Changer d'édition

Victorieuse, l'extrême droite promet d'«unir le peuple»
International 4 min. 26.09.2022
Politique en Italie

Victorieuse, l'extrême droite promet d'«unir le peuple»

La Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image.
Politique en Italie

Victorieuse, l'extrême droite promet d'«unir le peuple»

La Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image.
Photo: AFP
International 4 min. 26.09.2022
Politique en Italie

Victorieuse, l'extrême droite promet d'«unir le peuple»

Après la Suède, l'extrême droite fait une nouvelle percée en Europe, en Italie, où pour la première fois depuis 1945 un parti post-fasciste se retrouve aux portes du pouvoir.

(AFP) - «Nous gouvernerons pour tous les Italiens»: la patronne de l'extrême droite italienne Giorgia Meloni, qui veut devenir Première ministre après sa victoire aux législatives de dimanche, a tenté de rassurer face aux inquiétudes exprimées dans son pays et à l'étranger.


TOPSHOT - This handout photo taken and released on July 21, 2022, by the press office of the presidential Quirinale Palace shows Italian President Sergio Mattarella (R) signing the decrete to dissolve the Parliament in front of Italy resigning Prime Minister Mario Draghi (L). - Draghi resigned on July 21, after the country's fractious parties torpedoed his national unity government, kicking off a snap election campaign which could bring the far-right to power. (Photo by Handout / Quirinale Press Office / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / QUIRINALE PALACE PRESS OFFICE" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
Adieu Draghi, l'Italie convoquée aux urnes dès cet automne
À peine la page Draghi a-t-elle été tournée que l'Italie se retrouve en campagne électorale avec la décision jeudi du président Sergio Mattarella de dissoudre le parlement, provoquant des élections anticipées qui devraient se tenir fin septembre ou début octobre.

En restant dans l'opposition à tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les législatives de 2018, Fratelli d'Italia (FdI) s'est imposé comme la principale alternative, passant de 4,3% à un quart des voix, selon les premières projections, devenant ainsi le premier parti de la péninsule.

«Les Italiens ont envoyé un message clair en faveur d'un gouvernement de droite dirigé par Fratelli d'Italia», a réagi Mme Meloni, affirmant ainsi son ambition de devenir Première ministre.

43% pour la coalition

«Nous gouvernerons pour tous» les Italiens, a-t-elle promis. «Nous le ferons dans l'objectif d'unir le peuple», a-t-elle ajouté dans un discours de rassemblement et d'apaisement en reconnaissant que la campagne électorale avait été «violente et agressive».

La coalition qu'elle forme avec l'autre parti eurosceptique d'extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, récolterait environ 43% des suffrages, ce qui lui assure la majorité absolue des sièges aussi bien à la Chambre des députés qu'au Sénat.

La formation fondée fin 2012 par Giorgia Meloni avec des dissidents du berlusconisme devance le Parti démocrate (PD, gauche) d'Enrico Letta, qui n'a pas réussi à susciter un vote utile pour faire barrage à l'extrême droite et passe sous la barre des 20%, dans un contexte de faible participation (64,07%, contre 73,86% en 2018).

La vice-présidente du PD Debora Seracchiani a reconnu la «victoire de la droite emmenée par Giorgia Meloni», ce qui marque «une soirée triste pour le pays».

Les félicitations d'Orban

Ce séisme intervient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d'un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède (SD), parti issu de la mouvance néonazie qui a réalisé une forte percée, devenant la première formation de droite du pays nordique.


(From L) Lega leader Matteo Salvini, Forza Italia leader Silvio Berlusconi and Brothers of Italy leader Giorgia Meloni unite on stage on September 22, 2022 at the end of a joint rally of Italy's right-wing parties Brothers of Italy (Fratelli d'Italia, FdI), the League (Lega) and Forza Italia at Piazza del Popolo in Rome, ahead of the September 25 general election. (Photo by Andreas SOLARO / AFP)
Mais qui sont ces candidats au pouvoir?
Trois anciens chefs de gouvernement et deux leaders d'extrême droite. Coup de projecteur sur ceux qui briguent le poste de chef du gouvernement.

Dans ce qui a été (mal) perçu à Rome comme un avertissement sans frais, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait rappelé jeudi que l'UE disposait «d'instruments» pour sanctionner les États membres portant atteinte à l'État de droit et à ses valeurs communes.

«Les Italiens ont offert une leçon d'humilité à l'Union européenne qui, par la voix de Mme von der Leyen, prétendait leur dicter leur vote», a cinglé sur Twitter le président du Rassemblement national français Jordan Bardella.

Bêtes noires de Bruxelles, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont, eux aussi, adressé dès dimanche soir leurs «félicitations» à Mme Meloni.

M. Orban, par la voix de son directeur politique, le député Balazs Orban, a ajouté ce message: «Nous avons plus que jamais besoin d'amis partageant une vision et une approche communes de l'Europe». Meloni «a montré la voie vers une Europe orgueilleuse et libre de nations souveraines», s'est réjoui de son côté le leader du parti espagnol d'extrême droite VOX, Santiago Abascal.

«Grande inconnue»

Fratelli d'Italia doit son succès autant au vent de «dégagisme» qui souffle sur la péninsule qu'au charisme de sa dirigeante.

Cette Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image et rassembler sur son nom les peurs et les colères de millions d'Italiens face à la flambée des prix, au chômage, aux menaces de récession ou à l'incurie des services publics.


A man holds a flag with the logo of Italian far-right party Fratelli d'Italia (Brothers of Italy) and the inscription Giorgia Meloni as he waits for the arrive of leader of Fratelli d'Italia Giorgia Meloni in Bagnoli, quarter of Naples, Southern Italy, on September 23, 2022 on the occasion of the closing of the campaign ahead of the upcoming general political elections on September 25. (Photo by Eliano Imperato / Controluce via AFP)
L'extrême droite au pouvoir?
Ce samedi, l'extrême droite est habitée d'un fol espoir à la veille des législatives: faire de Giorgia Meloni la première dirigeante d'un parti post-fasciste à conduire le gouvernement d'un pays fondateur de l'Europe communautaire.

Le prochain gouvernement devra notamment gérer la crise causée par l'inflation galopante, l'Italie croulant déjà sous une dette représentant 150% du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

Dans ce pays à l'instabilité gouvernementale chronique, les experts s'accordent déjà sur la courte espérance de vie de la coalition victorieuse, un mariage de raison entre trois alliés aux ambitions concurrentes.

Pour Mme Meloni, «le défi sera de transformer son succès électoral en leadership de gouvernement qui puisse s'inscrire dans la durée, c'est cela la grande inconnue», a estimé dimanche soir Lorenzo De Sio, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.

Mme Meloni, sans expérience gouvernementale à part un passage éphémère au ministère de la jeunesse (2008-2011), aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, bien plus expérimentés: Silvio Berlusconi a été plusieurs fois chef de gouvernement et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et vice-Premier ministre.

Dans le dossier ukrainien, l'Europe et les alliés de l'Italie, membre de l'Otan, scruteront également la répartition des portefeuilles entre les trois partis. Car si Giorgia Meloni est atlantiste et soutient les sanctions frappant Moscou, M. Salvini s'y oppose.


Sur le même sujet

Elections législatives en Italie
Trois anciens chefs de gouvernement et deux leaders d'extrême droite. Coup de projecteur sur ceux qui briguent le poste de chef du gouvernement.
(From L) Lega leader Matteo Salvini, Forza Italia leader Silvio Berlusconi and Brothers of Italy leader Giorgia Meloni unite on stage on September 22, 2022 at the end of a joint rally of Italy's right-wing parties Brothers of Italy (Fratelli d'Italia, FdI), the League (Lega) and Forza Italia at Piazza del Popolo in Rome, ahead of the September 25 general election. (Photo by Andreas SOLARO / AFP)
Ce samedi, l'extrême droite est habitée d'un fol espoir à la veille des législatives: faire de Giorgia Meloni la première dirigeante d'un parti post-fasciste à conduire le gouvernement d'un pays fondateur de l'Europe communautaire.
A man holds a flag with the logo of Italian far-right party Fratelli d'Italia (Brothers of Italy) and the inscription Giorgia Meloni as he waits for the arrive of leader of Fratelli d'Italia Giorgia Meloni in Bagnoli, quarter of Naples, Southern Italy, on September 23, 2022 on the occasion of the closing of the campaign ahead of the upcoming general political elections on September 25. (Photo by Eliano Imperato / Controluce via AFP)
À peine la page Draghi a-t-elle été tournée que l'Italie se retrouve en campagne électorale avec la décision jeudi du président Sergio Mattarella de dissoudre le parlement, provoquant des élections anticipées qui devraient se tenir fin septembre ou début octobre.
TOPSHOT - This handout photo taken and released on July 21, 2022, by the press office of the presidential Quirinale Palace shows Italian President Sergio Mattarella (R) signing the decrete to dissolve the Parliament in front of Italy resigning Prime Minister Mario Draghi (L). - Draghi resigned on July 21, after the country's fractious parties torpedoed his national unity government, kicking off a snap election campaign which could bring the far-right to power. (Photo by Handout / Quirinale Press Office / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / QUIRINALE PALACE PRESS OFFICE" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS