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Tribunal pénal international : Perpétuité pour Ratko Mladic, le «boucher des Balkans»
Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, 74 ans, est «convaincu de son innocence».

Tribunal pénal international : Perpétuité pour Ratko Mladic, le «boucher des Balkans»

Photo: AFP
Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, 74 ans, est «convaincu de son innocence».
International 4 min. 22.11.2017

Tribunal pénal international : Perpétuité pour Ratko Mladic, le «boucher des Balkans»

L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, surnommé le «boucher des Balkans», a été condamné mercredi à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

(AFP) – L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, surnommé le «boucher des Balkans», a été condamné mercredi à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Il a été reconnu coupable de dix chefs d'accusation. "Pour avoir commis ces crimes, la chambre condamne M. Ratko Mladic à la prison à vie", a déclaré le juge Alphons Orie.

Quelques instants avant sa condamnation, Ratko Mladic a été évacué de la salle d'audience du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, après s'être levé et avoir crié aux juges qu'ils mentaient.

Le juge Alphons Orie a ordonné que l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie soit évacué après avoir refusé d'accéder à la demande de la défense d'interrompre les procédures en raison de la tension artérielle trop élevée de l'accusé.

"Ils mentent. Vous mentez. Je ne me sens pas bien", a crié Ratko Mladic, poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Ratko Mladic a été inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours après le massacre de près de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica
Ratko Mladic a été inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours après le massacre de près de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica
Photo: AFP

Plus de 100.000 morts

L'accusé a ensuite été installé dans une pièce adjacente pour écouter la suite du jugement alors que la défense demandait que sa tension artérielle soit à nouveau mesurée, après avoir tenté en vain des jours durant de reporter ce verdict historique.

Plus de vingt ans après la guerre (1992-1995) qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, l'homme de 74 ans s'est présenté devant le tribunal alors qu'il avait laissé planer le suspense quant à sa présence.

A son arrivée dans la salle d'audience, le "Boucher des Balkans" avait levé un pouce, souriant aux objectifs des photographes.

Costume sombre et cravate rouge carmin satinée, il a ensuite refusé de se lever lorsque les juges sont entrés, saluant plutôt sa famille dans la galerie du public, dont son fils Darko Mladic.

"Je suis très inquiet pour sa santé", a confié son fils à l'AFP durant l'interruption. "Ils sont en train de prendre sa tension artérielle."

Le juge Orie avait commencé à énumérer les faits de l'affaire, décrivant notamment la mort de 24 détenus morts asphyxiés, privés d'eau et forcés à consommer du sel avant un transfert de neuf heures vers un centre de détention.

"De nombreux auteurs qui ont capturé des musulmans bosniens ont montré peu ou pas de respect pour la vie humaine, ni dignité", a dit le juge.

"Les circonstances étaient brutales", a-t-il souligné. "Ceux qui ont tenté de défendre leur maison faisaient face à une force sans pitié. Des exécutions de masse ont eu lieu et certaines victimes ont succombé après avoir été battues."

«Le moindre regret ?»

Aux premières heures de la matinée, un petit groupe de manifestants - des survivants et proches des victimes disparues pendant la guerre en Bosnie- s'est rassemblé à la lueur des caméras sur une place devant le tribunal international.

Ils arboraient des calicots «Bosnie-Herzégovine: pas d'impunité pour les criminels de guerre» ainsi qu'un poster de Ratko Mladic surmonté d'une tête de mort, barré des mots «Coupable de tout».

Une dizaine de policiers patrouillent sur la place devant l'enceinte, où ont été affichées des photos de 300 jeunes hommes, époux et fils, tués par les forces de Ratko Mladic, sous les yeux des familles et de journalistes venus du monde entier.

«J'espère que justice sera faite avec ce verdict, pour que les gens ne souffrent plus», a déclaré à l'AFP Fikret Alic, qui a connu le froid et la faim dans un camp au nord-ouest de la Bosnie en 1992.

Enfermée elle aussi dans ce camp, enceinte avec sa fille de six ans, Kelima Datovic a «besoin» de regarder «Ratko Mladic dans les yeux pour voir s'il a le moindre regret pour toute la souffrance qu'il a causée à moi et à ma famille».

Le TPIY, créé en 1993 pour juger les personnes présumées responsables de crimes de guerre durant les conflits des Balkans, va connaître ce mercredi «l'un des jugements les plus importants de (son) histoire», avant de fermer définitivement ses portes le 31 décembre, a déclaré le procureur Serge Brammertz.

Entre héros et boucher

Aujourd'hui encore, l'homme divise toujours en Bosnie.

Accusé à La Haye d'être le «cerveau derrière le meurtre de milliers de personnes», il est toujours une «idole» chez lui en Republika Srpska, l'entité des Serbes de Bosnie.

Ratko Mladic, avec son alter ego politique Radovan Karadzic, est considéré comme l'architecte de la politique de nettoyage ethnique» d'une partie de la Bosnie en vue de créer un Etat serbe ethniquement pur, selon M. Brammertz.

«Nous verrons aujourd'hui», a déclaré à l'AFP Munira Subasic, présidente de l'association des Mères des enclaves de Srebrenica et de Zepa, peu avant l'audience. «Sera-t-il jugé coupable ou sera-t-il vu comme un héros?»

Ratko Mladic a été inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours après le massacre de près de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica (nord-est de la Bosnie) pour lequel il est accusé de génocide.

Lui sont également reprochés l'enlèvement d'employés des Nations unies et le siège de Sarajevo, long de 44 mois, au cours desquels 10.000 personnes ont été tuées, des civils pour la plupart.

Arrêté chez un cousin au terme d'une cavale de seize ans et transféré à La Haye en 2011, son procès aura duré cinq ans. 523 jours.


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