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Bruxelles «bricole» sa propre neutralité
International 3 min. 25.06.2021
Voile à la Stib

Bruxelles «bricole» sa propre neutralité

Les écologistes et les socialistes de la majorité ont refusé de faire appel de la condamnation de la société de transports.
Voile à la Stib

Bruxelles «bricole» sa propre neutralité

Les écologistes et les socialistes de la majorité ont refusé de faire appel de la condamnation de la société de transports.
Photo: dpa
International 3 min. 25.06.2021
Voile à la Stib

Bruxelles «bricole» sa propre neutralité

Alors que le gouvernement bruxellois a décidé de ne pas faire appel du jugement condamnant la Stib, cette affaire traduit la difficulté de maintenir la laïcité exclusive partout en Belgique.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - En Belgique, les gouvernements régionaux ne sont pas autorisés à tomber. C’est la règle. L’affaire du port du voile à la Stib a pourtant bien failli avoir la peau de l’exécutif bruxellois, une coalition de socialistes, d’écologistes, de libéraux et de libéraux-sociaux. Francophones et flamands, cela va de soi. Vu de l’étranger, ce dossier peut paraître anecdotique. Il est en réalité révélateur des tensions que vit aujourd’hui la société belge, entre islam et laïcité, le tout assaisonné d’une bonne dose de communautarisme.


Ping-pong entre les partis belges autour du voile
Schisme humaniste, tensions au PS, cacophonie chez Ecolo : les signes convictionnels affolent le monde politique.

Le 18 juin dernier, le gouvernement bruxellois a décidé in fine de ne pas aller en appel du jugement qui condamne la société de transports publics pour avoir refusé d’engager une femme au motif qu’elle porte le voile. Les écologistes et les socialistes de la majorité ont refusé d’aller en appel. A terme,  leur l’intention tacite est de laisser s’établir des assouplissements en faveur du port des signes convictionnels, dans une entreprise dont le personnel est souvent issu de l’immigration arabo-musulmane. 

Ils se sont heurtés aux libéraux-sociaux du petit parti Défi, lesquels ont menacé de quitter le gouvernement au nom de l’attachement inconditionnel à la laïcité. Finalement, Défi est rentré dans le rang, moyennant un compromis de façade. Et la coalition a survécu.

Définir la notion de «contact»

Concrètement, la laïcité exclusive reste la règle à la Stib, mais un régime d’exception pourrait être accordé demain aux employées qui n’appartiennent pas à la hiérarchie ou ne sont pas en contact avec le public. A la Ligue des droits humains, on discerne déjà le diable dans les détails: «La définition d’une fonction de contact n’est pas si évidente, est-ce un contact visuel? Une interaction? Une femme qui nettoie, par exemple, peut se retrouver en contact indirect avec un usager.» Assurément boiteux, le compromis trouvé annonce déjà d’autres recours en justice, menaçant de relancer régulièrement le débat sur la laïcité dans les entreprises et les administrations publiques.

Autrement dit, rien n’est arrangé. Le port du voile est autorisé dans une telle administration,  ou au contraire interdit dans une autre. A chaque fois qu’un incident éclate, l’objectif de «sécularisation apaisée» que se donnent les modérés recule. Le jeu des partis, voire au sein des partis, jette de l’huile sur le feu. Les écologistes et les socialistes bruxellois ont ainsi tenu tête à leurs présidents «nationaux» respectifs qui tentaient de calmer les esprits. Les Verts et les Rouges de la capitale ont leur propre agenda et une base électorale fatalement liée à la sociologie des lieux: un habitant sur quatre de Bruxelles est de confession musulmane (contre 7% en moyenne à l’échelon de tout le pays).


Burqas are displayed at the headscarf exhibition in the Amsterdam Historical Museum February 28, 2006. In December 2005, parliament voted to forbid women from wearing a burqa or any Muslim face coverings in public, justifying the move in part as a security measure. The cabinet is awaiting the results of a study into the legality of such a ban under European human rights laws, before making its final decision. The results are expected in the second half of March 2006. Photograph taken February 28, 2006. To match feature Religion-Dutch-Burqa  REUTERS/Paul Vreeker
Laïcité et religions accaparent la scène politique belge
Des tensions tous azimuts remettent en question le vivre-ensemble à Bruxelles et dans la partie francophone du pays.

Et maintenant? Le gouvernement bruxellois a renvoyé la patate chaude au parlement… bruxellois qui doit ouvrir «un débat sur la question de la neutralité dans les services publics, avec une large dimension participative et citoyenne». De l’exécutif, le bras de fer entre les partis promet de se déplacer vers le législatif. Le but est d’aboutir à une ligne de conduite qui vaudrait pour toutes les instances régionales et pararégionales. Il y a 30 ans que ce dossier est sur la table…

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