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Un diplôme de médecine toujours plus inabordable
International 3 min. 12.07.2019

Un diplôme de médecine toujours plus inabordable

Un diplôme de médecine toujours plus inabordable

Photo: Shutterstock
International 3 min. 12.07.2019

Un diplôme de médecine toujours plus inabordable

Les universités francophones belges songent à écrémer davantage les candidats étrangers aux études de médecine.

Par Max Helleff (Bruxelles)

Il sera bientôt plus difficile pour un étranger d’étudier la médecine en Belgique francophone. Plus difficile encore, peut-on écrire, puisque depuis 2017, un examen d’entrée est déjà organisé afin d’éliminer d’emblée les candidats excédentaires par rapport au nombre de numéros Inami distribués en fin de parcours universitaire.

Ceux-ci constituent l’agrément qui permettra au médecin fraîchement diplômé d’exercer sa profession en Belgique, mais aussi en Europe.

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Et c’est là que le bât blesse. Attirés par la qualité et le coût relatif des études dispensées en Fédération Wallonie-Bruxelles, 40% des candidats à l’examen d’entrée en médecine sont aujourd’hui des «non-résidents» – le plus souvent des Français et des Africains.

Parmi ceux qui réussiront cette épreuve, puis les six années de cours et de stages que prévoit ce cursus, beaucoup regagneront leur pays pour y exercer. Ils emporteront leur numéro Inami avec eux, diminuant par la même occasion le nombre de médecins habilités à travailler sur le territoire belge.

Accord avec les Flamands

Les universités francophones ont en effet pour consigne de former chaque année un demi-millier de médecins. Pas davantage. Tel est l’accord qu’a réussi à imposer la ministre fédérale de la Santé, la libérale flamande Maggie de Block.

Elle a réglé ainsi un vieux différend entre francophones et Flamands, ces derniers estimant qu’ils n’avaient pas à payer le recours jugé abusif que feraient les francophones à des médecins réputés trop nombreux.

Forte augmentation de la demande

Chiffres à l’appui, les Wallons clament que cette mesure va engendrer une pénurie de médecins, spécialement dans les campagnes où les jeunes généralistes hésitent à s’installer. Le vieillissement de la population exigera toujours davantage de soins et de praticiens de la santé.

Ce manque de bras ajouté au retour au pays des jeunes médecins étrangers pourrait contraindre l’Ares, la coupole des universités francophones, à réduire davantage le nombre de non-résidents désireux d’entrer en fac de médecine.

«Enveloppe fermée»

«Pour l’édition 2019, explique au ,Soir‘ le patron de l’Ares Julien Nicaise, un candidat sur trois en médecine et un sur deux en dentisterie est dit non-résident. Au total, quatre candidats sur dix sont dans cette situation. Pour les lauréats, notre minerval modéré et notre enseignement de qualité permettent d’obtenir un master en médecine dans des conditions favorables.»

En Belgique francophone, les universités fonctionnent «en enveloppe fermée»: leur budget n’est pas extensible. Elles sont confrontées en permanence à des problèmes financiers. Financer les études d’un étranger qui s’en retournera dans son pays une fois son diplôme en poche est une chose qui passe de plus en plus mal dans l’opinion publique.

Cabinet privé

En réponse, les universités pourraient demain appliquer pour la première fois le dispositif législatif qui permet de limiter le nombre de lauréats étrangers de l’examen de médecine à 30 %, même s’ils ont réussi l’épreuve. L’ironie veut que les hôpitaux belges débauchent un nombre important de médecins à l’étranger pour faire face à la pénurie de praticiens.

Non que les spécialistes recherchés manquent. Mais un nombre important d'entre eux préfèrent travailler en cabinet privé et laisser aux «petites mains» venues de Roumanie ou d’ailleurs le soin de se dépêtrer en hôpital de nuit pour un salaire relativement bas.

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