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«Une logique de guerre lamentable»
International 4 min. 06.01.2020 Cet article est archivé

«Une logique de guerre lamentable»

La tension entre Washington et Téhéran est à son comble. Jean Asselborn plaide pour «instaurer, d’urgence, un contact direct» entre les deux pays.

«Une logique de guerre lamentable»

La tension entre Washington et Téhéran est à son comble. Jean Asselborn plaide pour «instaurer, d’urgence, un contact direct» entre les deux pays.
Photo: dpa
International 4 min. 06.01.2020 Cet article est archivé

«Une logique de guerre lamentable»

Gaston CARRE
Gaston CARRE
L'assassinat de Qassem Souleimani lors d'une opération commanditée par Donald Trump soulève une inquiétude croissante, dans l'expectative de représailles qui désormais semblent inéluctables. Pour Jean Asselborn (LSAP), ministre des Affaires étrangères, la consternation s'ajoute à l'angoisse.

La «neutralisation» de Qassem Souleimani par un drone américain a suscité en Iran une colère dont les manifestations de rue à Téhéran donnent à voir l'expression la plus directe. En quoi la colère iranienne pourrait-elle culminer?

Jean Asselborn: «La situation est préoccupante, très préoccupante. L'Irak est devenu le théâtre ouvert d'un conflit irano-américain et l'assassinat de Qassem Souleimani a porté en Iran même un affrontement qui inquiète le Moyen-Orient, l'Europe et le monde. Vous avez vu, hier aux funérailles du général iranien, sa fille s’avançant vers le président Rohani pour lui demander comment son père serait «vengé»: cette scène est symptomatique d'une situation où le régime iranien ne peut pas ne pas réagir au coup de main ordonné par le président américain.

Peut-on envisager un affrontement «conventionnel»? 

Non, parce que l'Iran ne pourrait prendre un risque aussi considérable, et parce que les Etats-Unis eux-mêmes ne tiennent pas à s'engager dans une guerre au sens fort de ce terme. Des actions de représailles toutefois sont plus que probables, dont je ne peux ni ne veux prédire les formes, je ne peux que renvoyer aux hypothèses que les analystes depuis vendredi ne cessent d'émettre, qui vont de l'attentat contre des cibles américaines en Irak à la prise d'otages au Liban en passant par de nouvelles interceptions de pétroliers dans le détroit d'Ormuz.


TOPSHOT - A mock US flag is laid on the ground for cars to drive on in the Iraqi capital Baghdad on January 3, 2020, following news of the killing of Iranian Revolutionary Guards top commander Qasem Soleimani in a US strike on his convoy at Baghdad international airport. (Photo by AHMAD AL-RUBAYE / AFP)
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Y a-t-il des intervenants luxembourgeois actuellement en Irak?

Non. L'Allemagne par contre y a mobilisé des formateurs au service de l'armée irakienne, dont Berlin d'ailleurs vient d’annoncer le maintien sur place. Pour le moment.

Qui était prévenu de l'opération américaine? Qui ne l’était pas? 

Personne n'a été informé, pas même les Britanniques. Le Congrès américain lui-même a été informé a posteriori. Il semble par contre que l'opération contre Souleimani ait fait l'objet d’une «coordination» entre les Etats-Unis d'une part, Israël et la Russie d'autre part. Le démantèlement du multilatéralisme a connu là sa manifestation la plus éclatante.

Peut-on dire que le dialogue que l'Europe s'est obstinée à mener avec Téhéran aura servi, tout au plus, à différer un affrontement inévitable? Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, affirme que l'Europe ne s'est pas montrée «helpful» face à la menace iranienne…

Non, je ne peux laisser dire que l'Europe n'aura fait que reculer l'inéluctable. Quant à la déclaration de Mike Pompeo, je rappelle une fois encore que nous avons, pendant plus de treize ans, fait tout ce qui était en notre pouvoir pour éviter que l'Iran ne se dote de l'arme nucléaire, et que l'Europe n'a pas hésité à exercer une pression maximale en ce sens. Beaucoup de malentendus adviennent du fait que le dialogue que nous avons mené en la matière a été interprété comme une approbation sans réserve de la politique extérieure de Téhéran. Cette approbation n'a jamais eu lieu, bien au contraire, et jamais l'Europe n'a cessé d'exprimer son inquiétude face aux menées iraniennes au Liban, au Yémen, en Syrie et ailleurs, sur les terrains d'affrontement où s'exerce une féroce lutte d'influence entre l'Iran et l’Arabie saoudite.

La menace nucléaire est-elle rétablie dans toute son acuité?

Oui, hélas. L'Iran veut se défendre, et pour se défendre il va enrichir son uranium.


TOPSHOT - Iranians burn a US flag during a demonstration against American "crimes" in Tehran on January 3, 2020 following the killing of Iranian Revolutionary Guards Major General Qasem Soleimani in a US strike on his convoy at Baghdad international airport. - Iran warned of "severe revenge" and said arch-enemy the United States bore responsiblity for the consequences after killing one of its top commanders, Qasem Soleimani, in a strike  outside Baghdad airport. (Photo by ATTA KENARE / AFP)
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Que faire?

Instaurer, d'urgence, un contact direct entre Washington et Téhéran. Mais force est de reconnaître que nous sommes très loin maintenant de l'esprit qui prédominait lors du sommet G7 l’été dernier à Biarritz, quand Emmanuel Macron pouvait croire encore en une rencontre entre le président américain et son homologue iranien Rohani.

Votre sentiment général? 

Une interrogation plutôt: faut-il croire que la violence reste, en l'an 2020, le seul recours face aux grands conflits? On avait tout fait, après l'intervention américaine en Irak, en 2003, pour éviter que ne se reproduisent les calamités auxquelles cette intervention avait mené. Or voilà qu'on se retrouve, une fois de plus, dans une logique de guerre. C'est lamentable et c'est terrifiant.»  


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