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Un suspense relatif autour de Paul Magnette
International 3 min. 18.11.2019

Un suspense relatif autour de Paul Magnette

Un suspense relatif autour de Paul Magnette

Photo: AFP
International 3 min. 18.11.2019

Un suspense relatif autour de Paul Magnette

Le socialiste fait ce lundi rapport au roi sur les chances d’aboutir à une nouvelle coalition fédérale. L’urgence est là: si la Belgique n’est pas en crise, les écueils se multiplient.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - C’est ce lundi que l’informateur Paul Magnette remet son rapport au roi, conformément à la mission qui lui fut donnée le 6 novembre dernier. Celle-ci fait suite à l’échec d’une autre mission royale, confiée au nationaliste flamand Geert Bourgeois et au socialiste francophone Rudy Demotte.


New Socialist party Chairman Paul Magnette (R) shakes hands with former PS chairman Elio Di Rupo on October 20, 2019, in the headquarters in Brussels. (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Paul Magnette, un alpiniste face à la montagne
Le nouveau président du PS belge francophone doit relever d’importants défis, entre formation du gouvernement fédéral et restructuration du parti socialiste.

Paul Magnette détient-il la solution qui permettra à la Belgique de se donner rapidement un gouvernement fédéral? C’est peu probable. Peu de choses ont filtré ces derniers jours, mais on voit mal comment il pourrait arracher le royaume à l’imbroglio politique dans lequel il est empêtré en un laps de temps aussi court.

Toutefois, pour se donner toutes les chances de progresser, le président du Parti socialiste a changé de méthode. Il ne propose plus d’amalgamer des partis prêts à tenter l’aventure gouvernementale, mais il dit partir «des besoins des gens» en identifiant quelques thèmes prioritaires: l’emploi, le climat, la justice, la politique de migration ou encore la lutte contre la pauvreté.

Paul Magnette a sondé neuf partis. Seuls les extrêmes (le PTB au sud, le Vlaams Belang au nord) ont été écartés de ses consultations.
Paul Magnette a sondé neuf partis. Seuls les extrêmes (le PTB au sud, le Vlaams Belang au nord) ont été écartés de ses consultations.
Photo: AFP

Magnette a sondé neuf partis sur ces questions, dont les humanistes du CDH qui se disaient pourtant rivés à l’opposition. Seuls les extrêmes (le PTB au sud, le Vlaams Belang au nord) ont été écartés.

Cette méthode aurait la vertu de dépasser les étiquettes politiques au profit des convergences thématiques. Et d’aller ainsi vers une nouvelle coalition gouvernementale.

«La Première ministre d’un pays en crise»

Mais quand? Bien malin qui peut le dire alors que le premier anniversaire du gouvernement en affaires courantes pointe le bout du nez. C’est en effet le 9 décembre 2018 que la N-VA a claqué la porte de la «suédoise» pour dénoncer le ralliement de la Belgique au pacte de l’ONU sur la Migration.

Sophie Wilmès a récemment déclaré ne pas se sentir «comme la Première ministre d’un pays en crise». Cette affirmation a été jugée légère par une partie de l’opposition qui reproche à la libérale francophone de ne pas cerner les dangers de l’immobilisme. La Belgique a beau être un pays fédéral où les Régions ont acquis au fil des réformes d’importantes compétences, l’État central doit malgré tout continuer à fonctionner. Or, il n’est pas sûr que ce soit toujours le cas.

Les économistes s'inquiètent

En témoigne la sortie dans les médias du patron des armées, le général Marc Compernol, qui craint devoir «mettre fin à certaines fonctions» si les budgets nécessaires ne sont plus octroyés. La situation actuelle, affirme-t-il, rend impossible l’achat de nouveaux matériels et l’engagement d’hommes censés remplacer les militaires qui partent à la retraite, l’armée belge étant vieillissante.

Les économistes aussi s’inquiètent. «On ne peut exclure que le sentiment des investisseurs, le moral des consommateurs et la confiance des entreprises se dégradent brutalement», estime par exemple l’économiste de la banque ING Philippe Ledent. Etienne de Callataÿ, chargé de cours à l’université de Namur, juge que «seul un gouvernement de plein exercice peut prendre des mesures de contrôle des dépenses» en matière de sécurité sociale. Le talon d’Achille de la Belgique…

Des échéances plus ou moins lointaines exigent aussi qu’un exécutif de plein exercice soit mis en place: l’abandon du nucléaire en 2025 (en dépit des protestations des nationalistes flamands mais aussi du fournisseur Electrabel), la nomination des CEO des grandes entreprises publiques, la reformulation des objectifs climatiques, etc. Autant d’urgences qui n’inquiètent que très relativement. Apparemment, en tout cas.  


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