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Theresa May recule pour mieux sauter
International 3 min. 25.02.2019

Theresa May recule pour mieux sauter

La Première ministre britannique Theresa May et le président de la Commission européenne à Charm el-Cheikh lors du sommet entre l'UE et la Ligue arabe.

Theresa May recule pour mieux sauter

La Première ministre britannique Theresa May et le président de la Commission européenne à Charm el-Cheikh lors du sommet entre l'UE et la Ligue arabe.
AFP
International 3 min. 25.02.2019

Theresa May recule pour mieux sauter

La Première ministre britannique a différé «d'ici au 12 mars» un vote des députés sur l'accord de Brexit. Donald Tusk y est favorable alors que le Royaume-Uni critique vivement cette décision.

(AFP) -  Le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé lundi qu'un délai supplémentaire pour le Brexit, au-delà de la date limite du 29 mars, serait une solution «rationnelle» pour Londres. 

«Je pense que, compte tenu de la situation dans laquelle nous nous trouvons, un délai supplémentaire serait une solution rationnelle», a estimé M. Tusk lors d'une conférence de presse à Charm el-Cheikh (Egypte), au premier sommet des chefs d'Etats de la Ligue arabe et de l'Union européenne. Mais «la Première ministre Theresa May pense toujours qu'elle pourra éviter ce scénario», a-t-il ajouté. 

Mme May, qui a différé dimanche «d'ici au 12 mars» un vote des députés britanniques sur l'accord de Brexit, veut se donner plus de temps pour tenter de renégocier le texte avec Bruxelles avant la date-butoir actuelle du 29 mars. Elle avait précédemment indiqué se laisser jusqu'à ce mardi pour trouver une issue sur le Brexit. Mme May, qui participe au sommet de Charm el-Cheikh, a eu plusieurs échanges sur la question avec ses partenaires européens dimanche et lundi. Elle a également rencontré M. Tusk ainsi que le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker. 

Au cours de la conférence de presse lundi, ce dernier a simplement assuré: «Nous faisons de bons progrès». Depuis le rejet massif de l'accord de divorce par les députés britanniques en janvier, Theresa May tente de renégocier avec Bruxelles une nouvelle version du texte susceptible de rallier une majorité parlementaire. Sans succès jusqu'à présent. Elle souhaite obtenir des «changements contraignants» au «filet de sécurité» (ou «backstop» en anglais), une disposition décriée au Royaume-Uni censée garder ouverte la frontière en Irlande après le Brexit. 

Vives critiques au Royaume-Uni

Mais en repoussant le vote sur l'accord de divorce, qui pourrait se tenir 17 jours seulement avant le Brexit, prévu le 29 mars, Theresa May s'est immédiatement attiré les foudres de l'opposition et de députés europhiles, qui craignent d'être mis au pied du mur. Keir Starmer, le responsable du Brexit au sein du Parti travailliste, y voit «le summum de l'irresponsabilité et un aveu d'échec». 

Selon lui, Theresa May «joue la montre dans une tentative désespérée de contraindre les députés à choisir entre son accord et une absence d'accord». Dans les rangs de la majorité conservatrice, le député Sam Gyimah s'est dit «choqué» par cette «sortie de route». 

La situation pourrait aussi tourner à l'affrontement avec trois ministres, qui se sont dits samedi favorables à un report du Brexit si aucune avancée significative n'est enregistrée durant la semaine à venir. Ils ont mis en garde contre les dangers d'une absence d'accord pour l'économie et l'unité du Royaume-Uni, un scénario que Mme May refuse d'exclure de son côté. 

Les milieux économiques se sont également montrés très critiques. «Chaque jour sans accord signifie moins d'investissements et moins d'emplois créés», a déploré Josh Hardien directeur général adjoint du CBI, principale organisation patronale britannique. «Les enjeux sont trop importants pour jouer la montre et risquer un no deal accidentel», a abondé Edwin Morgan, directeur général par intérim de l'organisation patronale Institute of Directors. 

Un poids lourd du gouvernement, le ministre de l'Environnement Michael Gove, a affirmé dimanche qu'elle avait progressé dans sa tentative de modifier les termes du divorce et qu'elle espérait obtenir de nouvelles avancées en marge du sommet en Egypte. L'UE refuse de renégocier le traité de retrait, conclu en novembre après un an et demi de négociations, mais se dit ouverte à des discussions sur la déclaration politique l'accompagnant, un texte traçant les contours de sa future relation avec Londres. «Cela pourrait être une limite dans le temps, un mécanisme de sortie unilatéral», a estimé M. Gove. «Cela pourrait être un autre protocole juridiquement contraignant ou une addition au traité, qui établisse clairement que nous ne serions pas liés indéfiniment au backstop contre notre volonté», a-t-il détaillé. 


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