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Du cheval ardennais sur les tables japonaises
Le cheval ardennais est un robuste animal de trait.

Du cheval ardennais sur les tables japonaises

Photo d'illustration: Shutterstock
Le cheval ardennais est un robuste animal de trait.
Lifestyle 3 min. 09.08.2018

Du cheval ardennais sur les tables japonaises

Le cheval de trait s’exporte désormais très bien au Japon pour y remplacer la viande de baleine

Par Max  Hellef

Le cheval de trait ardennais fait la fierté de la région belge qui lui a donné son nom. De Bouillon à Houffalize, on trouve encore parfois accrochée au mur des chaumières une gravure représentant le puissant équidé tirant la charrue au creux d’une terre ingrate. Elle témoigne d’un temps où la vie s’écoulait doucement, au rythme ardu de la nature.

Aujourd’hui, le cheval de trait fait encore la fierté de quelques amateurs, amoureux de cette race qui allie force et agilité physiques. Du reste, il ne prête plus guère sa force qu’aux travaux de débardage en forêt, ponctués des «hue!» et des «djà» lancés par leur maître.

Globalement, le cheval de trait – qu’il soit ardennais, brabançon ou venu du Nord – est en retrait. Des initiatives sont pourtant prises pour tenter de sauver le prestigieux bourrin: il aide au nettoyage des bords de routes ou de Ravel, ces chemins dédiés aux marcheurs et cyclistes, quand il ne tire pas la carriole d’un attelage touristique badin.

En effet, la Foire agricole de Libramont qui vient de fermer ses portes, a révélé la part de destin beaucoup moins glorieuse qui attend le cheval de trait. On y a appris que sa viande avait de plus en plus la sympathie des estomacs nippons. «L’an dernier, des Japonais sont venus en Europe pour se renseigner et désormais, des poulains vivants originaires d’Ardenne, de France mais aussi de Hollande sont exportés au Japon, a expliqué Michel Ectors, président du stud-book du cheval de trait ardennais. Cela a une influence sur l’offre et la demande. Il y a un regain d’intérêt au Japon.»

Un long trajet pour finir en steak

Ce soudain appétit pour le puissant cheval s’explique par la volonté des Japonais de trouver un substitut à la viande de baleine dont la chasse est strictement réglementée, même si le cétacé continue à être traqué sous couvert de travaux scientifiques. Les chevaux destinés à l’abattoir transitent par la France avant de prendre une destination inconnue. Pas de chiffres encore, mais tout indique que ce marché est en train de s’envoler. Avec pour conséquence que les prix sont à la hausse et que les éleveurs mettent une énergie certaine à la reproduction. Le poulain est ainsi passé de 500 à 800 euros. 20 pour cent de saillies supplémentaires ont été enregistrées: en 2017, on en a compté près de 440 pour environ 360 en 2016.

Ce nouveau marché et les dérives que pourrait lui réserver la mondialisation inquiètent: «Nous devons faire attention à ce que nous leur vendons. Nous sommes le berceau de la race, il faut garder la génétique», avertit Michel Ectors.

Des travailleurs pour la Chine

Il n’y a pas que les Japonais qui s’intéressent au cheval de trait. Les Chinois en ont acheté également. Leur objectif est de les implanter dans l’Empire du milieu en les croisant avec des juments indigènes pour obtenir un cheval costaud, qui sera utilisé pour des travaux agricoles et forestiers. Le marché asiatique apparaît comme une opportunité pour les éleveurs de chevaux de trait qui n’en finissaient plus de broyer du noir. Le monde agricole wallon ne se porte pas bien, c'est le moins que l'on puisse écrire, et la perspective de perdre prochainement 450 millions d’aides européennes plombe les esprits.

Pas sûr en revanche que l’idée de voir ces bêtes magnifiques finir dans les «ramen» comble de joie les Ardennais. En Belgique, la viande de cheval est peu consommée. Elle est largement minoritaire, sinon inexistante dans les rayons. Les boucheries chevalines ont disparu. Le porc, le bœuf et la volaille ont la cote auprès de consommateurs qui achètent de toute façon de moins en moins de viande. Ces dernières années, plusieurs affaires de maltraitance chevaline ont de surcroît sacralisé un peu plus le bel animal dans la population. Une sorte de tabou le protège de l’hippophagie et du coup de fourchette des "viandards".