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Un sondage impitoyable pour les politiques belges
International 3 min. 24.02.2020

Un sondage impitoyable pour les politiques belges

Le rejet du politique irait en empirant. La recherche d'une coalition gouvernementale qui va d'échec en échec déçoit assurément.

Un sondage impitoyable pour les politiques belges

Le rejet du politique irait en empirant. La recherche d'une coalition gouvernementale qui va d'échec en échec déçoit assurément.
Photo: AFP
International 3 min. 24.02.2020

Un sondage impitoyable pour les politiques belges

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Près de la moitié des 4.000 personnes interrogées estiment que les hommes et femmes politiques sont corrompus.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - Entre le Belge et ses élites politiques, aurait dit Jacques Brel, «c'est la rupture bête et brutale». Selon une enquête menée conjointement par cinq universités (Anvers, KU Leuven, VUB, UC Louvain et ULB), de nombreux sondés jugent en effet les hommes politiques corrompus, incapables et déconnectés des réalités sociétales.

4.000 Belges ont été sondés au lendemain des élections du 26 mai dernier. Près de la moitié d'entre eux (48,7%) estiment que les hommes politiques sont corrompus. Ils sont 60% à penser que ces élites ignorent ce qui se joue dans la société. Et quelque 44% des sondés considèrent qu'aucun parti ou personnalité ne parvient à veiller correctement sur leurs intérêts, résume le quotidien flamand De Morgen.

En colère, inquiets, amers ou anxieux

Seule note positive: une large majorité (82,9%) continue à croire aux élections tous les deux ou trois ans pour nommer des élus, mais aussi au fait que des coalitions doivent être constituées pour obtenir un gouvernement (64%).

Du reste, la politique belge évoque principalement des sentiments négatifs chez les personnes interrogées. Une majorité des répondants disent se sentir en colère, inquiets, amers ou anxieux. Pour une petite minorité seulement, la politique a une connotation positive.

Le rejet du politique irait en empirant. La recherche d'une coalition gouvernementale qui va d'échec en échec depuis le printemps dernier et les jeux politiques parfois mesquins qu'elle met au jour déçoivent assurément.

Les hommes politiques doivent en être conscients

Pour le politologue Jean-Benoît Pilet (ULB), le fossé qui existe traditionnellement entre la base et les élites croît de manière surprenante: «Nous avons été très surpris par le fait que la nuance se situe entre négatif et très négatif. Nous savons que la politique, tout comme l'économie, ont une dimension psychologique importante. Les intérêts des citoyens peuvent être correctement représentés objectivement, mais ils peuvent tout de même ne pas se sentir bien représentés. Le fait que les citoyens regardent si négativement les acteurs du jeu, les partis politiques et les politiciens, c'est aussi nouveau pour nous.»

Sa confrère de l’université flamande de Bruxelles (VUB) Karen Celis embraie: «Les politiciens doivent donc être bien conscients que tout ce qui s'est passé (depuis les élections du 26 mai) - comme la formation d'un gouvernement qui aboutit à une impasse - sera également vu à travers ce regard négatif (…) Un certain nombre de citoyens voient l’homme politique comme quelqu'un à qui on ne peut pas faire confiance (…) Ce serait une tout autre histoire si le citoyen le considérait avec beaucoup de bonne volonté. Cela lui donnerait du crédit. Mais ce n'est certainement pas le cas pour le moment. Les hommes politiques doivent en être conscients.»


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Ces éléments n'ont rien d’anodin. Ils sont susceptibles d'alimenter davantage le sentiment populiste qui s'est largement exprimé dans les urnes le 26 mai dernier. Le PTB communiste (qui n'a jamais gouverné au cours du demi-siècle écoulé) et le Vlaams Belang (qui fait l'objet d’un cordon sanitaire en raison de ses thèses d'extrême droite) avaient alors remporté la mise.

Ce ras-le-bol citoyen est une donnée qui n'échappe pas aux hommes politiques belges. La N-VA de Bart De Wever a ainsi conscience que, si des élections anticipées devaient être organisées dans les mois à venir, le Vlaams Belang en tirerait profit. L'extrême droite pourrait alors s'imposer comme la première formation politique de Belgique. Du jamais-vu dans le royaume…  


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