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Un acte raciste, miroir d’une certaine Flandre
International 3 min. 13.11.2019

Un acte raciste, miroir d’une certaine Flandre

L’accueil des demandeurs d’asile fait resurgir de vilains instincts, en Belgique.

Un acte raciste, miroir d’une certaine Flandre

L’accueil des demandeurs d’asile fait resurgir de vilains instincts, en Belgique.
Photo : Nadia Lallemant
International 3 min. 13.11.2019

Un acte raciste, miroir d’une certaine Flandre

Pour la première fois en Belgique, un centre pour demandeurs d'asile a été pris directement pour cible lors d’un incendie criminel.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Un acte raciste renvoie depuis quelques jours la Flandre médiatique et politique face à un vaste questionnement. Dimanche, un individu a bouté le feu au nouveau centre pour demandeurs d’asile de Grote-Spouwen (Bilzen, Limbourg). Mais alors que les pompiers cherchaient à éteindre le bâtiment en flammes, des spectateurs se sont écrié «Laissez-le brûler!». Sur les réseaux sociaux, les commentaires racistes ont aussi afflué autour de la vidéo de l’incendie – qui n’a fait aucune victime.

Le centre pour demandeurs d’asile de Bilzen devait accueillir 140 personnes. Il devait pallier le manque de places récurrent auquel font face les candidats au statut de réfugiés. Dès que son ouverture avait été annoncée, la colère s’était emparée de la population locale. Et toutes les soirées d'information n’y avaient rien changé. Le groupe d’extrême droite Voorpost s’y était exprimé sans détour.

La création de centres d’asile a régulièrement fait polémique en Belgique. Les médias ont plus d’une fois répercuté ces hauts cris de villageois «craignant pour leur maison et pour leur femme». Mais jamais une telle agression n’avait été constatée.


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Jean-Pierre Luxen, le directeur général de l’agence Fedasil, relève ainsi que «c’est la toute première fois dans l’histoire de Fedasil et de l’accueil en Belgique que la haine et l’animosité vis-à-vis des demandeurs d’asile s’exprime aussi violemment. Nous avons aussi des craintes pour les résidents et notre personnel dans d’autres centres, mais aussi pour le voisinage de tous les centres que nous avons en Belgique.» 

Encourager le passage à l'acte

Mardi, des contrôles de police supplémentaires ont de fait été organisés autour d’un autre futur centre pour demandeurs d’asile, à Dormaal, à quarante kilomètres de Bilzen. 

L’extrême droite est pointée du doigt. Pour ses adversaires, à force de libérer la parole, elle finit par encourager au passage à l’acte raciste. La députée Vlaams Belang Annick Ponthier, qui a mené bataille contre le centre de Bilzen, a depuis fait savoir qu’elle «regrette profondément» la tournure qu’ont prise les choses.

Il n'y a pas de place pour l'intolérance et le crime à Bilzen

Le Belang n’est pas seul à être accusé de souffler sur les braises du racisme. La N-VA a régulièrement fait preuve de surenchère xénophobe pour ne pas laisser l’électorat ultra à l’extrême droite. Son enfant terrible, l’ex-secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Theo Francken, a pourtant plaidé la tempérance sur Twitter: « Peu importe à quel point tu te révoltes contre la politique d'asile, mettre le feu n'est jamais la bonne réponse. Ne transformez jamais le ressentiment contre une mauvaise politique en ressentiment contre les gens ».

Pour le bourgmestre de Bilzen, le chrétien-démocrate Johan Sauwens, «il n'y a pas de place pour l'intolérance et le crime à Bilzen. Nous devenons une société très intolérante»«Ce n'est pas acceptable», a de son côté réagi la ministre en charge de l’Asile, la libérale Maggie De Block.  

La carte de l'apaisement

Les réactions à l'incendie du centre d’asile de Bilzen ne sont pas sans rappeler celles qui avaient applaudi la mort du jeune Belgo-Marocain Mohammed Kaddouri, 15 ans, décédé en 2016 d’un accident de quad lors de vacances au Maroc. Ce fait divers tragique avait déclenché une vague de commentaires racistes sur les réseaux sociaux. Insultes et quolibets avaient alors mis en cause la «nationalité» du défunt : «Cet enc... de chèvres, un Flamand ?».

A l’époque aussi, la N-VA avait joué la carte de l’apaisement.


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