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Au petit bonheur des triporteurs
Plus qu'un simple transporteur: le vélo-cargo est devenu un moyen de déplacement en vogue.

Au petit bonheur des triporteurs

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Plus qu'un simple transporteur: le vélo-cargo est devenu un moyen de déplacement en vogue.
Lifestyle 4 min. 05.10.2018

Au petit bonheur des triporteurs

On les appelle vélos-cargos, triporteurs et bakfiets. Venus du Nord, ils parcourent désormais les rues de Bruxelles. Pour eux, ça roule vraiment de mieux en mieux.

Par Max Helleff

Trois ou deux roues, un coffre rivé à l’avant entre les roues jumelles et une solide paire de mollets pour pousser le tout: Le phénomène est récent. Bien plus récent que la reconquête de la capitale belge par le vélo, commencée il y a une quinzaine d’années. Contrairement à la Flandre qui possède une tradition vélocipédique «nordique», faisant la place belle aux deux-roues et à ses usagers, Bruxelles et le sud de la Belgique ont longtemps snobé la petite reine. D’où des pistes cyclables encore trop rares, au tracé parfois aventureux, qu’il faut emprunter armé d’une bonne dose de vigilance.

Avec les vélos-cargos, nommés aussi bakfiets («vélos-bacs»), cette mobilité prend un tour résolument fonctionnel. Il ne s’agit plus seulement de se déplacer en ville, mais d’emmener avec soi ses provisions, son matériel, ses vêtements de rechange. C’est ainsi qu’on peut voir circuler entre les différentes institutions de la capitale les triporteurs de la chaîne RTL-TVi. Ils sont loin d’avoir les atouts d’un car-régie, mais ils peuvent emporter un matériel suffisant pour réagir dans les meilleurs délais à l’actualité.

En septembre dernier, le vélo-cargo bruxellois s’est offert une parade à l’occasion de la septième «Fête de la charge». Celle-ci a montré à la ville une forme de mobilité douce qui inspire souvent une sympathie immédiate aux jeunes branchés et aux altermondialistes. Aux plus anciens, elle rappelle «Le Triporteur», film comique de Jacques Pinoteau qui révéla à la fin des années 50 le comédien Darry Cowl. Depuis, les vélos-cargos se sont beaucoup perfectionnés.

La prudence est de mise

Objets utilitaires, ces vélos peuvent aussi prendre des allures de car scolaire. Thibaut emmène ainsi chaque matin ses diablotins à l’école. Juché sur ses pédales, les cheveux et la barbe soigneusement brossés, il conduit ses trois fils vers une école du sud de la capitale. C’est le souci de diminuer son empreinte carbone qui l’a motivé, mais aussi le gain de temps. Les diablotins – ainsi surnommés en raison du culte que voue leur hipster de papa à l’équipe nationale de football – les «Diables rouges» – sont priés de s’attacher et de ne pas bouger pendant tout le trajet.

La sécurité est bien sûr un problème permanent dans une ville qui n’a pas de culture vélocipédique. Quarante kilos, c’est peu pour faire le poids parmi les voitures et les camions. Récemment, un accident impliquant un vélo-cargo dans la ville néerlandaise de Oss a coûté la vie à quatre enfants.

La petite communauté des «bakfieters» en reste traumatisée. «C’est vrai, mais il y a également chaque jour des accidents de voiture et des morts sur la route. Ce qui s’est passé à Oss est terrible, mais ne doit pas nous empêcher de vouloir révolutionner la ville. Ou simplement de vivre à notre manière», estime Jim, 34 ans. Le vélo-cargo se popularise à grands coups de roue. Dans le centre de Bruxelles, on peut les voir chaque jour un peu plus nombreux. Pas de statistiques, nous n'en sommes pas encore aux Pays-Bas ou en Allemagne, mais on progresse. En France, le triporteur fait également de plus en plus d’adeptes. A Nantes par exemple, le collectif «Les Boîtes à vélo» réunit des travailleurs dont le seul moyen de

locomotion est le vélo-cargo. Leur objectif est de desservir le centre-ville en laissant les bagnoles aux bouchons. Des sociétés de courrier rapide comme DHL, UPS ou Fedex s’équipent elles aussi de triporteurs afin d'assurer leurs livraisons de colis sur le «dernier kilomètre».

La mobilité dans tous ses états

Récemment, le journal français «Libération» a consacré un article à ces drôles de bécanes. Comme tout phénomène naissant, les vélos-cargos ont eu droit à une analyse pré-sociologique: «On distingue, selon Frédéric Héran, économiste et urbaniste à l’université de Lille, trois types de mobilité urbaine: la mobilité ludique (roller, skateboard, hoverboard, gyropode, monoroue), la micromobilité (trottinette, draisienne, vélo pliant rudimentaire…) La mobilité alternative est incarnée par le vélo de ville classique, le vélo à assistance électrique, le vélo couché ou biporteur, voire triporteur (munis d’une caisse pour transporter les enfants ou les courses)…»

Difficile de dire où s’arrêtera le vélo-cargo. Mais à juger des investissements consentis, un bel avenir semble devant lui. Ainsi, la start-up allemande HNF Heisenberg conçoit des engins de ce type qu’elle promeut à la manière de voitures de luxe. Roulez jeunesse…

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