. Avec des changements possibles. Un concept semblable à celui que Kussbus tente de développer au Luxembourg.

Et des voitures autonomes qui pourraient se coller les unes aux autres pour économiser de l'énergie sur une portion de trajet commun.

Qu'est-ce que j'y gagne?

J'ai vendu ma voiture pour acheter un petit camper van d'occasion, c'est un choix orienté par mes loisirs. Donc mon budget automobile existe toujours, mais il est moindre. Je fais moins de kilomètres par an. 

Pour le carsharing, j'ai opté pour l'abonnement Flex Gold, compatible avec un abonnement de train, qui me coûte 10 euros par mois. A cela s'ajoutent les frais de location à l'heure et les frais kilométriques, qui varient selon le temps et la distance. Il est encore trop tôt pour faire un calcul comparatif avec ce que me coûtait ma voiture dans le contexte professionnel. J'attends six mois d'utilisation pour faire un premier bilan.

Ce que je gagne finalement, c'est du temps et j'économise aussi pas mal de stress. Je lis davantage grâce aux transports en commun. Et au moins, j'ai la douce impression que si je suis en retard parce que le train a eu une panne, je n'y suis pour rien! A vélo, j'ai aussi plus de liberté qu'en multipliant les transports en commun, car je n'ai pas de temps d'attente, je peux aller à mon propre rythme.

Les contraintes


Aller au travail à vélo: comment s’habiller?
Au boulot à vélo
Ils pédalent par tous les temps pour aller travailler. Comment s'organisent-ils pour braver les intempéries tous les jours? Nous avons couru après ces cyclistes pour connaître leur quotidien de «vélotaffeurs».

Bizarrement, la pluie ou le froid ne sont pas un frein quand on veut se déplacer à vélo. C'est surtout le vent qui est pénible et fatigant, a fortiori quand on l'a de face. Le reste n'est qu'une question d'équipement. Et d'organisation… C'est le point qui est le plus contraignant, notamment pour une femme. Il faut prévoir sa tenue de rechange et ne rien oublier, avec les chaussures assorties, emporter de quoi se pomponner et il faut tout transporter. 

Cette contrainte est bien plus pesante en hiver, car les vêtements sont plus nombreux et plus volumineux. Je profite donc d'un trajet en voiture pour laisser un manteau et une paire de chaussures de secours qui me rendent service en cas d'oubli. Je prends parfois ma moto aussi, uniquement par beau temps. Mais idem en été, un rechange est bien apprécié lors des fortes chaleurs pour éviter de passer la journée avec un pantalon doublé et renforcé et des baskets.

Mon vieux VTT m'attend sur le parking. Ah, ça aussi j'apprécie: en ville, il est bien plus facile à garer qu'une voiture… ou qu'un camper van!

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Aucun train entre Bettembourg et Luxembourg: comment s'organiser?
Du 10 au 18 février prochain, des travaux auront lieu sur les voies ferroviaires entre Bettembourg et Luxembourg, entraînant la fermeture totale de cette portion pour la semaine. Quelles alternatives s'offrent pour les voyageurs afin de rejoindre la capitale? Nous avons fait le point.
Les voyageurs ne disposent que de très peu de trains entre Metz et Luxembourg depuis maintenant une semaine.
Howald, funiculaire, tram: quel bilan, un mois après?
Il y a tout juste un mois, trois nouvelles infrastructures étaient inaugurées au Luxembourg: le tramway, le funiculaire à l'arrêt Pfaffenthal et la gare de Howald. Le ministre des Infrastructures, François Bausch, promettait depuis de nombreux mois que le 10 décembre serait un tournant dans la vie des voyageurs du pays. Qu'en est-il un mois jour pour jour après leur mise en place?
Luxtram. Kirchberg.Boulevard John F. Kennedy. Photo: Guy Wolff