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Un arc-en-ciel délétère pour la Belgique
International 3 min. 16.09.2019

Un arc-en-ciel délétère pour la Belgique

Les médiateurs Vande Lanotte et Reynders ont encore beaucoup de travail pour rassembler les partis belges.

Un arc-en-ciel délétère pour la Belgique

Les médiateurs Vande Lanotte et Reynders ont encore beaucoup de travail pour rassembler les partis belges.
Photo: Reuters
International 3 min. 16.09.2019

Un arc-en-ciel délétère pour la Belgique

Un sondage fait la part belle au Vlaams Belang au moment même où l’idée d’un gouvernement excluant les nationalistes flamands fait son chemin.


Max HELLEFF (Bruxelles) - Le libéral francophone Didier Reynders et le socialiste flamand Johan Vande Lanotte ont récemment vu leur mission d’information prolongée par le Roi. Leur objectif reste de dégager des points de convergence entre partis en vue d’entamer la formation du gouvernement fédéral.

D’emblée, les deux informateurs ont fait savoir que les négociations allaient se poursuivre avec six partis. Côté flamand : les nationalistes, les chrétiens-démocrates, les socialistes et les libéraux. Côté francophone : les socialistes et les libéraux. Les écologistes flamands de Groen, qui ne veulent pas monter dans une majorité sans leurs homologues francophones d’Ecolo viscéralement allergiques à la N-VA, ont jeté l’éponge.

Le pas de côté des socialistes 

Arithmétiquement, une telle majorité compterait 91 sièges sur 150 à la Chambre des représentants. Les comptes seraient bons.

Depuis, De Standaard a jeté un sacré pavé dans la mare. Selon le quotidien flamand, les socialistes du nord et du sud ont fait savoir aux informateurs qu’ils ne voulaient pas négocier avec autant de partis ancrés à droite, et qu’il fallait en éliminer au moins un…


(From L) Ecolo co-chairman Jean-Marc Nollet, PS chairman Elio Di Rupo and MR's Willy Borsus answer the press on the formation of a new Walloon Government, on September 9, 2019, in Namur. - PS, MR and Ecolo will govern together. (Photo by BENOIT DOPPAGNE / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Un accord PS-MR-Ecolo pour diriger la Wallonie
Les lignes bougent en Belgique. La constitution du gouvernement wallon est sur les rails à la suite de l'accord scellé ce lundi à Namur entre socialistes, libéraux et écologistes.

Les socialistes plaident pour un gouvernement « arc-en-ciel » au fédéral - comme désormais en Wallonie. Soit un exécutif alliant les socialistes, les libéraux et les écologistes du nord et du sud du pays.

La N-VA de Bart De Wever en serait donc exclue, la majorité dégagée ne reposant cependant que sur 76 sièges à la Chambre, soit un seul siège de plus que la moitié. 

Éliminer la N-VA

Les partis flamands qui monteraient au pouvoir ne rassembleraient en outre que 29 des 87 strapontins dévolus au groupe néerlandophone. Pour éviter que la Flandre ne s’enflamme, l’idée serait d’inclure les chrétiens-démocrates du CD&V.  On atteindrait alors 41 sièges sur 87.

Une telle solution élimine la participation de la N-VA de Bart De Wever. Sans elle, les nationalistes qui capitalisent la moitié des voix en Flandre - la Région la plus forte démographiquement - seraient tout bonnement rejetés dans l’opposition.

C’est vrai pour les modérés (ou réputés tels) de la N-VA, comme pour les ultras du Vlaams Belang (extrême droite).

Le Vlaams Belang au mieux

Si un tel scénario devait se réaliser, la N-VA pourrait se venger sur les partis flamands qui ont accepté de monter au fédéral en les excluant de la formation du futur exécutif régional flamand, une tâche à laquelle elle s’attelle actuellement.

Ces pronostics sont toutefois rejoints par une réalité très terre à terre : selon le « Grand Baromètre politique » livré ce week-end par plusieurs médias francophones, le Vlaams Belang est aujourd’hui le premier parti de Flandre, et donc de Belgique.

 Avec 24,9% des intentions de vote, le Belang qui porte en lui l’héritage du fascisme et de la collaboration deviendrait la première formation politique nationale. Demain, si des élections avaient lieu, il pourrait décrocher 25 sièges contre 21 à la N-VA (le Vlaams Belang compte 20 sièges à la Chambre depuis le 26 mai dernier). Tous les autres partis flamands dégringolent selon le «Grand Baromètre politique».

Copie à revoir

Il ne s’agit bien sûr que d’un sondage, mais il traduit l’énervement de cette Flandre qui voit d’un mauvais œil l’éviction possible de la cause nationaliste dans les négociations en cours au fédéral. « La perspective de discussions avec le Parti socialiste, revendiquées avec force par les leaders de la N-VA, n’a peut-être pas été une bonne stratégie », ajoute Le Soir.

De quoi peut-être inciter Didier Reynders et Johan Vande Lanotte à revoir leur copie... 


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