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Vers une taxation intelligente sur les routes bruxelloises
International 3 min. 21.10.2020

Vers une taxation intelligente sur les routes bruxelloises

 La ville de Bruxelles nourrit l’espoir que le bénéfice environnemental retiré de la nouvelle taxation lui rendra sa part d’oxygène.

Vers une taxation intelligente sur les routes bruxelloises

La ville de Bruxelles nourrit l’espoir que le bénéfice environnemental retiré de la nouvelle taxation lui rendra sa part d’oxygène.
Photo: AFP
International 3 min. 21.10.2020

Vers une taxation intelligente sur les routes bruxelloises

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La capitale de l'Europe songe à taxer autrement les quatre-roues. Reste à convaincre la Wallonie et la Flandre du bien-fondé de son projet.

 De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) -  Il faudra peut-être bientôt payer une taxe spéciale pour rouler à Bruxelles, à la manière de ce qui se pratique dans d’autres grandes villes européennes. La ministre régionale de la Mobilité, l’écologiste Elke Van den Brandt, entend supprimer l’imposition forfaitaire actuelle pour la remplacer par un tarif «intelligent» basé sur l'utilisation réelle. Celui-ci aurait pour principaux critères la puissance du véhicule, ainsi que l’heure où le réseau routier bruxellois est utilisé.

Pour faire simple, mieux vaudra rouler dans une petite cylindrée aux heures creuses que dans une voiture de sport survitaminée aux heures de pointe. Le journal L’Echo a ainsi calculé que «Martine» qui effectue 20 km par jour dans la capitale au volant de sa BMW 316 devra débourser 1.320 euros l’an, alors que «René» qui chemine 10 km chaque nuit dans sa voiture familiale s’en tirera avec moins de 200 euros.

Le message a le mérite d’être clair: la capitale ne veut plus de ces «grosses bagnoles» qui contribuent à en faire l’une des villes les plus polluées et les plus encombrées d’Europe. Elle nourrit l’espoir que le bénéfice environnemental retiré de la nouvelle taxation lui rendra sa part d’oxygène. Plusieurs mesures allant dans le même sens sont déjà d'application, à commencer par l’interdiction faite aux vieux diesels d’entrer en ville.


A man rides his bike past a woman wearing a face mask on April 15, 2020 in Brussels, as a strict lockdown has been in place for the past five weeks to stop the spread of COVID-19, the disease caused by the novel coronavirus. (Photo by JOHN THYS / AFP)
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Rien n’est encore fait, précisons-le. La mesure doit encore trouver une majorité au sein du gouvernement régional du socialiste Rudy Vervoort, ce qui n’est pas gagné. Mais on sait néanmoins qu’elle sera basée sur le réseau de caméras à reconnaissance de plaques (ANPR) qui veille déjà au contrôle de la zone de basses émissions. Le tout n’empiétera aucunement, assure-t-on, sur la vie privée. Pour les utilisateurs occasionnels (dont les étrangers), un forfait quotidien sera prévu. Il sera plus cher que la formule proposée aux usagers réguliers.

Cette taxation nouvelle manière devrait permettre de désengorger la capitale à hauteur de 10%. Le temps perdu dans les bouchons diminuerait de 17%. A contrario, le recours aux transports publics et à la mobilité douce (marche, vélo) irait croissant. Un demi-milliard d’euros serait en outre encaissé par la Région, desquels il faudrait retirer les frais de fonctionnement et les 200 millions constitués par les taxes aujourd’hui d’application, mais appelées à disparaître.

Une mesure guère populaire

Voilà pour les principales données techniques et financières. Reste le politique. «Chaque chose en son temps», avait lancé en 2019 le ministre-président bruxellois, le socialiste Rudi Vervoort. Le ministre régional des Finances, le libéral Sven Gatz, avait brandi pour sa part la nécessité d’une concertation préalable avec la Flandre et la Wallonie.

Depuis, les gouvernements flamand et wallon ont été formés. Et le moins que l’on puisse écrire est que la nouvelle taxation bruxelloise n’y est guère populaire. Si la région de Bruxelles-Capitale part seule bille en tête dans ce dossier, elle obligera en effet les navetteurs flamands et wallons à payer deux fois: une fois les taxes conventionnelles qui seront toujours d'application hors Bruxelles, une fois la taxe «intelligente bruxelloise».


Workers scale on one of the spheres of Brussels' Atomium during a site cleaning September 28, 2012. The 102-metre (335 feet) tall structure and its nine spheres symbolise a crystal molecule of metal with its atoms being magnified about 165 billion times. The cleaning of the Atomium, which was designed for the 1958 International Exhibition of Brussels and which received a multimillion-dollar facelift in 2006, will run for a full month. A team of five specialised workers take about three days to clean a ball, each of which has a surface area of 1000 square metres (10,764 square feet). REUTERS/Yves Herman (BELGIUM - Tags: SOCIETY)
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Poursuivre dans cette voie augure donc d’une guerre communautaire d’un genre nouveau. Mais pour Bruxelles, l'enjeu n’est pas qu’environnemental. La capitale se doit d’offrir à sa classe moyenne un minimum de bien-être si elle ne veut pas la voir prendre le chemin des campagnes wallonnes et flamandes. Au bout du compte, c’est sa diversité sociale et son équilibre financier qui sont en jeu.

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