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Une extrême droite schizophrénique en Belgique
International 3 min. 29.08.2022
Politique

Une extrême droite schizophrénique en Belgique

Le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken et le député fédéral Dries Van Langenhove.
Politique

Une extrême droite schizophrénique en Belgique

Le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken et le député fédéral Dries Van Langenhove.
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International 3 min. 29.08.2022
Politique

Une extrême droite schizophrénique en Belgique

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Ou comment un député flamand accusé de racisme contrarie les ambitions gouvernementales du Vlaams Belang.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Le Vlaams Belang (VB) n'a jamais été avare en personnalités tonitruantes, portées sur la stigmatisation et la haine de la diversité. Le député fédéral Dries Van Langenhove, 29 ans, s'inscrit dans cette filiation de cogneurs tout entiers dévoués à une Flandre puissante et indépendante, homogène ethniquement.


Theo Francken, Belgian minster for asylum and migration attends a session of the Chamber Commissions for Interior Affairs at the federal parliament in Brussels on September 19, 2018. (Photo by THIERRY ROGE / Belga / AFP) / Belgium OUT
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Récemment, en réaction à la controverse née de l'annulation d'un festival musical noyauté par des néofascistes et des néonazis, Dries Van Langenhove a suggéré sur Twitter de réaliser une «expérience» ethnologique: la création d'une ville uniquement peuplée de Flamands de souche. Le tweet a aussitôt fait polémique et son auteur l'a supprimé. Mais le mal était fait.

Messages racistes sur les réseaux sociaux

Dries Van Langenhove a des problèmes avec la justice. Le 15 juillet dernier, il a été renvoyé en correctionnelle et risque l’inéligibilité – son immunité parlementaire avait été levée en 2021. Il lui est reproché d’avoir diffusé avec son groupe Schild & Vrienden des milliers de messages racistes sur les réseaux sociaux Facebook et Discord. L'expert en informatique qui a été mandaté par le tribunal est parvenu à en récupérer 70.000. Ces messages avaient été effacés dans l'urgence après la diffusion, en 2018, d'une enquête de la chaîne publique flamande VRT dénonçant l'extrémisme de Schild & Vrienden.

Même dans un parti qui plonge ses racines dans le fascisme et la collaboration avec l'occupant allemand, la présence d’un Dries Van Langenhove fait tache. Car, comme bien d’autres formations européennes d'extrême droite, le Vlaams Belang cherche aujourd’hui à se respectabiliser. En 2024, si l'on en croit la plupart des sondages, il pourrait se hisser en Flandre sur la première marche du podium des élections législatives. Sa principale concurrente, la N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever, n'a pas réussi à ce jour à tirer parti de son renvoi dans l’opposition pour se refaire une santé. En Belgique, ce sont les extrêmes qui emportent la mise pour l'instant : le Vlaams Belang au nord et le PTB communiste au sud.


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En raison du cordon sanitaire tendu par les partis démocratiques, le Vlaams Belang n’a pu à ce jour accéder au pouvoir, ni au régional ni au fédéral. Il voudrait en finir avec cet ostracisme. Mais pour cela, il lui faut convaincre d’autres partis de monter avec lui dans une coalition. Or, aucun leader politique sensé n'acceptera de collaborer avec une formation qui aligne dans ses rangs un homme suspect de racisme, en tout cas sans avoir la garantie que le «problème» est géré.

Des propos dignes des années 30

Les analystes politiques flamands estiment que Dries Van Langenhove contribue à donner une image schizophrénique au Belang, et le rend de ce fait difficilement fréquentable. De précédents contacts entre le VB et la N-VA, encouragés par l'ex-secrétaire d’Etat Theo Francken, n’avaient pas abouti.

La justice pourrait tout arranger. L'inéligibilité d’un Dries Van Langenhove priverait sans doute le Vlaams Belang d’un champion électoral, mais elle aurait pour avantage de lisser la carte de visite du parti.


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Cela suffira-t-il à faire du Belang un parti gouvernemental ? La Libre Belgique rappelle que si le président du VB Tom Van Grieken s'affaire d’un côté à le respectabiliser, «de l'autre côté, les éléments les plus extrémistes du parti tiennent des propos dignes des années 30 et ne se font que très mollement recadrer par la direction du Belang. Il a fallu un jour et demi à Tom Van Grieken pour prendre ses distances vis-à-vis des déclarations de Van Langenhove. Et il a simplement estimé qu'elles donnaient "inutilement des munitions aux opposants" du VB.»

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