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Vague verte et marée virale
International 4 min. 16.03.2020 Cet article est archivé

Vague verte et marée virale

La France à l'heure du dépouillement: moins d'un électeur sur deux s'est déplacé.

Vague verte et marée virale

La France à l'heure du dépouillement: moins d'un électeur sur deux s'est déplacé.
Photo: AFP
International 4 min. 16.03.2020 Cet article est archivé

Vague verte et marée virale

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Moins d’un Français sur deux a bravé le virus ce dimanche pour se rendre aux élections municipales. Les écologistes en sont les gagnants, mais la validité du scrutin est contestée.


La France a vécu son premier scrutin par temps de pandémie, les Français ayant été invités aux élections municipales alors qu’ils apprenaient les nouveaux chiffres – près de 5500 contaminations, 130 morts – d’un covid-19 qui poursuit son inexorable avancée. Les électeurs se rendraient-ils aux urnes

Les sceptiques annonçaient une abstention catastrophique, elle n’est que préoccupante : plus de 50 % (36,5 % lors du précédent scrutin en 2014), ce qui signifie que moins d’un Français sur deux a voté. Les premiers enseignements après dépouillement confirment les prévisions énoncées par les sondeurs et les analystes : les écologistes confortent la percée réussie aux élections européennes, tandis que la République en marche n’a pas avancé. A Paris, Rachida Dati n’a pas réussi son pari au nom des Républicains : la socialiste Anne Hidalgo semble en passe d’endosser un nouveau mandat, avec l’appui probable des écologistes au second tour, s’il a lieu.

Le parti de Macron ne décolle pas

Privé d’ancrage local, le mouvement du président savait d’emblée que ses résultats seraient modestes, le vote des Français confirme le bien-fondé de leur humilité. Ainsi à Lyon, le candidat LREM poussé par Gérard Collomb n'arrive qu'en troisième position, derrière le candidat écologiste Grégory Doucet arrivé largement en tête. Même chose à Besançon, où le maire sortant LREM, Jean-Louis Fousseret, ne se représentait pas : les divisions de la majorité, conjuguées à la dynamique des écologistes, arrivés largement en tête avec Anne Vignot, ont conduit à un échec du mouvement macroniste, à l’oeuvre aussi à Strasbourg, où ce sont également les écolos du mouvement EELV qui l’emportent.

L’avancée annoncée des écologistes est donc nettement confirmée, dans les grandes villes notamment. Outre Lyon et Besançon, on l’observe à Bordeaux où l’écolo Pierre Hurmic passe devant le maire sortant des Républicains (LR) Nicolas Florian, ou à Marseille où les écologistes devancent le candidat du Rassemblement national (RN). 

A Paris la socialiste Anne Hidalgo semble inamovible.
A Paris la socialiste Anne Hidalgo semble inamovible.
Photo: AFP

Le parti de Marine Le Pen peut s’estimer satisfait dans la mesure où il conserve les villes où l’ancien Front National était déjà implanté. A Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, Steeve Briois a été réélu dès le premier tour. Tout comme David Rachline à Fréjus, Julien Sanchez à Beaucaire, Fabien Engelmann à Hayange. Par contre le parti n’a pas réussi à étendre son périmètre d’implantation, à l’exception de Perpignan où Louis Aliot,  ex-compagnon de Le Pen, arrive en tête du premier tour. Mais celui-ci sera-t-il validé, ou faudra-t-il tout recommencer ?

La loi du virus

Lors de son allocution aux Français, jeudi dernier, Emmanuel Macron avait misé sur une pédagogie de l’intimidation: confronté à un virus dont l’avancée s’avérait fulgurante, il avait entendu la communauté scientifique, et celle-ci fit valoir au président que la menace était telle qu’il fallait tenir aux Français un langage de vérité, dont ceux-ci au demeurant lui surent gré. Macron par contre n’a pas écouté, parmi ses conseillers à l’Elysée, ceux qui préconisaient un report des élections municipales, selon un argumentaire qui, quoi qu’en disent les mauvaises langues, relevait de la donne épidémiologique plus que de la tactique politique.

A voté: le président Macron revient des urnes.
A voté: le président Macron revient des urnes.
Photo: AFP

Cette obstination à maintenir le scrutin aux dates prévues pouvait dès lors sembler louable, elle le fut jeudi soir, mais dès samedi le Premier ministre dut annoncer des mesures à la limite de l’état d’urgence, sous la poussée d’un virus qui désormais nous impose, à nous tous, son calendrier et sa loi. Or les dispositions énoncées par Edouard Philippe provoquèrent un nouveau déplacement de curseur sur l’échelle de gravité, sur une position telle que le maintien de la consultation électorale devenait aberrante. 

La France compte plus de 35.000 communes, dont 31.000 municipalités rurales de moins de 3000 habitants où les retraités, la catégorie de personnes la plus vulnérable donc, constituent l’essentiel à la fois des électeurs et des assesseurs appelés à les accueillir dans les bureaux de vote. Ces bureaux toutefois furent ouverts, et l’on sait ce matin la part des Français qui ont préféré ne pas s’y rendre.

La concurrence des civismes

De fait, deux formes de civisme étaient en concurrence hier en France. Fallait-il remplir son devoir électoral ou fallait-il considérer que la lutte contre la pandémie était tout aussi utile à la démocratie ?

En regard d’une abstention supérieure à 50 % un report du second tour dimanche prochain est désormais envisagé. Mais une telle décision obligera à recommencer tout le processus. Le code électoral en effet dispose qu’«en cas de deuxième tour de scrutin, il y est procédé le dimanche suivant le premier tour», un report du second tour rendrait donc le premier caduc et obligerait les électeurs à revoter pour les deux tours, consécutivement.


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