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Un examen d'entrée décidément polémique
International 3 min. 15.09.2019

Un examen d'entrée décidément polémique

La physique désavantagerait les filles lors de l'examen d'entrée en médecine dans les universités francophones belges.

Un examen d'entrée décidément polémique

La physique désavantagerait les filles lors de l'examen d'entrée en médecine dans les universités francophones belges.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 15.09.2019

Un examen d'entrée décidément polémique

Les universités francophones belges se défendent de tout «biais de genre» dans l’accès aux facs de médecine.

Par Max Helleff (Bruxelles)

Depuis qu’il est entré en vigueur en 2017, l’examen d’entrée en médecine organisé par les universités francophones belges charrie son lot de polémiques. L’étude que viennent de livrer deux chercheurs de la Solvay Brussels School de l’ULB en lance une nouvelle. 

Selon eux en effet, il y aurait un «possible biais de genre» dans les résultats de l’examen d’entrée en médecine, les garçons réussissant mieux l’épreuve que les filles. En cause: la physique que les deux chercheurs pointent comme étant la matière qui départage le plus souvent les candidats des deux sexes. «Alors que le taux de réussite des hommes est 40 % plus élevé en physique, il n’est que de 11 % plus élevé en moyenne dans les autres matières scientifiques», analyse un des auteurs de l’étude dans les colonnes du Soir

«Cet écart de taux de réussite quatre fois plus grand en physique que dans les autres matières démontre un biais de genre défavorable aux candidates.» Avec, à la clé, davantage d’éliminations pour celles-ci. Résultat: à la sortie de l’examen, les taux de réussite sont «très significativement supérieurs pour les hommes sur toutes les sessions».


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Pour les auteurs de l’étude, «une réflexion doit dès lors être menée sur le poids de la sélection en physique. Comme l’épreuve est très exigeante, on sélectionne donc beaucoup sur une matière - défavorable aux filles - dont on peut se demander si elle est vraiment la plus importante en termes de prérequis pour des études de médecine.»

Les associations féministes montent au créneau

En Belgique francophone, la physique est pourtant enseignée de la même manière aux filles qu’aux garçons. Un «biais de genre» pourrait toutefois se comprendre par le maintien des filles à l’écart des études scientifiques durant leur enseignement secondaire, ce qui reste à démontrer. Les stéréotypes attribuant les qualifications scientifiques aux hommes et les métiers littéraires aux femmes expliqueraient toutefois cela, estiment les associations féministes.

Les organisateurs de l’examen d’entrée en médecine refusent pour leur part l’idée d’une discrimination basée sur le genre. « Il n'y a pas de biais de genre, je suis assez catégorique là-dessus car nous avons vu sur les quatre dernières éditions que les garçons réussissent légèrement mieux que les filles», constate Julien Nicaise, l’administrateur de l’Ares, la fédération des établissements d'enseignement supérieur francophones de Belgique. 

«En outre, celles-ci sont deux fois plus nombreuses que les garçons et nous ne pouvons pas tirer de conclusions de biais de genre alors que les deux échantillons sont si différents.» Une analyse à plus long terme devrait permettre d’y voir plus clair.

Deux fois plus de candidats étrangers

Autre polémique en gestation: à la faveur de la dernière édition qui a eu lieu le 4 septembre, de nouveaux chiffres ont mis en évidence la participation grandissante des non-Belges à l’examen de médecine. 36% des candidats viennent aujourd’hui de l'étranger, alors qu’ils ne représentaient que 16,9% en septembre 2017.

La Belgique francophone est confrontée à une pénurie de médecins qui s’annonce problématique, ne fût-ce qu’en raison du vieillissement de sa population. Or un étranger qui décroche un diplôme de médecine dans l’une de ses universités emporte souvent chez lui l’agrément (numéro Inami) qui lui permet d’exercer. Le nombre de ces agréments étant contingentés, tout nouveau médecin qui ne travaille pas en Belgique est perçu comme une «perte sèche». La faute au numerus clausus qui a fait par le passé l’objet de débats politiques passionnés...



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