Changer d'édition

Veillée d’armes communautariste en Belgique
International 3 min. 22.01.2020 Cet article est archivé

Veillée d’armes communautariste en Belgique

Emir Kir le confie: «Mon procès a été fait dans l’opinion publique sans moi.»

Veillée d’armes communautariste en Belgique

Emir Kir le confie: «Mon procès a été fait dans l’opinion publique sans moi.»
International 3 min. 22.01.2020 Cet article est archivé

Veillée d’armes communautariste en Belgique

L’affaire Emir Kir met le Parti socialiste en porte-à-faux avec une partie de son électorat. Elle renvoie aussi d’autres formations politiques belges face aux dérives du vote communautariste.

De  notre correspondant, Max HELLEFF (Bruxelles) - L’éviction d’Emir Kir laissera des traces profondes au sein du Parti socialiste et servira d’avertissement à tous ceux qui seraient tentés par un rapprochement avec l’extrême droite. «Chaque membre du parti sait qu'à partir de maintenant, aucune forme d'exception ne sera tolérée en ce qui concerne le cordon sanitaire. Aucune…», a averti sur RTL et dans Le Soir le président de la fédération bruxelloise du Parti socialiste, Ahmed Laaouej.

En décembre, le bourgmestre PS de Saint-Josse (Bruxelles) Emir Kir avait rencontré deux maires turcs appartenant au MHP, un parti d’extrême droite proche de l’organisation paramilitaire ultranationaliste «Les Loups Gris». Mal lui en prit: la commission de vigilance du Parti socialiste bruxellois a exclu l’élu d’origine turque ce week-end. Et tant pis si le PS a perdu ainsi un siège à la Chambre des représentants, puisque Emir Kir était aussi député fédéral. Emir Kir ne fera pas appel de la décision qui lui ferme les portes du Parti socialiste. Mais il estime avoir été «traité de façon inhumaine». «Mon procès, confie-t-il à La Dernière Heure, a été fait dans l’opinion publique sans moi.»


Des épines pour la rose belge
Socialistes flamands et francophones peuvent avoir des attitudes très différentes face aux nationalismes. Et tant pis pour les pots cassés.

Les responsables socialistes bruxellois l’assurent toutefois: c’est la rupture du «cordon sanitaire» qui est ici sanctionnée. Il ne s’agirait surtout pas de faire le procès d'un élu d'origine turque. «Ce n'est pas une question d'origine mais de respect des valeurs», souligne Ahmed  Laaouej. «Le PS présente un programme qui se fonde sur la lutte contre le racisme, la xénophobie et toute forme de discrimination, et l'égalité. Nous avons une popularité vis-à-vis des personnes issues de l'immigration en raison de ces valeurs.»

Reste que la crainte existe bien au PS d’assister à une hémorragie d’élus d’origine turque, mécontents du sort réservé à Emir Kir. Leur départ signifierait une perte importante de voix dans la capitale pour les «rouges». Les rebelles pourraient aussi – qui sait? – former un parti politique reposant sur la défense de leurs origines. Un appel au repli sur soi. «Ce que je crains le plus dans cette affaire, c’est que la communauté turque se victimise, confiait récemment un ténor socialiste au quotidien Le Soir. Pour eux, la réussite d’un des leurs est un événement majeur, et ils risquent d’avoir l’impression que dès que quelqu’un réussit, il est exclu. C’est faux, mais je crains que ce sentiment soit tenace.»

Emir Kir (à g.) et Ahmed Laaouej
Emir Kir (à g.) et Ahmed Laaouej

Le vote communautariste fait régulièrement polémique. Ces dernières années, il a été beaucoup question du parti Islam ainsi que du parti d’Abou Jahjah, Be.One. Ces formations politiques appellent à voter pour des élus membres de la même communauté, via la religion, l’origine ethnique, les traditions (port du foulard, abattage rituel, …). Jusqu’à présent, en dépit de menus succès ici et là, elles sont loin d’avoir touché le grand nombre.

Les partis traditionnels gardent donc la main. En 2015, l’UNamur avait dressé un tableau statistique révélateur. On y apprenait que le PS et le CdH (Centre démocrate humaniste) étaient les partis comptant le plus de députés issus de l’immigration, loin devant Ecolo, les libéraux-sociaux de Défi et les libéraux du Mouvement réformateur. Le «marché électoral» que visent ces partis est surtout présent à Bruxelles et à Anvers, villes qui accueillent traditionnellement les fils et filles des immigrations successives.


Sur le même sujet

Des épines pour la rose belge
Socialistes flamands et francophones peuvent avoir des attitudes très différentes face aux nationalismes. Et tant pis pour les pots cassés.
La mission des informateurs belges prolongée
Après un mois de discussions avec les partis politiques, les deux informateurs royaux n'ont pu aboutir à une solution. Le roi Philippe leur demande de poursuivre le travail jusqu'au 28 janvier.
Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens sont toujours à la recherche de la bonne formule.