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Une campagne électorale à 14 milliards de dollars
International 4 min. 05.11.2020 Cet article est archivé

Une campagne électorale à 14 milliards de dollars

Pour la diffusion d'un simple spot de 30 secondes durant le Superbowl, les candidats ont déboursé 4,8 millions de dollars.

Une campagne électorale à 14 milliards de dollars

Pour la diffusion d'un simple spot de 30 secondes durant le Superbowl, les candidats ont déboursé 4,8 millions de dollars.
Photo : AFP
International 4 min. 05.11.2020 Cet article est archivé

Une campagne électorale à 14 milliards de dollars

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Jamais les candidats américains à la présidence n'auront autant dépensé en affiches, spots télé et autres gadgets pour vanter leur projet pour les Etats-Unis. Le tout soutenu par des donateurs aussi généreux qu'en colère.

(pj avec AFP) - Environ 14 milliards de dollars, tel est le montant total dépensé par les candidats américains pour les élections présidentielle et législatives 2020. Un record absolu qui montre que les Américains sont prêts à miser de plus en plus gros sur des batailles électorales-clé, poussés par un rejet viscéral du camp adverse. Quatorze milliards, c'est près du double des sommes misées lors des élections 2016, et plus du triple de celles de l'an 2000.

Pourtant, les dépenses ont beau voler de record en record, les candidats qui peuvent se permettre de jouer leur avenir politique à coups de millions sont loin d'être assurés d'être élus. L'année 2020 en aura été une éclatante illustration: les démocrates, qui rêvaient de reprendre le contrôle du Sénat en jetant leurs forces dans quelques batailles sénatoriales-clé en ont été pour leurs frais. Le démocrate Jaime Harrison a ainsi été battu facilement par Lindsey Graham, après avoir dépensé la somme record de 108 millions de dollars, bien plus que son adversaire, grâce à des donations venues des démocrates de tout le pays, selon le Center for Responsive Politics. «A tous les gauchistes de Californie et de New York: vous avez gâché beaucoup d'argent», a ironisé M. Graham après sa réélection.

Défaite cuisante aussi pour Amy McGrath, sur laquelle les démocrates comptaient pour s'emparer du fauteuil de Mitch McConnell: au Sénat depuis 1985, l'élu du Kentucky est la bête noire des démocrates, vilifié récemment encore pour avoir orchestré la nomination express de la juge conservatrice Amy Comey Barrett à la Cour suprême juste avant la présidentielle. Mme McGrath, ex-pilote de chasse, aura brûlé en vain 88 millions de dollars, deuxième bataille la plus coûteuse de l'histoire des sénatoriales américaines.

Les républicains ont aussi perdu quelques paris coûteux, mais leurs pertes sont moins spectaculaires: ils avaient rassemblé plus de 10 millions des quatre coins du pays pour empêcher la réélection à New York d'Alexandria Ocasio-Cortez, jeune star de l'aile gauche du parti démocrate à la Chambre des représentants, et incarnation de la menace «socialiste» que représenteraient les démocrates. Son challenger, John Cummings, avait ainsi contribué à faire de leur duel l'un des plus coûteux jamais engagés pour un siège à la Chambre. Mais la benjamine du Congrès l'a emporté haut la main.

Face à ces paris perdus, les experts en financement aiment rappeler que, même aux Etats-Unis où les dépenses de campagne sont quasiment illimitées, «une élection ne s'achète pas». Si des fonds sont indispensables pour acheter la publicité nécessaire pour se faire connaître des électeurs, un bombardement publicitaire ne permet pas de renverser des tendances lourdes. «Si vous êtes dans un Etat profondément républicain, les chances (d'un candidat démocrate) sont proches de zéro», dit Karl Evers-Hillstrom.

L'ex-maire de New York Michael Bloomberg, un des hommes les plus riches du monde, l'avait appris à ses dépens lors des primaires démocrates pour la présidentielle: malgré 550 millions de dollars d'achats publicitaires, record historique pour une campagne, il n'avait jamais réussi à percer. Alors, pourquoi dépenser tant? Pour Michael Malbin, professeur de sciences politiques à l'université d'Etat de New York (SUNY), la polarisation croissante des années Trump y est pour beaucoup.

La «motivation» est l'un des éléments essentiels pour tout donateur, dit cet expert en financement électoral. Or «colère et rejet» (rejet du «Trumpisme» d'un côté, rejet des «gauchistes» de l'autre) «sont des facteurs de motivation plus puissants» que l'appui à une cause donnée, dit cet expert. Pas surprenant, du coup, que les plus grosses sommes se concentrent sur les quelques candidats qui déchaînent les passions. Pendant que des milliers de donateurs mettent la main à la poche pour nourrir ces batailles ultra-médiatisées, «90% des campagnes électorales du pays sont sous-financées», souligne M. Malbin.

Autre explication à cet emballement des dépenses: la simplification des dons grâce aux outils numériques, sur lesquels les démocrates ont été pionniers avec leur plateforme ActBlue, lancée dès 2004. «C'est devenu incroyablement simple, une espèce d'Amazon de la politique», dit M. Malbin. «Il suffit de cliquer». Dans ces conditions, personne ne s'attend à un recul des dépenses dans un avenir proche. «Si nous continuons à être aussi polarisés, on peut s'attendre à ce que beaucoup d'argent soit dépensé», affirme M. Evers-Hillstrom.


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