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Une justice belge moderne, ferme mais humaine
International 3 min. 12.11.2020

Une justice belge moderne, ferme mais humaine

«Le nombre de condamnations pour viol est beaucoup trop bas, cela doit être une priorité absolue !», estime le ministre Van Quickenborne.

Une justice belge moderne, ferme mais humaine

«Le nombre de condamnations pour viol est beaucoup trop bas, cela doit être une priorité absolue !», estime le ministre Van Quickenborne.
Photo: Licence CC / archives
International 3 min. 12.11.2020

Une justice belge moderne, ferme mais humaine

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le libéral Vincent Van Quickenborne veut redorer l’institution et promet la mise en place d’un permis à points.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - La justice belge est mal logée. On ne compte plus les prétoires d’un autre âge, rongés par l’humidité. Le film documentaire « Ni juge ni soumise » a mis en évidence les piètres conditions de travail de la juge d’instruction Anne Gruwez habituée à bricoler pour remplir sa tâche. Et si certains chantiers sont à l’agenda – comme la construction d’un nouveau palais de justice à Namur – l’impression générale est celle d’une institution poussiéreuse, noyée dans la paperasse et perpétuellement étouffée par l’encombrement du rôle.

Le nouveau ministre en charge du dossier, le libéral flamand Vincent Van Quickenborne, veut faire entrer la justice dans l’ère 2.0. Lors de la présentation de sa note de politique générale à la Chambre, il a détaillé un futur tout entier tourné vers le numérique : centralisation des données et des pièces à conviction, systématisation des PV électroniques, vidéoconférences pour les audiences civiles et pénales moyennant la mise en place d’un cadre légal ad hoc…


27.09.2020, Belgien, Br¸ssel: Demonstranten halten zwischen ihren Autos fl‰mische Flaggen w‰hrend eines Protestes der rechtspopulistischen Regionalpartei Vlaams Belang gegen die Regierung. Foto: Nicolas Maeterlinck/BELGA/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
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Moderne, le ministre Van Quickenborne entend aussi se montrer ferme. La justice sera rapide et humaine, promet-il. Mais pas laxiste pour autant. Une cible prioritaire : les violences sexuelles. «Le nombre de condamnations pour viol est beaucoup trop bas, cela doit être une priorité absolue !», estime le libéral flamand. «Van Quick» veut aussi faire exécuter les «petites peines», trop de condamnés échappant à la prison en raison du manque de place. «Les magistrats infligent des peines plus hautes pour être sûrs qu’elles soient exécutées. Si les petites peines sont exécutées, cela fera cesser le cercle vicieux de l’inflation des peines», escompte le ministre.

La Belgique est régulièrement pointée du doigt pour la surpopulation de ses prisons, près de 11.000 détenus s’entassant dans les cellules. «La prison n’est pas toujours la bonne réponse, l’enfermement n’a pas de sens si des alternatives existent », reconnaît Vincent Van Quickenborne. Et d’évoquer le traitement que réserve la prison de Gand à la toxicomanie, traitement grâce auquel le taux de récidive aurait baissé de 20%. Il dit aussi vouloir investir dans les établissements pénitentiaires pour qu’ils ne deviennent pas des «chambres d’oubli» et «aller chercher le talent de chaque détenu, que l’on voie comment en faire une meilleure personne». Les condamnés âgés de 18 à 25 ans, qui n’ont que peu tâté de la délinquance,  seront confiés à des «maisons de détention». Elles les mettront à l’abri des criminels aguerris tout en maintenant un lien avec la société.


Belgian Flemish right-wing party (N-VA) President Bart De Wever waits for the start of a news conference in Brussels October 30, 2013.     REUTERS/Francois Lenoir (BELGIUM - Tags: POLITICS HEADSHOT)
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Il est encore question d’accélération des procédures, de l’encouragement de la médiation afin de désengorger les tribunaux et de lutte renforcée contre les réseaux de trafiquants de drogue actifs au port d’Anvers.

Côté budget, l’injection de 300 millions d’euros supplémentaires par an est promise pour faire évoluer la justice.

De cette présentation, les médias et l’opinion publique auront toutefois essentiellement retenu l’arrivée prochaine d’un permis à points. Il en est question depuis une trentaine d’années en Belgique. Il reste à voir quelle forme prendra le dispositif qui doit mettre fin à la récidive et à l’impunité des chauffards. Du système français à son pendant hongrois, il existe une gamme de possibilités. Que la mesure soit proposée par un ministre flamand n’a rien d’un hasard : le nord du pays se montre beaucoup plus strict que le sud quant au respect du code de la route. On n’y plaisante pas avec la vitesse.

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