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Une bataille peu glorieuse à Waterloo
International 3 min. 23.12.2020 Cet article est archivé

Une bataille peu glorieuse à Waterloo

Des policiers en sont venus aux mains avec une famille de Waterloo qui avait enfreint les règles de la «bulle sociale».

Une bataille peu glorieuse à Waterloo

Des policiers en sont venus aux mains avec une famille de Waterloo qui avait enfreint les règles de la «bulle sociale».
Photo: Licence CC
International 3 min. 23.12.2020 Cet article est archivé

Une bataille peu glorieuse à Waterloo

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Un contrôle de confinement tourne mal, mettant en cause le rôle de la police dans la gestion de la crise sanitaire.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - L’affaire fait grand bruit. Une intervention policière menée dans le cadre d’un contrôle de confinement a tourné au pugilat. Des policiers en sont venus aux mains avec une famille «lambda» de Waterloo qui avait enfreint les règles de la «bulle sociale» en réunissant sous son toit davantage de personnes qu’autorisé. La maîtresse de maison, qui filmait l’intervention, s’est retrouvée plaquée au sol, le nez cassé. Un agent a menacé une adolescente de subir le même sort.

La vidéo de l’intervention réalisée par la famille incriminée a fait un tabac sur les réseaux sociaux, dépassant rapidement les deux millions de vues.  Elle a créé un vaste émoi en raison de la violence des images.


A nurse cares for a COVID-19 positive patient at UMass Memorial Hospital on December 4, 2020 in Worcester, Massachusetts. - UMass Memorial Hospital had to convert one of their cardiac step down units into a COVID-19 ICU due to the surge in patients. The United States recorded more than 210,000 Covid-19 cases in 24 hours on Thursday, according to Johns Hopkins University, in an all-time high for the country since the start of the pandemic. (Photo by allison dinner and Allison Dinner / AFP)
Le climat sanitaire se tend en Belgique
Les autorités menacent de réprimer fermement le non-respect des mesures anticovid alors que les contaminations stagnent.

Depuis, les versions de la police et de la famille s’opposent. La première évoque les coups qui lui auraient été portés pour justifier de la tournure des choses. La seconde rétorque que les policiers ont réagi de manière disproportionnée.

Cette affaire passe pour emblématique de problèmes déjà anciens. Depuis une réforme menée à la charnière des années 2000, la police est en souffrance. Les effectifs se réduisent d’année en année. Le recrutement ne suffit pas à compenser les départs. Avec pour conséquence que la charge de travail pesant sur les hommes de l’active augmente, a fortiori avec la multiplication des contrôles covid. L’intervention musclée de Waterloo serait l’expression d’une fatigue, d’un ras-le-bol qu’un syndicaliste qualifie de « ras-le-képi ».

Mais l’analyse ne s’arrête pas là. Plusieurs médias se demandent s’il n’est pas temps de s’inquiéter des menaces que la gestion drastique de la crise sanitaire fait peser sur l’état de droit. «L’urgence justifie pour l’heure que l’on accepte au nom de la lutte contre la pandémie ce qu’on n’aurait jamais accepté il y a un an», écrit ‘Le Soir’ qui juge «inacceptable» la violence montrée par la vidéo. «Mais puisque l’urgence va ici de pair avec la coercition, ceux qui l’ont instituée devrait au moins s’inquiéter de l’entourer de précautions dignes d’un Etat démocratique».


Brussels' Grand Place is illuminated during a light show as part as the Christmas "Winter Wonders" (Plaisirs d'Hiver, Winter Pret) festivities, including a Christmas market and other events in central Brussels, Belgium, November 25, 2016. REUTERS/Yves Herman
Bruxelles connaît des fins de mois difficiles
Les perspectives de reprise économique sont pour l’instant limitées dans la capitale de l’Europe.

Ce constat renvoie aux décisions successives du gouvernement De Croo de durcir les contrôles policiers parallèlement à l’annonce de nouvelles mesures sanitaires. Visites domiciliaires, verbalisations en cas de non-respect du couvre-feu, surveillance des frontières… : le travail des agents s’alourdit à chaque fois, certains d’entre eux confiant anonymement qu’ils se passeraient bien de ce « boulot de gestapiste ».

Le dérapage policier dont toute la Belgique parle n’a guère engendré de réactions dans la classe politique, fatalement gênée aux entournures puisque pas moins de sept formations appartiennent à la coalition Vivaldi emmenée par le Premier ministre Alexander De Croo.  Bille en tête, le président du Mouvement réformateur (MR, libéral francophone) Georges-Louis Bouchez demande qu’on arrête de «lyncher les policiers».


(FILES) In this file photo taken on January 31, 2020 A man carries a flag of St George, the English national flag, along with a Union Flag as he walks along Westminster Bridge by the Houses of Parliament in London. - The United Kingdom has endured in one form or another for hundreds of years but between Brexit and the coronavirus, the country is creaking and some suggest it may be on the verge of breaking up entirely. (Photo by Glyn KIRK / AFP)
La Belgique fait ses comptes en marge du Brexit
Si la Flandre sera davantage touchée, la Wallonie compte bien faire valoir ses intérêts en termes de compensations.

Dans le même parti, l’ex-ministre Denis Ducarme prend au contraire la défense de la famille de Waterloo. «Avec la pandémie actuelle et les mesures qu’elle a entraînées, l’inviolabilité du domicile – un droit sacré – est partiellement remise en question. Tout cela crée un émoi. Et par rapport à celui-ci, la police, qui est bien sûr dans son droit lorsqu’elle intervient sur des situations de flagrant délit, doit veiller à continuer à agir avec proportionnalité.» Les autres formations de la majorité font profil bas, cette période de fêtes confinées n’étant de toute évidence pas propice à la polémique et aux divisions.

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