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Un double meurtre fait débat en Belgique
International 3 min. 17.08.2021
Législation

Un double meurtre fait débat en Belgique

Selon les associations féministes, 15 femmes auraient été assassinées par des hommes depuis le début de l'année, incluant le double meurtre de Gouvy.
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Un double meurtre fait débat en Belgique

Selon les associations féministes, 15 femmes auraient été assassinées par des hommes depuis le début de l'année, incluant le double meurtre de Gouvy.
Photo: AFP
International 3 min. 17.08.2021
Législation

Un double meurtre fait débat en Belgique

Un fait divers tragique relance le débat sociétal sur l’introduction de la notion de «féminicide» dans le code pénal belge.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Dans la nuit du 14 au 15 août, à Gouvy (province de Luxembourg), Franz Dubois a abattu son épouse Nathalie Maillet et son amie Ann Lawrence Durviaux. L’homme a découvert les deux femmes dans le lit conjugal. Il s’est saisi d’une arme et les a abattues avant de se donner la mort.

Ce fait divers tragique a pris un écho supplémentaire en raison de la notoriété des victimes. La Française Nathalie Maillet était directrice du circuit de Spa-Francorchamps. Ann Lawrence Durviaux était avocate, professeure à l’Université de Liège. Tout au long de la journée de lundi, les hommages se sont multipliés, saluant les qualités humaines et professionnelles des deux femmes.

Ce double meurtre croise le débat qui s’est renforcé ces dernières années sur l’opportunité d’introduire ou non la notion de «féminicide» dans le code pénal. Il considère toujours que l’homme et la femme sont égaux face au meurtre, le terme d’homicide restant de mise. Mais pour les associations militantes, parler de crime passionnel comme le font encore certains médias est trop facile. Selon elles, les «féminicides» seraient au nombre de 15 en Belgique depuis le début de l’année en incluant le double meurtre de Gouvy.

Récemment, la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz a présenté son plan d’action national contre les violences basées sur le genre. Il reprend le terme «féminicide», défini comme «le meurtre ou l'assassinat d’une femme, par un homme, parce qu’elle est une femme». L’objectif déclaré est de caractériser ce crime par rapport aux autres homicides. Plusieurs propositions de loi seront discutées à la rentrée.


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Les presses belge et française n’ont pas attendu ces débats parlementaires pour franchir le pas. Pour le groupe Sudpresse, il s’agit d’un «double féminicide». «Le nom de Nathalie Maillet, ainsi que celui de Ann Lawrence Durviaux, viennent s’ajouter à la triste liste des féminicides commis en 2021. Il y en a déjà eu une quinzaine, une quinzaine de trop», écrit La Meuse. De l'autre côté de la frontière, Paris-Normandie évoque le féminicide de la Française qui dirigeait «le plus beau circuit du monde». Le lien entre la victime et le temple spadois de la F1 a donné de manière plus générale une résonance internationale à l’affaire.

Parallèlement, lettres ouvertes et plaidoyers se multiplient pour que la notion de féminicide passe enfin la rampe législative en Belgique. Dans l'émission «Les Grenades» sur la RTBF, Sandrine Detandt explique qu'il n'y a pas lieu de parler ici de crime passionnel. «On est loin de l’homme trahi qui rentre chez lui à l’improviste retrouvant sa femme dans les bras d’une autre, c'est une manière de romancer l'affaire», souligne la professeure de psychologie et des sexualités à l'Université libre de Bruxelles. 

D'après elle, il s'agit là d'un homme ayant tué deux femmes «parce qu'elles se désiraient», un geste qui se base «sur des rapports de pouvoir». Elle ajoute que le couple Dubois-Maillet était séparé et en instance de divorce.


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Dans les colonnes du Soir, l’avocat pénaliste montois Fabrice Guttadauria estime pour sa part que «confondre violences envers les femmes et crimes passionnels est hors sujet». «Si nous sommes dans la situation où un homme est violent, qu’il bat parfois sa conjointe depuis longtemps, et qu’il finit par la tuer, là par contre je serais d’accord qu’on parle de féminicide». 

Aux yeux de l'avocat, le débat autour du terme de «crime passionnel» n'intervient en effet qu'au moment de définir la peine «et non au moment du jugement». 

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