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Une icône de la gauche contre un franc-tireur de la droite
International 5 min. 02.10.2022
Lula contre Bolsonaro

Une icône de la gauche contre un franc-tireur de la droite

Dans les derniers sondages, l'ancien président Lula, du Parti des travailleurs (PT, gauche), a encore augmenté son avance. Il obtiendrait 50 % des voix au premier tour, contre 36 % pour Bolsonaro.
Lula contre Bolsonaro

Une icône de la gauche contre un franc-tireur de la droite

Dans les derniers sondages, l'ancien président Lula, du Parti des travailleurs (PT, gauche), a encore augmenté son avance. Il obtiendrait 50 % des voix au premier tour, contre 36 % pour Bolsonaro.
Photo: AFP
International 5 min. 02.10.2022
Lula contre Bolsonaro

Une icône de la gauche contre un franc-tireur de la droite

Une icône de la gauche contre un franc-tireur de la droite : l'ex-président Lula veut détrôner le président sortant Bolsonaro dimanche.

De notre correspondant Klaus Ehringfeld

On oublie parfois que l'enjeu des élections de ce dimanche au Brésil est surtout la présidence. Les deux candidats les plus prometteurs, Luiz Inácio Lula da Silva et le président sortant Jair Bolsonaro, ne se situent pas seulement aux deux extrémités de l'échiquier politique. Ils présentent en même temps leur opposant respectif comme le pire des maux, qui conduirait inévitablement le Brésil dans l'abîme. 


(FILES) This file combination of pictures created on May 4, 2022, shows ex-Brazilian president and presidential candidate Luiz Inacio Lula da Silva (L) during a meeting with members of the Rede Party in Brasilia, on April 28, 2022, and Brazilian President and re-election candidate Jair Bolsonaro smiling during the Brazilian Army Day celebration at the Army headquarters in Brasilia on April 19, 2022. - Brazil entered the final stretch of the presidential campaign, a high voltage electoral duel between archrivals Jair Bolsonaro and Luiz In�cio Lula da Silva that, according to polls, could be defined already in the first round on October 2 in favor of the former president. (Photo by EVARISTO SA / AFP)
Un scrutin sous tension au Brésil
Les deux favoris de l'élection présidentielle brésilienne, Lula et Jair Bolsonaro, abattent samedi leurs dernières cartes dans la campagne électorale à Sao Paulo, la plus grande ville du pays, à la veille d'un scrutin sous tension.

On a pu le constater une nouvelle fois lors du dernier débat avant les élections, tard jeudi soir. Les deux candidats se sont affrontés en ennemis jurés et se sont couverts mutuellement de reproches et d'insultes. L'élection ressemble à une bataille rangée, au cours de laquelle les partisans des deux camps ont déjà attaqué et tué des électeurs de l'autre camp. Les questions de fond ont été laissées de côté depuis longtemps.

Peur d'une explosion de violence

Bolsonaro, en particulier, n'est pas avare d'insultes, de mensonges, d'agitation et d'appels subliminaux à la violence si Lula devait gagner, ce que les sondages suggèrent. L'ex-président de gauche serait un «alcoolique», un «ex-taulard» et un «communiste». C'est surtout en tant que ce dernier qu'il serait un «revenant du diable» qui doit être combattu. Les experts et une grande partie de la population craignent des violences dès dimanche si Bolsonaro perd. Dans un monde qui s'enflamme déjà en de nombreux endroits, le Brésil s'annonce comme le prochain foyer d'incendie.

L'ex-président Lula, aussi populaire que controversé, veut évincer le président sortant Bolsonaro dans un duel qui s'annonce musclé.
L'ex-président Lula, aussi populaire que controversé, veut évincer le président sortant Bolsonaro dans un duel qui s'annonce musclé.
Photo: AFP

Dans ce contexte, c'est surtout le président sortant qui met en place ses bataillons : dans les églises évangéliques pentecôtistes, les pasteurs bavent dans leurs sermons contre Lula. Il a aussi une armée fanatique de partisans, dont une grande partie est aujourd'hui armée grâce à l'assouplissement de la législation sur les armes de Bolsonaro. En fin de compte, il a toujours flirté avec la loyauté de la police et des forces armées. Ce n'est pas un hasard : comme aucun autre président depuis la démocratisation du Brésil, Bolsonaro a militarisé son gouvernement. «Plus de 6.000 militaires occupent des postes dans les ministères, beaucoup sont des décideurs», explique le politologue Oliver Stuenkel du think tank Fundaçao Getúlio Vargas. Il s'agit notamment de ministres et surtout du vice-président et ex-général Hamilton Mourão.

Plus la victoire électorale de Lula sera claire, moins l'ultra-droite aura de chances de la contester.

Il n'est pas du tout clair si Bolsonaro accepterait une défaite ou tenterait de renverser les résultats comme Donald Trump après sa défaite électorale au moyen d'un assaut sur le Parlement en janvier 2021. Plus la victoire de Lula sera claire, moins l'ultra-droite aura de chances de la contester.

Selon le dernier sondage de l'institut Datafolha, Lula, ex-président et candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche), devance nettement Bolsonaro (36 %), le pourfendeur de la démocratie de la droite radicale, avec 50 % des voix. Lula s'assurerait ainsi la victoire électorale dès le premier tour. Il existe toutefois une part considérable d'«électeurs silencieux» qui votent pour le président sortant mais ne veulent pas le dire. Un second tour le 30 octobre apparaît ainsi comme le scénario le plus probable.

Nostalgie du bon vieux temps

Durant la campagne électorale, Lula a misé sur un contre-projet démocratique face à Bolsonaro. Il a fait appel à l'époque où il a gouverné le Brésil entre 2003 et 2011 et où les gens étaient, selon ses propres termes, «plus paisibles et plus heureux». A l'époque, des millions de personnes avaient réussi à échapper à la pauvreté.


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En effet, rétrospectivement, ce furent des années dorées : les marchés mondiaux demandaient massivement du soja, du maïs, du blé, de la viande, du pétrole et du gaz brésiliens. L'économie était en plein essor, le plus grand pays d'Amérique latine passait du statut de pays émergent à celui de pays d'avenir et était devenu la sixième plus grande économie mondiale après le mandat de Lula. A la fin du premier mandat de Bolsonaro, le Brésil occupe la 13e place. La famine est de retour, 33 des 215 millions de Brésiliens ne mangent plus à leur faim. C'est aussi cette nostalgie des temps anciens qui explique la montée en puissance de Lula.

La famine est de retour, 33 des 215 millions de Brésiliens ne mangent plus à leur faim.

Bolsonaro n'a pourtant rien négligé pour rattraper son challenger : le président sortant a développé le programme d'aide d'urgence «Auxílio Brasil» («Aide pour le Brésil»), a augmenté les allocations de 50% et a prolongé la mesure jusqu'après les élections. Dans ce cadre, les familles dans le besoin reçoivent plus de 115 euros d'aide par mois. Il existe également des bons pour le gaz de cuisine et des aides directes pour les chauffeurs de taxi et de camion. Pour cela, Bolsonaro a dépensé huit milliards de dollars de fonds publics. Cela n'a apparemment pas servi à grand-chose.

Une «alliance anti-Bolsonaro»

Cela peut aussi s'expliquer par le fait que le candidat de gauche a en même temps réussi à forger une large alliance. Une sorte d'«alliance anti-Bolsonaro» regroupe dix partis du spectre progressiste, plusieurs anciens candidats à la présidence et des hommes politiques influents comme l'ex-président de la banque centrale Henrique Meirelles. Mais le plus grand atout de Lula est Geraldo Alckmin, un politicien conservateur qui doit devenir vice-président. Avec Alckmin, Lula tend la main à l'élite conservatrice classique, qui n'a que faire de l'extrême droite vulgaire de Bolsonaro.

Dernièrement, Lula a également réussi à attirer à ses côtés l'ancienne ministre de l'environnement Marina Silva. Elle a fondé avec lui le Parti des travailleurs (PT) et a été ministre pendant cinq ans dans ses gouvernements, avant d'abandonner, frustrée. A l'époque, Lula ne s'intéressait guère à la politique environnementale durable. Son nouveau soutien à Lula rend crédible son virage vers un candidat respectueux du climat. Silva a en outre la cote auprès des jeunes électeurs et électrices. Et finalement, elle est aussi une évangélique qui peut apporter à Lula au moins quelques voix de cet électorat de plus en plus important.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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