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Une coalition belge comme un miroir aux alouettes
International 3 min. 09.02.2020

Une coalition belge comme un miroir aux alouettes

La chrétien-démocrate flamand Joachim Coens a été taclé par les socialistes bruxellois.

Une coalition belge comme un miroir aux alouettes

La chrétien-démocrate flamand Joachim Coens a été taclé par les socialistes bruxellois.
Photo :AFP
International 3 min. 09.02.2020

Une coalition belge comme un miroir aux alouettes

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La dernière proposition de coalition fédérale en date a omis d’intégrer Bruxelles et les Bruxellois. La riposte est cinglante, et la perspective de nouvelles élections se rapproche.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Le caricaturiste Kroll s’est amusé à croquer comme autant de chats écrasés les coalitions gouvernementales proposées par les différents partis politiques belges. Il y a le chat Diables Rouges, le chat bourguignon, le chat 77… Et on en passe. On ne compte plus les cadavres jonchant l’impasse des négociations censées mener à la formation du futur gouvernement fédéral.

La dernière proposition en date n’a pas tenu deux jours. Le président du parti chrétien-démocrate flamand Joachim Coens a cherché à promouvoir une coalition dite «miroir» directement inspirée des équipes dirigeantes en place en Flandre et en Wallonie. Soit la N-VA nationaliste, le CD&V chrétien-démocrate et le VLD libéral côté flamand, que rejoindraient le Parti socialiste, le Mouvement réformateur (libéral) et Ecolo côté francophone. «Avec une telle coalition, on éviterait les incessants conflits entre le gouvernement fédéral et le gouvernement flamand ou wallon» a insisté l’ex-informateur royal dans De Morgen.

Autre avantage: les gouvernements flamand et wallon ayant chacun la majorité en leur fief, leur addition donnerait à la coalition fédérale une majorité sans faille. CQFD.

Joachim Coens a toutefois omis un point essentiel: rallier Bruxelles à son projet. La Belgique fédérale se compose en effet de trois Régions: la Flandre, la Wallonie et Bruxelles-Capitale. Ce schéma est toutefois remis en question par la droite nationaliste flamande qui accepte mal l’autonomie de Bruxelles majoritairement peuplée de francophones mais qui, historiquement, est flamande. Bart De Wever, ainsi, verrait bien la capitale cogérée par la Flandre et la Wallonie.

La contre-attaque ironique d'Ecolo

La riposte n’a pas tardé. Les socialistes bruxellois ont littéralement cramé la proposition de Joachim Coens. «Ceux qui pensent donner un avenir à la Belgique en niant la Région bruxelloise se leurrent», a lancé le président du PS bruxellois Ahmed Laaouej. Il  estime «particulièrement inquiétant » de voir qu’« une idée qu’on pensait être l’apanage de la N-VA soit assumée au plus haut niveau par les chrétiens-démocrates flamands».

Les humanistes du Cdh et les libéraux-sociaux de Défi ont suivi le mouvement. Quant à Ecolo, il a choisi de contre-attaquer avec ironie: «Hey Joachim Coens, les bruxellois.e.s existent aussi, hein. La Belgique a besoin d’un gouvernement qui porte un projet cohérent et progressiste, pas juste une addition de partis qui occuperaient des postes par défaut», a raillé Rajae Maouane, la coprésidente bruxelloise des écologistes.


Koen Geens est chargé «de former une coalition soutenue par une majorité parlementaire et de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d'un gouvernement de plein exercice»
Koen Geens prend la main dans les négociations belges
Le roi a déchargé de sa mission le duo d’informateurs Bouchez-Coens au profit de l’actuel ministre de la Justice. Celui-ci va à son tour tenter de rapprocher le PS francophone de la N-VA nationaliste flamande.

La manœuvre de Joachim Coens ne dupe personne. Alors que son camarade de parti, le ministre de la Justice Koen Geens, tente en ce moment de ficeler une alliance improbable entre le PS et la N-VA, Joachim Coens est sorti publiquement avec une proposition inacceptable pour les Bruxellois et, en raison de leur «consanguinité» linguistique, pour les Wallons. 

Ce petit jeu démontrerait qu’une partie du monde politique belge a perdu le sens commun. Le Soir s’emporte ainsi en estimant que «même un déficit budgétaire en route pour l’enfer ne fait plus peur à personne. Au contraire, depuis jeudi et l’alerte rouge du Bureau du Plan, les partis s’envoient avec virulence des pots de fleurs à la tête et le crêpage de chignon n’est pas que communautaire.» Lisez: la Belgique s'endette et tout le monde s'en fiche.

Quant à la perspective d’aller vers de nouvelles élections, elle gagne chaque jour un peu plus de terrain. Les pronostiqueurs parient sur un nouveau scrutin à l’automne.


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